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En Afrique du Sud, de petits commerces étranglés rouvrent, inquiets pour l'avenir


Iftikhar Ahmad, un commerçant pakistanais, dans le canton de Diepsloot au nord de Johannesburg, Afrique du Sud, samedi 21 mars 2020. (Photo AP / Jerome Delay)

"Ça fait du bien d'être au travail", constate Rayhaan Coovadia, à la tête d'un garage à Johannesburg, qui a rouvert ce week-end à la faveur de l'assouplissement progressif du confinement en place depuis plus de cinq semaines en Afrique du Sud.

Environ 1,5 million de Sud-Africains ont repris le chemin du travail depuis le 1er mai, jour où le pays, première puissance industrielle du continent, est passé du niveau d'alerte sanitaire 5, le plus élevé, au niveau 4.

Concrètement, certains commerces - comme les magasins d'articles pour bébés, les garagistes, les quincailleries... - et certaines industries, fermés à cause de la pandémie de Covid-19, ont reçu le feu vert pour reprendre partiellement leurs opérations en respectant de "strictes conditions sanitaires".

Vêtu d'une salopette, le visage couvert d'un masque, Rayhaan Coovadia s'assure que les clients se nettoient les mains avec du gel hydroalcoolique et restent à distance raisonnable du personnel.

Seule la moitié de ses huit employés - comme le veut la réglementation - est de retour au travail et le garage est ouvert uniquement pour les urgences.

"C'est mieux maintenant (...) que je fais quelque chose", se réjouit l'un d'entre eux, Milton Nkosi, en veillant à l'alignement des roues d'un véhicule. "C'est la première fois de ma vie que je suis resté aussi longtemps à la maison".

"Ça reprend, mais je ne sais pas combien de temps ça va durer", avance ce père de famille de 40 ans, qui nourrit à lui seul cinq bouches.

"En ce moment, les gens sont à la recherche de pneus parce qu'on était fermés. Mais d'ici la mi-mai, ça pourrait commencer à se calmer", anticipe-t-il.

Les magasins de bricolage rouvrent aussi, mais timidement. Et les commerçants, étranglés après un mois sans revenu, restent pessimistes.

"L'essentiel de notre marché est composé d'entrepreneurs qui ne sont pour l'instant pas opérationnels", explique le propriétaire d'un magasin de peinture, Carl Brukner.

Ce mois-ci, il ne table que sur 15 à 20% de ses ventes habituelles. "Beaucoup de gens ont de longues listes de choses à faire à la maison, mais nous ne savons pas encore si ça va démarrer".

- "Mort de chez mort" -

Carl Brukner craint de ne pouvoir payer la totalité de leur salaire à ses 13 employés.

Seulement quatre sont de retour au travail pour l'instant. "Les gens travaillent pour vous depuis 15, 20 ou 25 ans et il faut leur dire: +Ecoutez, nous ne savons pas ce qui se passer le mois prochain+", explique-t-il, la mort dans l'âme.

Les restaurants ont également reçu le feu vert pour rouvrir, mais pour les livraisons à domicile seulement.

Trop contraignant pour la très populaire chaîne sud-africaine de restauration rapide Nando's. "Les livraisons coûteront à Nando's et nos partenaires franchisés plus d'argent que lorsqu'ils sont fermés", a justifié le PDG de Nando's pour l'Afrique du Sud, Mike Cathie.

Dans un café restaurant de Johannesburg, qui a rouvert partiellement, c'est la première commande de pizza en deux heures. Sans surprise pour la gérante, Anel Coetzee.

"Je pense simplement que les gens n'ont pas d'argent", avance-t-elle, précisant que le restaurant a vendu une dizaine de pizzas en deux jours.

Pas de quoi rentabiliser les coûts. "On le fait seulement pour le personnel (...), pas pour payer le loyer ou autre", dit-elle. "Ces gens ont des enfants, certaines sont des mères de famille célibataires, donc la moindre aide compte".

Le Covid-19, qui a infecté plus de 6.700 personnes et en a tué au moins 131 en Afrique du Sud, ne pouvait pas plus mal tomber pour le pays, déjà en récession avant la pandémie.

La crise sanitaire devrait provoquer un recul de -5,8% de la croissance du pays en 2020, selon le Fonds monétaire international (FMI). Et le taux de chômage, qui frôle déjà les 30%, pourrait atteindre 40%, a prévenu lundi le directeur du trésor sud-africain, Dondo Mogajane.

"On est mort de chez mort", prévient Jean-Paul Gardelli, un tour opérateur. "On commence à chercher un autre métier", se résout-il en haussant les épaules.

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