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Des présidents africains en Gambie pour presser Yahya Jammeh de quitter le pouvoir


Les forces de sécurité gambiennes massivement déployées à Banjul, Gambie, 5 décembre 2016.

Des chefs d'Etat d'Afrique de l'Ouest tentaient mardi en Gambie de convaincre Yahya Jammeh de reconnaître définitivement sa défaite à l'élection présidentielle et de céder le pouvoir, afin de sortir son pays d'une période lourde de périls.

Dans une manifestation de la persistance de l'autorité de M. Jammeh, la police a fermé les locaux de la Commission électorale indépendante avant l'arrivée de la délégation, a indiqué Alieu Momar Njie le président de cette commission, qui a déclaré l'opposant Adama Barrow vainqueur du scrutin présidentiel du 1er décembre.

La communauté internationale a insisté sur les enjeux de la mission de cette délégation, qualifiée de "dernière chance" par la diplomatie sénégalaise, après la déclaration télévisée de Yahya Jammeh le 9 décembre revenant sur la reconnaissance de sa défaite et réclamant un nouveau vote.

La délégation de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays dont la Gambie), conduite par le chef d'Etat libérien Ellen Johnson Sirleaf, présidente en exercice de la Cédéao, comprend ses homologues nigérian Muhammadu Buhari, ghanéen John Dramani Mahama et sierra-léonais Ernest Bai Koroma.

Le représentant spécial de l'ONU en Afrique de l'Ouest, Mohamed Ibn Chambas, participe également à la mission.

La délégation a été reçue pendant plus d'une heure dans l'après-midi par M. Jammeh. Interrogé pour savoir s'il s'était montré réceptif, M. Buhari a répondu aux journalistes: "Tout à fait".

Auparavant, la présidence nigériane avait affirmé que la délégation comptait demander au président sortant de "préserver l'inviolabilité d'un processus électoral qui s'est achevé et dans lequel il avait reconnu sa défaire et félicité son principal adversaire".

"J'espère que nous pourrons parler et que la volonté du peuple prévaudra", avait pour sa part déclaré Mme Sirleaf au début de la mission.

La délégation a également prévu de rencontrer ensuite Adama Barrow.

Le chef d'état-major, le général Ousman Badjie, dont M. Barrow avait affirmé la semaine dernière avoir reçu l'assurance de son appui en tant que président élu, est arrivé aux discussions en portant sur son uniforme un badge du chef de l'Etat sortant, affirmant qu'il soutenait "le commandant en chef, le président Yahya Jammeh".

- Recours à la Cour suprême? -

L'ambassadrice américaine à l'ONU, Samantha Power, a estimé lundi qu'il s'agissait d'un "moment très dangereux" pour ce petit pays de moins de deux millions d'habitants, en raison notamment du soutien dont jouit encore dans l'armée M. Jammeh, qui gouverne le pays d'une main de fer depuis 22 ans.

En cas d'échec de cette "diplomatie préventive", la Cédéao "envisagera des décisions plus draconiennes", a déclaré le président de la Commission de l'organisation régionale, Marcel Alain de Souza, à la radio française RFI, sans écarter l'option militaire.

L'opposition, enhardie par les pressions internationales, a sommé lundi Yahya Jammeh de céder immédiatement le pouvoir en renonçant à contester les résultats de l'élection.

"Tout comme j'ai loyalement accepté les résultats, en croyant que la Commission électorale était indépendante, honnête et fiable, je les rejette dans leur totalité", avait affirmé M. Jammeh le 9 décembre, en dénonçant des "erreurs inacceptables" commises par les autorités électorales.

Le personnel de la Commission s'est vu interdire mardi l'accès aux locaux, sans explication, a déclaré à l'AFP son président. "Je suis allé au travail ce matin mais des policiers m'ont empêché d'entrer", a affirmé M. Njie, précisant que tout le personnel avait dû repartir.

L'opposition a indiqué craindre que le recours devant la Cour suprême projeté par M. Jammeh ne lui permette de se maintenir en place au-delà de la fin de son mandat, prévue en janvier.

"Je pense qu'il devrait démissionner maintenant", a déclaré lundi M. Barrow à l'AFP. "Il a perdu l'élection, nous ne voulons pas perdre de temps", a-t-il ajouté.

La saisine de la Cour doit intervenir dans les dix jours suivant la proclamation des résultats, mais lundi ayant été férié, ce recours devrait être déposé d'ici mardi soir, selon des juristes.

Faute de juges pour siéger à la Cour suprême depuis mai 2015, "il n'existe en Gambie aucun mécanisme légal légitime pour statuer sur le recours électoral du président sortant", a estimé lundi l'Ordre des avocats, l'appelant à "céder immédiatement le pouvoir".

Avec AFP

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