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Algérie

Des députés bloquent l'accès de l'Assemblée à son président en Algérie

Le drapeau algérien à Alger, le 12 avril 2018.

Environ 200 députés de la majorité ont bloqué durant plusieurs heures mardi l'entrée de l'Assemblée populaire nationale (APN), cadenassant la porte, pour en interdire l'accès à son président, dont ils réclament la démission.

Saïd Bouhadja, président de l'APN, la Chambre basse du Parlement, est accusé par ses détracteurs de "mauvaise gestion, de dépenses exagérées et illicites et d'un recrutement douteux".

Selon Cheikh Berbara, député du Mouvement populaire algérien (MPA) et proche du pouvoir, au moins 351 députés sur les 462 que compte l'APN "ont signé en faveur de cette action de protestation pacifique visant à réclamer la démission du président de l'Assemblée".

Les députés ont quitté l'APN mardi à la mi-journée, sans signe de son président, qui avait pourtant promis au site TSA de ne pas avoir "peur" de cette action, selon un journaliste de l'AFP sur place.

Depuis fin septembre, cinq groupes parlementaires exigent sans succès la démission de M. Bouhadja.

Parmi eux, le Front de libération nationale (FLN) du chef de l'Etat Abdelaziz Bouteflika et le Rassemblement national démocratique (RND) du Premier ministre Ahmed Ouyahia, détenteurs à eux deux de la majorité absolue.

M. Ouyahia en personne et le secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbès, lui ont également intimé publiquement de démissionner.

Lundi, le bureau politique du FLN, avait décidé de traduire M. Bouhadja, membre du parti présidentiel, en conseil de discipline en vue de son exclusion pour "non-respect des instructions émanant de la direction politique du parti".

- "Image du pays" -

Ni la Constitution ni la loi algérienne ne prévoient de procédure pour destituer le président de l'APN. Depuis trois semaines, le Parlement est ainsi devenu le théâtre de passes d'armes quasi quotidiennes entre son président et ses détracteurs.

Plusieurs partis d'opposition se sont eux insurgés contre le blocage de l'APN, dénonçant une atteinte aux institutions.

Député du Rassemblement pour la Culture et la démocratie (RCD), Ouamar Saoudi, a dénoncé mardi devant la presse "une action qui vient de l'extérieur de l'Assemblée, (...) du bureau politique du FLN".

Ahmed Sadok, président du groupe d'opposition parlementaire du Mouvement de la société pour la Paix (MSP, islamiste), a lui fustigé une "action qui ne fait honneur ni aux députés ni au Parlement ni à l'image du pays".

"Si les députés de la majorité ne veulent plus travailler avec M. Bouhadja (...), il faut que leur action soit légale. Pour le moment, il n'y a rien qui l'empêche d'assumer ses fonctions", a-t-il souligné.

Les motifs réels de cette crise restent flous. M. Bouhadja attribue ses déboires à sa décision de limoger fin septembre le secrétaire général de l'Assemblée, réputé proche de certains caciques du FLN.

Les activités parlementaires demeurent bloquées. Toufik Touche, président de la Commission des Finances, a indiqué mardi à l'AFP que l'APN ne pouvait examiner en l'état le projet de loi de Finances 2019, soumis par M. Bouhadja.

Avec AFP

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Trois personnalités pressent l'armée de dialoguer avec la contestation

Algeria protests March 22, 2019

Trois personnalités algériennes ont pressé l'armée d'ouvrir un dialogue avec le mouvement de contestation, dénonçant le "blocage" constitué par le maintien de la présidentielle en juillet, un scrutin rejeté par les protestataires.

Cette élection prévue le 4 juillet doit permettre de trouver un successeur à Abdelaziz Bouteflika, qui a démissionné le 2 avril après 20 ans au pouvoir, sous la pression conjointe de la rue et de l'armée.

La déclaration obtenue samedi par l'AFP est signée par Ali Yahia Abdennour, avocat et militant des droits humains, Ahmed Taleb Ibrahimi, ancien ministre des Affaires étrangères, et Rachid Benyelles, général à la retraite.

M. Ibrahimi, 87 ans, avait été appelé par des militants à diriger la transition après la démission de M. Bouteflika mais avait décliné cette proposition en raison de son âge, selon ses proches.

Les trois signataires appellent l'armée à "nouer un dialogue franc avec des figures représentatives du mouvement citoyen, des partis et des forces politiques et sociales afin de trouver, au plus vite, une solution politique consensuelle en mesure de répondre aux aspirations légitimes" de la contestation.

Saluant le "caractère massif et strictement pacifique des manifestations" depuis le 22 février, ces personnalités proposent une "période de transition de courte durée, conduite par des hommes et des femmes n'ayant jamais appartenu au système profondément corrompu des vingt dernières années".

Selon eux, "cette période est nécessaire pour mettre en place les mécanismes et dispositions permettant au peuple souverain d'exprimer librement et démocratiquement son choix à travers les urnes".

"La situation de blocage par le maintien de la date du 4 juillet ne pourra que retarder l'avènement inéluctable d'une nouvelle République", estiment-ils.

"Car comment peut-on imaginer des élections libres et honnêtes alors qu'elles sont d'ores et déjà rejetées par l'immense majorité de la population parce qu'organisées par des institutions encore aux mains de forces opposées à tout changement".

Le chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah, avait affirmé fin avril que la présidentielle du 4 juillet, dans le cadre de la constitution, était la "solution idéale" pour sortir de la crise.

Devenu de facto l'homme fort du pays depuis le 2 avril, il avait ainsi opposé implicitement une fin de non recevoir aux revendications des manifestants qui réclament la mise en place d'institutions de transition ad hoc pour gérer l'après-Bouteflika.

Le mouvement de contestation dont l'Algérie est le théâtre depuis le 22 février reste mobilisé, notamment chaque vendredi, pour réclamer le départ de l'ensemble du "système" au pouvoir.

Près de trois mois de contestation populaire massive

La police algérienne monte la garde lors d'une manifestation à Alger, la capitale, le 4 mars 2019, contre la candidature du président Abdelaziz Bouteflika, en difficulté, à un cinquième mandat.

L'Algérie est secouée depuis février par des manifestations massives déclenchées par la candidature à un nouveau mandat d'Abdelaziz Bouteflika, qui se sont transformées en contestation de tout le régime.

- "Pas de 5e mandat" -

Le 22 février, plusieurs milliers de personnes, répondant à des appels sur les réseaux sociaux, manifestent dans plusieurs villes. "Pas de 5e mandat", "Ni Bouteflika, ni Saïd" (frère du président, perçu comme un "président bis" et un successeur possible), scandent les protestataires à Alger, où les manifestations sont interdites depuis 2001.

Au pouvoir depuis deux décennies, M. Bouteflika, très affaibli depuis un AVC en 2013, avait annoncé le 10 février qu'il briguerait un 5e mandat.

Le 1er mars, des dizaines de milliers de personnes se rassemblent à nouveau à Alger. "Le peuple veut la chute du régime", crient les manifestants.

- Présidentielle reportée -

Le 3, M. Bouteflika s'engage, s'il est élu, à ne pas terminer son mandat et à se retirer après une présidentielle anticipée.

Le 10, il regagne l'Algérie après deux semaines d'hospitalisation en Suisse pour "examens médicaux". Etudiants et enseignants occupent plusieurs universités.

Quelques jours après avoir présenté l'armée comme la "garante" de la stabilité, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major, déclare que l'armée "partage" les "mêmes valeurs" que le peuple.

Le 11, M. Bouteflika renonce à briguer un 5e mandat et reporte sine die la présidentielle.

Le ministre de l'Intérieur Noureddine Bedoui remplace Ahmed Ouyahia comme Premier ministre.

Le 15, une foule impressionnante envahit Alger. Des manifestations ont lieu dans 40 préfectures sur 48. Des diplomates évoquent "des millions" d'Algériens dans les rues.

- Bouteflika démissionne -

Le 26, le général Gaïd Salah demande que le président soit déclaré inapte à exercer le pouvoir, en vertu de la Constitution, ou qu'il démissionne.

Le lendemain, le Rassemblement national démocratique (RND), pilier de la majorité au côté du Front de libération nationale (FLN), demande "la démission du président".

Le 2 avril, le général Gaïd Salah demande que soit "appliquée immédiatement" la procédure constitutionnelle permettant d'écarter M. Bouteflika.

Peu après, M. Bouteflika, 82 ans, démissionne.

- "Qu'ils partent tous" -

Le 5, les Algériens descendent en masse dans la rue, déterminés à se débarrasser du "système".

Le 9, le président du Conseil de la Nation (Chambre haute du Parlement) Abdelkader Bensalah est nommé président par intérim. Les partis d'opposition boycottent la réunion du Parlement.

A Alger, des milliers d'étudiants protestent. La police tire des grenades lacrymogènes et fait usage de canon à eau.

Le directeur de l'Agence France-Presse (AFP) à Alger, Aymeric Vincenot, est expulsé par les autorités qui refusent de renouveler son accréditation.

Le 10, la présidentielle est fixée au 4 juillet.

Le 16, le président du Conseil constitutionnel Taïeb Belaiz, fidèle de l'ex-président Bouteflika, démissionne.

Des dizaines de milliers d'étudiants manifestent à Alger, mais aussi à Oran, Constantine, Annaba ou Béjaïa. "Le peuple veut qu'ils partent tous", clament les étudiants.

- Enquêtes judiciaires -

Le 29, le ministre des Finances Mohamed Loukal, ancien gouverneur de la Banque centrale, est entendu par le parquet dans le cadre d'affaires de "dilapidation" de fonds publics. Il ressort libre de son audition, sans faire de déclaration.

Le lendemain, l'ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, limogé en mars pour tenter d'apaiser la contestation, est entendu dans des dossiers "de dilapidation de fonds publics et d'avantages indus", selon la télévision publique. Il ne fait aucune déclaration à sa sortie du tribunal.

Le 5 mai, Saïd Bouteflika ainsi que deux ex-chefs des services de renseignements --les généraux Mohamed Mediene dit "Toufik" et Athmane Tartag alias "Bachir"-- sont placés en détention provisoire. Ils sont poursuivis pour "atteinte à l'autorité de l'armée" et "complot contre l'autorité de l'Etat".

La justice a lancé plusieurs enquêtes pour des faits de corruption contre des personnalités liées à l'ex-président Bouteflika.

- 13e vendredi de manifestations -

Le 17, une importante foule défile dans le centre d'Alger pour un 13e vendredi consécutif contre le régime et contre la présidentielle prévue le 4 juillet. Des foules nombreuses marchent dans d'autres villes du pays.

"Pas d'Etat militaire". "Gaïd Salah dégage !", scandent les manifestants à Alger, qui reprochent au général son refus de toute autre sortie de crise que la présidentielle du 4 juillet.

Les Algériens dans la rue pour un 13e vendredi consécutif contre le "système"

Manifestation des Algériens contre le régime de Abdelaziz Bouteflika, le 22 mars 2019.

Une importante foule a défilé dans le centre d'Alger pour un 13e vendredi consécutif de manifestations dans le pays, où la fatigue liée au mois de jeûne du ramadan n'a pas entamé la mobilisation.

Difficile à évaluer en l'absence de comptage officiel, celle-ci semblait à Alger peu ou prou comparable à celles des semaines précédentes.

Le cortège a commencé à se disperser peu après 17H00 (16H00 GMT), en chantant "bon ftor (repas de rupture du jeûne), au revoir et à vendredi prochain", sans incident, alors que la journée avait commencé dans la tension dans la capitale.

Des foules nombreuses ont également marché sans incident à Oran, Constantine et Annaba, 2e, 3e et 4e villes du pays, et d'autres villes du pays, selon le site d'information TSA (Tout sur l'Algérie).

L'agence de presse officielle APS a recensé des marches dans 29 des 48 régions d'Algérie, précisant que dans les régions du centre et du sud du pays, où les températures dépassent les 35° dans la journée, des défilés étaient prévus en fin d'après-midi ou dans la soirée.

Déployée en nombre depuis le début de la matinée à Alger, la police a lutté plusieurs heures pour interdire l'accès au parvis et aux marches de la Grande Poste, lieu de ralliement de la contestation dans la capitale depuis le début du mouvement le 22 février.

"Honte à vous policiers", criaient les manifestants, dans une ambiance tendue, marquée par quelques bousculades mais sans heurts sérieux.

Les pulvérisations de gaz lacrymogène n'ont pas suffi à éloigner et dissuader les manifestants et les policiers en tenue anti-émeutes ont finalement dû céder sous la pression croissante d'une foule de plus en plus nombreuse et déterminée à reprendre ce "territoire" symbolique de la contestation, selon un journaliste de l'AFP.

Les policiers ont finalement quitté les lieux sous les sifflets de la foule. La wilaya (préfecture d'Alger) a justifié l'interdiction pour des raisons de sécurité, affirmant qu'une expertise avait révélé des faiblesses structurelles dans l'escalier du parvis.

Une dizaine de personnes ont été secourues par des volontaires, la plupart victimes de malaises dus à la chaleur et au jeûne, selon un photographe de l'AFP.

- "Pas d'Etat militaire" -

Des barrages filtrants installés dès la matinée par les forces de l'ordre sur certains axes routiers menant à Alger, selon le récit d'Ali, commerçant venu de Bordj Menael, à 60 km à l'est de la capitale, n'ont pas empêché les manifestants d'envahir les rues du centre-ville.

Malgré un dispositif similaire, la mobilisation est restée massive à Bordj Bou Arreridj, localité particulièrement mobilisée depuis le début du mouvement du 22 février, à 150 km au sud-est de la capitale, selon des médias algériens.

"Non aux élections" prévues le 4 juillet pour élire un successeur au président Abdelaziz Bouteflika, pouvait-on lire sur certaines pancartes. Après 20 ans à la tête de l'Algérie, l'ancien chef de l'Etat a été contraint de démissionner le 2 avril sous les pressions conjuguées du mouvement inédit de contestation et de l'armée.

"On ne votera pas!", ont scandé les manifestants, réclamant également à hauts cris "un Etat civil, pas d'Etat militaire", alors que l'armée est revenue au centre du jeu politique après avoir contribué de façon décisive au départ du président Bouteflika, faisant de facto de son chef d'état-major, le général Ahmed Gaïd Salah, l'homme fort du pays.

"Gaïd Salah dégage !", ont aussi scandé les manifestants à Alger, lui reprochant, outre son soutien durant 15 ans au président Bouteflika, son refus de toute autre sortie de crise que la présidentielle du 4 juillet, dans laquelle ils voient un moyen pour les héritiers du régime de maintenir, à la faveur de fraudes, le "système" au pouvoir.

- "Fuite en avant" -

Les manifestants exigent avant tout scrutin le départ de toutes les figures associées à M. Bouteflika, en tête desquelles le président par intérim Abdelkader Bensalah et le Premier ministre Noureddine Bedoui, deux apparatchiks, mais aussi le général Gaïd Salah, au bénéfice de structures ad hoc pour gérer la transition.

"Le mouvement populaire pacifique n'est pas près de s'essouffler" car "le pouvoir s'accroche malheureusement à l'organisation des élections le 4 juillet", a assuré vendredi, dans un entretien à TSA Abdelouahab Fersaoui, président du Rassemblement Action Jeunesse (RAJ), une organisation citoyenne en pointe dans la contestation.

Vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH), Saïd Salhi a de son côté dénoncé une "fuite en avant" du pouvoir, qui n'a "aucune vision", et qui "temporise et joue sur l'usure".

Maintenir "les élections pour le 4 juillet, cela revient à exacerber les tensions et à accentuer la crise", a-t-il expliqué à TSA.

Il a également vu dans les récentes convocations et arrestations par la justice d'anciens responsables politiques et d'hommes d'affaires, une volonté de "dévier" le mouvement de ses revendications.

Jeudi, deux proches de M. Bouteflika, Abdelmalek Sellal, Premier ministre entre 2014 et 2017, Ahmed Ouyahia, trois fois chef du gouvernement sous sa présidence, la dernière fois jusqu'en mars 2019 et plusieurs anciens responsables ont été entendus par un tribunal d'Alger, dont ils sont ressortis libres.

Manifestation monstre à Alger

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Treizième vendredi de manifestations à Alger

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