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En Angola, l'empire dos Santos menacé par son successeur

Le nouveau président angolais Joao Lourenço, aux côtés de sa femme, salue la foule lors de sa prestation de serment à Luanda, Angola, 26 septembre 2017.

Le grand ménage n'a pas traîné. Trois mois après avoir pris les rênes de l'Angola, le président Joao Lourenço a commencé à démanteler pièce par pièce l'empire politico-financier bâti pendant le long règne de son prédécesseur José Eduardo dos Santos.

Emblème ou caricature du régime familial instauré par le "camarade numéro 1", sa fille Isabel est tombée la première.

Mi-novembre, un décret présidentiel a sèchement mis fin à ses fonctions de présidente de la compagnie pétrolière nationale Sonangol, navire-amiral en difficulté de l'économie d'un pays à qui il fournit les trois-quarts de ses recettes.

Il y a un peu plus d'un an, la "Princesse", 44 ans, classée femme la plus riche d'Afrique par le magazine américain Forbes, avait été nommée par son père à la tête de l'entreprise, provoquant un tollé dans les rangs de l'opposition.

Malgré son rang, Joao Lourenço n'a pas hésité à la limoger.

"Sonangol est la poule aux oeufs d'or de l'Angola, nous allons en prendre soin très attentivement", a lui-même justifié quelques jours plus tard le président.

Longtemps un pilier du régime, M. Lourenço avait promis pendant la campagne précédant le scrutin du 23 août qu'il prendrait ses distances avec la famille dos Santos.

"Personne ne sera au-dessus des lois", "je serai le seul président", avait-il proclamé. Peu l'avaient vraiment pris au sérieux.

A tort. Car sitôt installé aux commandes de l'Angola, le président Lourenço a ouvert les hostilités en procédant à un vaste mouvement de nominations.

'Pacte rompu'

En quelques semaines, les patrons des institutions ou secteurs les plus sensibles du pays (Banque centrale, pétrole, industrie du diamant, médias), tous des fidèles de l'ancien président, ont été remplacés par des proches du nouveau.

"Joao Lourenço met en place son équipe", observe le journaliste et opposant Rafael Marques. "Ce qui sort de l'ordinaire, c'est qu'il démontre que c'est lui le président, pas le MPLA", le parti au pouvoir depuis l'indépendance en 1975.

La police et l'armée n'ont pas échappé à ce coup de balai.

Avant de partir à la retraite, M. dos Santos avait pris soin de geler pour plusieurs années, dans une loi, la hiérarchie à sa botte des forces de sécurité. M. Lourenço est passé outre en remplaçant les chefs de la police et du renseignement militaire.

"Il a clairement rompu le pacte passé avec dos Santos au moment de son investiture", décrypte Alex Vines, analyste au centre de réflexion britannique Chatham House, "il est en train de montrer que la famille dos Santos n'est plus protégée".

Les initiatives du nouveau maître du pays ont fait des vagues au sein du MPLA, où le "camarade numéro 1" dos Santos garde encore de nombreux soutiens.

Membre du comité central, son autre fille, Welwitschia, s'est plainte publiquement du traitement réservé à sa famille.

"En Angola, les citoyens qui promeuvent l'image de la patrie (...) sont persécutés et déshabillés par le président", a regretté "Tchize", à la tête d'une société de production télévisuelle et de publicité qui a fait fortune grâce aux contrats publics.

'Même bande'

Un député du parti au pouvoir, Joao Pinto, s'est même permis de mettre en garde le nouveau chef de l'Etat. "Il faut éviter les chasses aux sorcières et les vengeances", a-t-il menacé mi-novembre sur Radio Ecclesia.

L'opposition et la société civile observent cette guerre des clans en spectateurs prudents, mais sans grande illusion.

"Le président veut gagner la confiance des institutions financières mondiales et des gouvernements étrangers en faisant croire qu'il s'attaque à la corruption", s'amuse le journaliste Mussa Garcia, "mais tous font partie de la même bande".

Privé de la Sonangol, le clan dos Santos garde encore le contrôle d'un autre joyau de la couronne, le Fonds d'investissement souverain du pays, dirigé par son fils José Filomeno. Mais les rumeurs de sa prochaine démission vont déjà bon train, d'autant que "Zenu", son surnom, a été mis en cause dans le scandale dit des "Paradise Papers".

Et désormais se profile une autre bataille, celle du sort de José Eduardo dos Santos lui-même. Agé de 75 ans, affaibli par la maladie, l'ex-chef de l'Etat a annoncé sa retraite politique pour 2018 et devrait garder jusque-là la présidence du tout puissant MPLA, garantie de sa protection.

"Mais une fois qu'il ne sera plus président du parti ou que sa santé se sera affaiblie", prédit Alex Vines, "la pression sera encore beaucoup plus forte sur la famille".

Avec AFP

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Soupçons de financement libyen en France: un ancien banquier franco-djiboutien inculpé

Alexandre Djouhri

L'ancien banquier franco-djiboutien Wahib Nacer, issu de la galaxie gravitant autour de l'homme d'affaires français Alexandre Djouhri, a été inculpé en février en France dans l'enquête sur le financement libyen présumé de la campagne de l'ex-président Nicolas Sarkozy en 2007.

M. Nacer a été inculpé notamment pour complicité de corruption active et passive, blanchiment de corruption en bande organisée, blanchiment de fraude fiscale en bande organisée, et complicité de détournement de fonds publics en bande organisée, a indiqué une source judiciaire, confirmant des informations du site français d'information Mediapart.

Ces poursuites lui ont été signifiées le 18 février à l'issue d'un interrogatoire réalisé à Djibouti en présence du juge d'instruction français Serge Tournaire.

Le nom de Wahib Nacer apparaît à de nombreuses reprises dans cette enquête aux multiples ramifications, ouverte en 2013 pour vérifier les accusations portées par d'anciens dignitaires du régime de Mouammar Kadhafi et par le sulfureux intermédiaire Ziad Takieddine.

M. Sarkozy est inculpé dans ce dossier, notamment pour "corruption passive".

Wahib Nacer, 74 ans, a des liens avec la famille saoudienne Bugshan, dont un des membres, l'homme d'affaires Khalid Ali Bugshan, a aussi été inculpé, ainsi qu'avec l'ex-argentier du régime libyen Bachir Saleh et l'homme d'affaires français Alexandre Djouhri, en attente d'une éventuelle extradition depuis Londres.

Aujourd'hui retraité, cet homme avait travaillé en Arabie saoudite pour la filiale de la banque Indosuez plusieurs années avant d'être muté en 1986 en Suisse pour travailler dans l'établissement français Crédit Agricole.

Au cours des investigations, des transferts d'argent entre la famille Bugshan et Alexandre Djouhri ont été mis au jour. Les membres de la famille saoudienne accusent Wahib Nacer, qui gérait leurs comptes helvétiques, de les avoir réalisés à leur insu et ont déposé une plainte à son encontre en Suisse.

Les juges le soupçonnent de s'être servi de leurs comptes comme écran pour masquer des montages financiers impliquant Alexandre Djouhri, un proche de l'ex-ministre sarkozyste Claude Guéant.

Lors de son interrogatoire à Djibouti, dont l'AFP a eu connaissance, M. Nacer a notamment été questionné sur la vente en 2009 d'une villa située à Mougins, sur la Côte d'Azur, à un fonds libyen géré par Bachir Saleh. M. Djouhri est soupçonné d'en avoir été le véritable propriétaire et de l'avoir cédée à un prix surévalué, permettant de dissimuler d'éventuels versements occultes, ce qu'il dément.

L'ex-banquier a aussi été interrogé sur le versement de 500.000 euros depuis l'étranger sur un compte de Claude Guéant. Ce dernier, également inculpé, a justifié cette somme par la vente de tableaux de maître à un avocat malaisien.

Somalie: le président de l'État du Jubaland réélu

Sheikh Abdi Mohamed Abdirahman

Le président de l'État semi-autonome du Jubaland, dans le sud de la Somalie, a été réélu jeudi, a annoncé le président du Parlement local, au terme d'une élection qui a une nouvelle fois mis en évidence les tensions entre les autorités fédérales et régionales.

Ahmed Madobe a obtenu 56 voix de parlementaires sur 74, "faisant de lui le président de l'administration du Jubaland pour les quatre prochaines années", a déclaré Cheikh Abdi Mohamed, le président du Parlement régional.

Les autorités fédérales avaient annoncé qu'elles ne reconnaîtraient pas le résultat de ce scrutin. Elles reprochent à M. Madobe d'avoir interféré dans la constitution, la semaine dernière, du nouveau Parlement, qu'elles jugent donc non représentatif.

Mogadiscio est a contrario accusé par le Jubaland de vouloir évincer M. Madobe, pour favoriser l'accession au pouvoir d'un président loyal au gouvernement fédéral, dans cette région stratégique autour de la ville portuaire de Kismayo.

Des rivaux de M. Madobe, soutenus par Mogadiscio et dont la candidature avait été rejetée par la commission électorale, ont mené une élection parallèle jeudi, après avoir formé leur propre Parlement.

Abdirashid Hidig, un homme politique de renom, membre du Parlement fédéral, est sorti vainqueur de cette élection.

"Nous sommes l'un des États membres de la Somalie et nous avons besoin du soutien du gouvernement fédéral pour le développement de notre économie, la reconstruction et la sécurité", a déclaré M. Hidig.

Ce scrutin pour la présidence de cet État semi-autonome avait été reporté à plusieurs reprises à cause, selon les analystes, d'une lutte de pouvoir entre Mogadiscio, le gouvernement régional et leurs soutiens étrangers.

Ahmed Madobe, un ancien seigneur de guerre, avait chassé en 2012 avec l'aide de troupes kényanes les islamistes shebab, affiliés à Al-Qaïda, de leur bastion de Kismayo, la capitale régionale.

Selon Matt Bryden, du centre d'analyse Sahan, basé à Nairobi, le Kenya continue à soutenir fermement Madobe, tandis que l'Éthiopie est aux côtés des autorités de Mogadiscio pour l'évincer.

D'après lui, il existe "un risque pour la stabilité de la région, pas seulement de la Somalie".

Le Kenya considère le Jubaland, une région relativement prospère de Somalie où il a beaucoup de troupes, comme une zone-tampon entre son territoire et les shebab qui ont mené plusieurs attaques sanglantes sur son sol.

Les autorités du Jubaland avaient ordonné la fermeture des frontières de l'État et de l'aéroport de Kismayo jusqu'à vendredi. La situation dans la ville, fortement sécurisée, était calme jeudi à la mi-journée, a indiqué à l'AFP un habitant, Muktar Farah.

Des Chinois arrêtés et relâchés sur fond de contrôle d'un péage routier (avocat)

Un ingénieur congolais sur son ordinateur, le 25 février 2015 à Kinshasa.

Des Chinois travaillant pour un géant du BTP sont inquiétés depuis plusieurs jours dans le centre de la République démocratique du Congo avec pour véritable enjeu, d'après leur avocat, le contrôle d'un péage sur une route qu'ils réhabilitent au Kasaï.

Sept ressortissants chinois travaillant pour le conglomérat public China Railway Engineering Corporation (CREC) ont été relâchés après avoir été arrêtés la semaine dernière, a-t-on appris jeudi auprès de leur avocat.

Ils avaient été accusés de séjour irrégulier par les autorités de la province du Kasaï central.

Après leur transfert à Kinshasa, la Direction générale des migrations (DGM) a estimé que "leur séjour est régulier et ils ont été immédiatement relaxés", a déclaré à l'AFP Mathieu Lukusa Lufukona, avocat de la société CREC.

La société, l'une des 20 plus importantes en Chine, assure la construction de routes à travers la RDC. Au Kasaï, le géant chinois de la construction réhabilite une route qui va de Kananga vers l'Angola. La CREC gère un péage à Matamba, à 20 km de Kananga.

Me Lukusa a accusé le gouverneur du Kasaï central "Martin Kabuya de (vouloir) faire venir sa propre société pour remplacer CREC pour la construction de la route de Kalamba-Mbuji et mettre la main sur les recettes du péage".

M. Kabuya n'a pu être joint par l'AFP.

Un responsable du service de migration du Kasaï central a indiqué à l'AFP que trois autres "Chinois, en situation irrégulière", ont été arrêtés à Kananga. Ils travaillent également pour la CREC.

Ils "se cachaient dans une maison, nous les avons dénichés et ils sont gardés au cachot des services des renseignements de la police", a-t-il affirmé sous couvert d'anonymat.

Afrique du Sud: Ramaphosa défend sa campagne controversée pour la présidence de l'ANC

Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet des BRICS à Johannesburg, le 27 juillet 2018.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a promis jeudi d'agir contre quiconque se serait rendu coupable d'actes répréhensibles durant la collecte de fonds pour sa campagne en vue de la présidence de l'ANC, le parti au pouvoir en Afrique du Sud.

M. Ramaphosa, qui a succédé à Jacob Zuma à la présidence de l'ANC en décembre 2017 puis du pays, a promis à maintes reprises d'éradiquer la corruption.

Mais un an après avoir conduit son parti à la victoire aux législatives de mai 2019, il est confronté à des interrogations sur le financement de sa campagne, très disputée, pour devenir président de l'ANC.

Concernant "tout ce qui a été fait contre nos lois pendant la campagne, oui, je serai prêt et disposé à agir sans aucun doute", a déclaré au Parlement M. Ramaphosa.

Il est accusé d'avoir trompé le Parlement l'an dernier quand il a répondu à une question de l'opposition sur une donation à sa campagne de 500.000 rands (environ 32.000 euros) faite par un groupe industriel.

La médiatrice de la République Busisiwe Mkhwebane lui a aussi ordonné de divulguer les coordonnées de tous les bailleurs de fonds de sa campagne.

Mais M. Ramaphosa conteste son renvoi devant la justice.

"En l'état actuel des choses, il n'y a pas de règles ou de règlements en vigueur (exigeant) la divulgation des dons pour la direction interne des partis", a-t-il déclaré aux parlementaires jeudi.

M. Ramaphosa s'est dit convaincu que sa "campagne était légitime" et a souligné qu'elle avait été menée dans des conditions difficiles.

"Dans son financement et ses activités, il n'y a pas eu d'actes répréhensibles, pas de criminalité et pas d'abus de fonds ou de ressources publics", a-t-il affirmé.

Les donateurs qui, selon les médias locaux, comprennent un homme d'affaires milliardaire, "ne doivent pas s'excuser pour ce qu'ils ont fait", a ajouté le président Ramaphosa.

L'ANC est profondément divisé entre partisans de l'ex-président Zuma et soutiens de M. Ramaphosa.

Abdallah Hamdok, un économiste de l'ONU devenu Premier ministre du Soudan

Abdallah Hamdok, Premier ministre par intérim du Soudan , Khartoum, le 21 août 2019.

Abdallah Hamdok, investi Premier ministre soudanais mercredi, est un économiste chevronné qui devra s'atteler à redresser un pays à l'économie exsangue.

Né en 1958, M. Hamdok a fait carrière dans des organisations internationales et régionales, notamment comme secrétaire exécutif adjoint de la Commission économique pour l'Afrique de l'ONU à Addis Abeba.

Après avoir étudié l'économie agricole à Khartoum, il a obtenu un master à Manchester, en Grande-Bretagne.

Ce moustachu aux cheveux grisonnants est originaire du Kordofan-Sud, un Etat du sud du pays en proie, comme ceux du Nil Bleu et du Darfour, depuis plusieurs années à un conflit entre rebelles et forces gouvernementales.

Arrivé en provenance d'Addis Abeba, il a été accueilli mercredi à Khartoum par deux membres civils du nouveau Conseil souverain, chargé de superviser le travail du gouvernement durant la transition.

"Les priorités du gouvernement seront d'arrêter la guerre, de construire une paix durable, de faire face à la sévère crise économique et de mettre en place une politique étrangère équilibrée", a-t-il déclaré.

Souriant, il a assuré après sa prestation de serment: "avec la bonne vision et les bonnes politiques, nous pourrons affronter cette crise économique".

Il a promis d'établir un programme d'urgence pour faire face aux pénuries des produits de base dont a récemment souffert le Soudan et ses 40 millions d'habitants.

Les manifestations ayant notamment provoqué la destitution en avril par l'armée du président Omar el-Béchir après 30 ans à la tête du pouvoir, avaient été déclenchées en décembre dernier par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain.

- Bonne gouvernance -

Sur le long terme, M. Hamdok a souligné la nécessité d'améliorer la productivité et de reconstruire un secteur bancaire qui, selon lui, s'est presque effondré.

Ses compétences d'économiste semblent prouvées, d'après son autobiographie officielle distribuée aux médias.

M. Hamdok est "très crédible au sein de la finance en Afrique et des institutions de développement, le Fonds monétaire international et le Club de Paris" des pays créanciers, selon le texte.

Il a travaillé pour la Banque africaine de développement et est réputé avoir élaboré des politiques ayant stimulé la rapide croissance économique de l'Ethiopie sous le gouvernement de Meles Zenawi.

Au sein de la population, on semble satisfait de sa désignation alors même qu'il n'a pas participé au mouvement de contestation. Il vivait à l'étranger.

"Il a les compétences dont nous avons le plus besoin actuellement", estime Soumaila Ibrahim, 21 ans, étudiante à l'Université de Khartoum.

M. Hamdok jouit également d'une image de champion de la transparence et de la bonne gouvernance forgée au cours de sa carrière.

En 2018, le président Béchir l'avait désigné ministre des Finances, mais M. Hamdok avait refusé le poste.

Il a notamment siégé au conseil d'administration de la Fondation Mo Ibrahim, fondée par le milliardaire soudano-britannique du même nom pour promouvoir la bonne gouvernance en Afrique.

En tant que chef du gouvernement, qui devrait être formé le 28 août, M. Hamdok devra s'appuyer sur son expérience dans des initiatives de paix africaines pour mettre fin aux conflits au Darfour, dans le Kordofan et au Nil Bleu.

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