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République du Congo

Des opposants congolais craignent pour leur vie à Paris

La police sécurise une zone après une attaque au couteau au centre-ville de Paris le 10 septembre 2018.

Passage à tabac, menaces téléphoniques, harcèlement des familles restées au pays : à Paris, des opposants déclarés au régime de Brazzaville vivent dans la crainte permanente de représailles, aiguisée par la révélation d'un projet d'assassinat contre l'un des leurs.

L'affaire, encore obscure, rappelle des pages sombres des relations entre la France et l'Afrique: deux anciens agents de la DGSE, les renseignements extérieurs français, sont soupçonnés d'avoir projeté d'assassiner le général Ferdinand Mbaou, un farouche opposant au président congolais Denis Sassou Nguesso, réfugié en France depuis près de 20 ans.

Ils ont été inculpés le 12 septembre à Lyon pour "association de malfaiteurs" et "détention d'explosifs". Un troisième homme a été placé sous le statut de témoin assisté.

"En colère mais pas surpris", c'est "par la presse" que l'ancien chef de la garde présidentielle du président Pascal Lissouba (1992-1997) a appris la nouvelle. Une enquête a été ouverte, un juge d'instruction nommé mais "personne ne m'a dit quoi que ce soit, ni la justice, ni les autorités françaises", s'émeut le général Mbaou, qui dit n'avoir jamais reçu aucune protection policière malgré ses demandes et de récentes menaces. Interrogé, le ministère français de l'Intérieur n'a pas donné suite.

"Dans le collimateur de Brazzaville" en raison de ses réseaux dans l'armée, selon un opposant, l'officier avait réchappé par "miracle" à une tentative d'assassinat en novembre 2015 à la sortie de son domicile de Bessancourt, au nord de la capitale française. "J'ai reçu une balle dans le dos. Les médecins n'ont pas pu l'extraire parce qu'elle est à un endroit délicat, près du cœur. Elle est toujours là", confie à l'AFP cet homme de 62 ans aux tempes grisonnantes.

"Tous les opposants qui accusent le Congo pour des faits qui ont lieu en France le font à tort", a réagi de son côté une source gouvernementale à Brazzaville. "M. Mbaou a vécu librement au Congo entre 2009 et 2012, pour quelle raison on prendrait le risque d'attenter à sa vie en France ?", a-t-elle ajouté, omettant de préciser que l'officier avait été incarcéré à deux reprises à Brazzaville, entre juillet 2009 et janvier 2010, ainsi que début 2012. Il est ensuite rentré en France.

- "Menaces au quotidien" -

Dans le petit cercle des opposants congolais réfugiés en France, ancienne puissance coloniale, cette affaire a accru l'angoisse de ceux qui militent sans relâche contre le régime "dictatorial" de Brazzaville.

"Les menaces, je les vis au quotidien", rapporte Roland-Lévy Nitou, en France depuis 1993. "Ils m'ont dit au téléphone: +un jour on t'aura+. Au Congo, mes parents ont été menacés à plusieurs reprises, ils ont dû déménager et vivent terrés dans leur propre pays".

Ce Congolais de 42 ans, qui travaille dans la logistique, dirige l'Amicale des Indignés du 242 (l'indicatif téléphonique de la République du Congo).

Depuis trois ans, avec une douzaine d'autres militants, il filme et expose sur internet les luxueuses propriétés détenues en France par M. Sassou Nguesso, ses proches ou ses ministres, "qui pillent le Congo Brazzaville", accuse-t-il. Une centaine d'appartements et de villas découverts à ce jour - dont certains visés par la tentaculaire procédure judiciaire dite "des biens mal acquis" en France.

Le 23 septembre, la vidéo d'une spectaculaire villa sur les hauteurs de Nice a été visionnée plus de 7.000 fois sur Youtube.

Cette publicité exaspère les autorités congolaises, selon M. Nitou, dans un pays riche en pétrole mais où près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Main courante et certificat médical à l'appui, il raconte avoir été roué de coups en plein Paris le 29 mai par un partisan du régime, alors qu'il se rendait à une manifestation contre la visite en France de M. Sassou Nguesso. La vidéo de l'agression, tournée selon lui par des membres de la garde présidentielle, peut encore être vue sur les réseaux sociaux.

L'agresseur a été immédiatement interpellé, mais "ma plainte n'avance pas, ça montre qu'il y a un problème", juge ce militant qui "ne se déplace plus jamais seul" et affirme que "la France protège Sassou Nguesso".

- "L'image ternie de la France" -

Le feu vert du président François Hollande à l'organisation fin 2015 d'un référendum controversé permettant au président congolais de briguer un nouveau mandat a été "un coup de couteau dans le dos", tacle un autre membre des "Indignés", Judicaël Bikoula.

Au pouvoir depuis 1979 - à l'exception d'une parenthèse de cinq années qu'il a refermée par un coup d'Etat - Denis Sassou Nguesso, 74 ans, a été réélu dans la foulée en 2016 lors d'un scrutin dénoncé par l'opposition.

"Après l'élection, il y a eu une chape de plomb: toute contestation a été complètement annihilée", souligne Antoine Glaser, spécialiste de l'Afrique

Principal adversaire de M. Sassou Nguesso, le général Jean-Marie Michel Mokoko, est incarcéré depuis mi-2016. Il a été condamné en mai à 20 ans de prison. Et des dizaines d'autres opposants - tel André Okombi Salissa, autre candidat à la présidentielle - croupissent en prison, selon un récent rapport d'Amnesty international. L'un d'eux, Paulin Makaya, a été libéré mi-septembre après trois ans d'emprisonnement, mais reste empêché de quitter le pays.

"On ne peut pas concevoir que la France puisse soutenir des personnes telles que M. Sassou Nguesso qui veut éliminer ses opposants", épingle Raphaël Goma, un Franco-Congolais de 59 ans, qui préside le Conseil de la diaspora congolaise pour la restauration de la démocratie (Codicord).

Interrogé, le ministère des Affaires étrangères n'a pas commenté.

"A vouloir protéger un dictateur, la France court le danger de voir son image ternie", avertit Roland-Lévy Nitou, en dénonçant la mort en juillet de 13 jeunes "torturés et exécutés" dans un commissariat de Brazzaville.

Mardi soir, le général Mbaou a appris par son avocat que sa plainte pour tentative d'assassinat en novembre 2015 avait été classée sans suite... en mars dernier.

Avec AFP

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La concertation de Madingou est "un faux fuyant", selon Paulain Makaya

La concertation de Madingou est "un faux fuyant", selon Paulain Makaya
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A Madingou, une concertation pour préparer la présidentielle de 2021

Ouverture de la concertation politique, côte à côte, les Chefs de la Majorité et de l'Opposition, à Madingou, 25 novembre 2020. (VOA/Arsène Séverin)

Une concertation politique s’est ouverte à Madingou, dans le sud-ouest du Congo-Brazzaville, pour discuter de l’organisation de la prochaine élection présidentielle. Quelques jours avant, ces assises ont donné lieu à des déclarations contradictoires au sein de la classe politique congolaise.

Plus d’une centaine d’acteurs politiques et des membres de la société civile vont discuter pendant 48 heures de l’organisation consensuelle de l’élection présidentielle de mars 2021.

Le chef de la majorité présidentielle, Pierre Moussa, et celui de l’opposition, Pascal Tsaty Mabiala, prennent part à cette concertation. D’autres figures de proue de l’opposition comme Claudine Munari sont également à Madingou.

Mais avant le départ pour Madingou, l’annonce de cette concertation politique avait divisé la classe politique. L’opposition avait posé plusieurs conditions avant de s’y rendre.

Volte-face au Rassemblement pour la démocratie et le développement (RDD), où son président Jean Jacques Serge Yhombi Opango avait d’abord annoncé dans un communiqué qu’il n’ira pas à cette concertation.

"Je suis venu vous dire que nous, le RDD, nous serons à Madingou pour dire notre mot à cette concertation", s’est-il rebiffé mardi devant la presse, accusant le chef de file de l’opposition d’avoir mal réparti les quotas.

Anatole Limbongo Ngoka, candidat déclaré à la présidentielle de 2021, régulièrement invité pour participer à cette concertation, s’est vu empêché d’embarquer pour un motif judiciaire.

"C’est à l’aéroport qu’on m’a signifié que mon nom n’était plus sur la liste car la Cour suprême aurait rendu une décision me refusant le titre de président du parti, suite à ma condamnation en 2016. J’ai donc été empêché d’embarquer, donc je suis revenu à la maison", témoigne-t-il, désillusionné.

A l’UPC de Paulain Makaya, les militants estiment que Madingou est un faux-fuyant.

"Nous demandons au pouvoir de respecter l’ordre constitutionnel. Ce qui se passe à Madingou est un faux-fuyant, cela n’a rien à voir avec le peuple congolais", affirme-t-il. "Ils sont en train de vouloir préparer leurs arrières pour avoir à manger et à boire. Nous disons: non, nous n’en voulons pas. Nous attendons le vrai dialogue", affirme Paulin Makaya.

Ce que ne soutient pas Jean Valère Mbani, président du Congo en marche.

"Nous estimons que c’est une opportunité unique et importante pour que nous puissions avoir une élection présidentielle transparente et apaisée. Notre parti Le Congo en marche prône la paix et le dialogue et sommes donc heureux d’être à Madingou", défend-t-il.

Pour l’ancien ministre Alain Akouala, le dialogue devrait éviter des confrontations inutiles et meurtrières.

"Je pense que le Congo ne pourra pas faire l’économie d’un dialogue refondateur à travers lequel nous définirons une vision commune. C’est une interpellation de toute la classe politique, et ce dialogue est de la mission du Conseil national de dialogue", analyse l’ancien ministre et membre du PCT, le parti au pouvoir.

La concertation qui s’est ouverte mercredi matin à Madingou vise l’adhésion de la classe à l’organisation consensuelle de l’élection présidentielle par l’administration.

L'actuel président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso, 76 ans, est au pouvoir depuis 1997.

Avis mitigés à Brazzaville face à la course au vaccin anti-Covid

Des avis mitigés à Brazzaville sur le futur vaccin anti-Covid, à Brazzaville, le 19 novembre 2020. (VOA/Arsène Séverin)

La population de la capitale congolaise s’exprime diversement sur le futur vaccin contre le coronavirus. Malgré les assurances des scientifiques locaux sur le bienfait du vaccin, nombreux affichent leur réticence.

Au bureau de l’OMS Afro, à Mafouta, un quartier sud de Brazzaville, le responsable vaccin et coordonnateur de la lutte anti-Covid assure que des stratégies sont en train d’être mises en place pour que l’Afrique bénéficie également du vaccin, dès que le tout premier sera homologué.

Pour Dr Richard Mihigo, plus de 60% des doses du vaccin anti-Covid seront financés grâce à la solidarité mondiale initiée par l’OMS.

"La Banque mondiale a annoncé 12 milliards de dollars qui pourraient aider 100 pays dans le monde y compris de nombreux pays africains à financer ce vaccin. Une autre banque africaine a décidé d’apporter 5 milliards de dollars pour soutenir cet effort", annonce Dr Mihigo.

Le médecin estime que ce vaccin dont l’accès sera équitable va aider l’Afrique à reprendre "son semblant de vie normale".

Dr Richard Mihigo, responsable vaccin à l'OMS Afrique à Brazzaville, le 19 novembre 2020.
Dr Richard Mihigo, responsable vaccin à l'OMS Afrique à Brazzaville, le 19 novembre 2020.

Des scientifiques en alerte

Dans son laboratoire de la Fondation congolaise pour et la recherche médicale, à Brazzaville, la professeure Francine Ntoumi, les yeux dans le microscope, est à la recherche de la souche du virus Covid qui circule dans le pays. C’est important pour le type du vaccin à adopter, explique-t-elle.

"Il n’est pas dit qu’un vaccin qui a 95% d’efficacité aux Etats-Unis aura aussi cette efficacité sur le continent. L’Africa CDC prépare des sites cliniques pour pouvoir tester ces vaccins", indique la chercheuse biologiste moléculaire.

Francine Ntoumi prévient également que le vaccin ne sera pas disponible pour toutes les populations africaines. "Donc chaque pays doit déterminer quelles sont les populations devront accès en priorité au vaccin", souligne-t-elle.

Professeure Francine Ntoumi, biologiste moléculaire à Brazzaville, le 19 novembre 2020.
Professeure Francine Ntoumi, biologiste moléculaire à Brazzaville, le 19 novembre 2020.

Loin des analyses scientifiques, les Brazzavillois ont une opinion partagée sur ce vaccin tant attendu. Nombreux s’étaient déjà montrés très hostiles à une éventuelle campagne de tests de vaccin.

"Pour moi, ce n’est pas une bonne nouvelle. A mon avis, ce n’est pas la vraie solution, la solution est certainement ailleurs", affirme Lebon Ziavoula.

Alphonse Ndongo, patron d’un restaurant, voit plutôt dans cette course "une bonne nouvelle", arguant que les commerçants vont à nouveau devoir voyager.

"Beaucoup de Congolais dépendent de leurs petites activités commerciales avec Dubaï, la Chine, la Turquie ou la France. Grâce à ce vaccin, les gens pourront à nouveau se mouvoir", se satisfait M. Ndongo.

Selon le dernier point, les autorités sanitaires annoncent 93 décès sur plus de 5.600 cas de contamination de Covid-19.

Vaccin anti-Covid: les Brazzavillois "ont peur"
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Vaccin anti-Covid: les Brazzavillois "ont peur"

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Les familles des jeunes tués dans un commissariat à Brazzaville seront dédommagées

Casimir Ngakala, parent de victime du drame du commissariat de Chacona, à Brazzaville, le 11 mai 2018. (VOA/Arsène Séverin)

En République du Congo, les autorités judiciaires ont décidé d'indemniser, à hauteur de 15 millions de francs CFA, les proches de 13 jeunes tués dans le commissariat de Chacona, à Brazzaville, dans la nuit du 22 au 23 juillet 2018.

La Cour d'appel de Brazzaville a examiné mardi le recours contre le jugement de la chambre correctionnelle en mars 2019, qui ne prévoyait aucune indemnité pour les familles endeuillées.

Cette chambre avait alors condamné 6 policiers à des peines allant de 1 à 3 ans de prison pour "homicide involontaire".

Selon l'avocat des familles endeuillées, Me Steve Bagne, les juges de la Cour d’appel ont annulé le premier jugement.

Ils ont reconnu la responsabilité civile des prévenus et de l’Etat congolais, qui est condamné à verser une indemnité de 15 millions de francs CFA par victime.

Présentes à l’audience, certaines familles ont estimé que cette somme est minime parce que les jeunes ont perdu la vie à la fleur de l’âge.

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