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Algérie

18 mois requis pour "faux" contre l'ex-patron des patrons Ali Haddad

Ali Haddad à Alger le 7 février 2018.

Le Parquet a requis lundi à Alger 18 mois de prison pour "faux et usage de faux" contre l'ex-patron des patrons algériens Ali Haddad, proche du président déchu Abdelaziz Bouteflika, a constaté un journaliste de l'AFP.

Patron du numéro 1 privé du BTP en Algérie, Ali Haddad est en détention depuis son arrestation le 31 mars, en pleine nuit, à un poste-frontière avec la Tunisie, deux jours avant la démission du président Bouteflika face à une contestation inédite. Il était en possession de deux passeports, ce qu'interdit la loi algérienne, et de devises qu'il n'avait pas déclarées.

Comparaissait à ses côtés, Hassane Boualem, directeur des titres et documents sécurisés au ministère de l'Intérieur quand il a délivré en 2016 son 2e passeport à M. Haddad.

"C'est un procès politique, le chef de fraude n'a aucun fondement" juridique, a déclaré à la presse Me Khaled Bourayou, avocat de M. Haddad.

A l'audience, son client, parlant d'une voix difficilement audible, a nié toute falsification et indiqué avoir obtenu son 2e passeport "légalement", après avoir sollicité l'intervention d'Abdelmalek Sellal, alors Premier ministre.

Le procureur a requis 18 mois de prison et 100.000 dinars d'amende (environ 750 euros), rappelant que la loi interdit de posséder "plus d'un titre ou document de voyage de même nature".

Il a requis la même peine contre M. Boualem pour avoir délivré le 2e passeport "sans dossier administratif".

La défense de ce dernier a argué que son client n'avait fait qu'obéir aux instructions de M. Sellal, du ministre de l'Intérieur de l'époque Noureddine Bedoui - désormais Premier ministre - et du secrétaire général du ministère Hocine Mazouz, qui n'ont pas été inquiétés.

D'après l'avocat de M. Haddad, celui-ci fait aussi l'objet d'une enquête sur des faits présumés de corruption.

M. Haddad, également propriétaire d'un grand groupe médiatique et d'un club de football, est accusé par ses détracteurs d'avoir bénéficié d'importantes commandes publiques qui lui ont permis de muer son entreprise familiale en géant national du BTP, à la faveur de ses liens privilégiés avec l'entourage d'Abdelaziz Bouteflika, en tête duquel son frère et conseiller Saïd.

Saïd Bouteflika, 61 ans, est incarcéré depuis le 4 mai avec deux anciens chefs des services de renseignement, tous accusés d'avoir conspiré contre l'armée pour tenter de maintenir le président Bouteflika au pouvoir, malgré une contestation qui ne cessait d'enfler depuis le 22 février.

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Nouveau vendredi de manifestations contre le pouvoir

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26e vendredi de manifestations contre le régime

Des manifestants algériens scandent des slogans et brandissent des drapeaux nationaux dans les rues de la capitale, Alger, le 26e vendredi consécutif de manifestations du 16 aout 2019.

Les Algériens manifestent à nouveau massivement dans les rues du centre de la capitale, quadrillé par la police, pour un 26e vendredi consécutif d'un mouvement de protestation qui s'apprête à clore son 6e mois sans avancée vers une solution à la crise.

Malgré la forte chaleur estivale, la mobilisation, difficile à estimer précisément en l'absence de comptage officiel, semblait aussi importante que ces dernières semaines.

Amoindrie par les vacances scolaires par rapport aux premières semaines du "Hirak" (le mouvement de contestation né le 22 février), la mobilisation reste forte à Alger, où comme chaque vendredi, hommes, femmes et enfants de tous âges sont au rendez-vous.

"C'est ou nous ou ce pouvoir, on ne va pas s'arrêter", scandent les manifestants qui continuent de réclamer le départ du pouvoir de tous ceux ayant accompagné, durant ses 20 ans de présidence, Abdelaziz Bouteflika, contraint à la démission le 2 avril, sous les pressions conjuguées de la rue puis de l'armée.

Des dizaines de véhicules de police sont garés des deux côtés de la rue, sur une partie du parcours emprunté par la manifestation. Le dispositif semble toutefois avoir été légèrement allégé par rapport aux dernières semaines.

Le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée devenu le véritable homme fort du pays depuis la démission de M. Bouteflika, reste une cible principale des protestataires.

- "Experts de la triche" -

"Unis, on fera partir le +Gang+ (au pouvoir) puis Gaïd", scandent ces derniers.

Alors que le mouvement de contestation, qui s'apprête à fêter son 6e mois le 22 août, ne semble pas s'essouffler, aucune solution à la crise politique dans laquelle est plongée l'Algérie ne se profile.

Le "Hirak" continue de refuser la présidentielle que le pouvoir souhaite coûte que coûte organiser le plus rapidement possible pour élire le successeur de M. Bouteflika. Une élection convoquée le 4 juillet a dû être annulée, aucun candidat sérieux ne s'étant présenté.

"On ne veut pas d'élections organisées par ce gouvernement. Ils trouveront le moyen de frauder. Ce sont des experts de la triche. Qu'ils partent avant les élections", résume Mohamed Benouafek, 45 ans, ingénieur dans une entreprise privée, interrogé dans une rue d'Alger par l'AFP.

Chauffeur de taxi de 65 ans, Ahmed manifeste vendredi "pour redire à Gaïd que nos revendications n'ont pas été satisfaites", contrairement à ce que le chef d'état-major a assuré le 8 août, en dénonçant "certains groupes" qui "s'acharnent à rejeter toutes les initiatives présentées et tous les résultats obtenus".

Le "dialogue" proposé par le pouvoir à la classe politique et à la société civile pour définir les modalités de cette élection, censé en garantir l'équité, est également rejeté par les manifestants, et "l'Instance de dialogue" mise sur pied pour parler avec les divers acteurs, peine à asseoir sa légitimité à leurs yeux.

- "A la poubelle" -

Nommé à la tête de cette instance, Karim Younès, ex-président de la Chambre basse et ancien ministre de M. Bouteflika, est une fois encore conspué vendredi par les manifestants aux cris de "Karim Younès à la poubelle!".

"On reste avec des pratiques anciennes, ce genre d'instance va nous mener à l'impasse", a averti jeudi, dans un entretien au site d'information TSA (Tout sur l'Algérie), l'économiste Smail Lalmas, qui a démissionné de cette instance après le refus du pouvoir de prendre des mesures "d'apaisement" réclamées en signe de bonne volonté.

De leur côté, plusieurs partis politiques et organisations de la société civile ont été contraints de reporter une réunion prévue samedi, faute d'avoir obtenu - comme le veut la loi - une autorisation préalable des autorités.

"Au moment où le pouvoir fait la promotion de son offre de dialogue, la réalité est tout autre", s'insurgent les organisateurs dans un communiqué, dénonçant "le verrouillage du débat public, des médias, du dialogue dans la société".

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