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Dos Santos intronisera son probable successeur samedi en Angola


Le président angolais José Eduardo dos Santos, 31 août 2012, epa/PAULO NOVAIS

Le président angolais José Eduardo dos Santos va confirmer samedi la fin de son règne controversé de trente-sept ans et introniser son très probable successeur, qui ne devrait pas bouleverser la marche d'un pays en pleine crise économique.

Le Mouvement populaire pour la libération de l'Angola (MPLA) a respecté son éternelle tradition d'opacité jusqu'au bout.

L'annonce, le 2 décembre, de la retraite du chef de l'Etat fait la "Une" des médias angolais depuis, mais le parti au pouvoir depuis 1975 en Angola est resté muet, fidèle à son calendrier.

Le MPLA officialisera donc samedi, à l'occasion du 60e anniversaire de sa création, que M. dos Santos, 74 ans, ne briguera pas de nouveau mandat lors des élections générales de 2017 et qu'il va céder sa place à la tête du parti à son actuel ministre de la Défense, Joao Lourenço, 62 ans.

La Constitution angolaise ne prévoit pas de scrutin présidentiel mais précise que le poste de chef de l'Etat revient au chef du parti qui remporte les législatives.

Selon toute vraisemblance, le général à la retraite Lourenço devrait donc succéder à M. dos Santos, un des plus anciens dirigeants africains en exercice, après les élections d'août prochain.

La "fuite", issue de la réunion à huis clos du comité central du MPLA la semaine dernière, n'a pas surpris outre mesure. M. dos Santos avait lui-même annoncé en mars son intention de mettre fin à sa carrière politique.

"Le président prévoyait de se retirer en 2018", rappelle Alex Vines, du centre d'études britannique Chatham House, interrogé par l'AFP. "Je pense que la combinaison de la situation économique de l'Angola et ses problèmes de santé ont accéléré ses plans".

Après les années fastes du boom pétrolier, l'Angola, l'un des pays les plus pauvres du monde, subit de plein fouet depuis deux ans les effets de la chute prolongée des cours de l'or noir.

Comme un symbole de ces difficultés, la compagnie pétrolière nationale Sonangol a annoncé la semaine dernière qu'elle ne verserait pas cette année de dividendes à l'Etat. Une première pour la société principale pourvoyeuse de devises du pays, dirigée par la propre fille du chef de l'Etat, Isabel dos Santos.

- 'Rien ne changera' -

S'il ouvre, forcément, une nouvelle page de l'histoire de l'Angola, le départ de l'ancien guérillero marxiste ne devrait pas "révolutionner" la gestion du pays, au grand dam de ceux qui dénoncent depuis des décennies la "dictature" dos Santos.

"Rien ne changera avec des gens qui, lorsqu'ils pouvaient le faire, n'ont pas osé, par peur ou par intérêt, faire entendre leur différence", tranche le journaliste d'opposition William Tonnet.

Formé dans l'ex-Union soviétique, l'ancien général d'artillerie Joao Manuel Gonçalves Lourenço est un pur produit du parti. Tout comme son successeur annoncé à la vice-présidence du MPLA, l'actuel ministre de l'Administration territoriale Bornito de Sousa.

"Ce sont deux apparatchiks, deux purs produits du parti qui vont rester sous son contrôle. Leur marge de manoeuvre sera extrêmement réduite", résume Benjamin Augé, de l'Institut français des relations internationales (Ifri). "Ils vont défendre le bilan du président, sans faire de révolution".

A en croire les experts de la "nomenklatura" angolaise, les deux futurs hommes forts du pays n'ont toutefois pas été associés à ses juteuses affaires pétrolières, considérées comme une chasse-gardée de la famille du président dos Santos.

"Joao Lourenço est l'un des rares dirigeants du MPLA qui ne s'est pas sali les mains dans des affaires de corruption", tient à souligner l'activiste Nuno Alvaro Dala, récemment condamné, puis amnistié, pour une tentative présumée de coup d'Etat.

Certains vont jusqu'à suggérer que la fuite qui a révélé le retrait du président dos Santos a été sciemment précipitée par une faction du MPLA hostile à sa famille.

Cette annonce pourrait être "l'expression de mécontentements à l'intérieur du parti, notamment face à la place prise par les enfants du président", analyse le professeur Didier Péclard, de l'université de Genève. "Ce serait dans ce cas, hypothétique, une manière de précipiter la transition", poursuit-il.

Le célèbre écrivain et opposant Rafael Marques refuse d'y croire et balaie d'un revers de main l'idée même de l'existence d'une aile plus "présentable" au sein du très centralisé MPLA.

"Les Angolais vont passer d'un dictateur à l'autre", regrette-t-il, amer, "le changement n'est pas pour demain".

Avec AFP

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