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Dernier vendredi de manifestations avant la rentrée


Des policiers dans la ville de Laghouat, en Algérie, le 11 janvier 2012.

Après avoir réussi à maintenir la pression dans la rue durant tout l'été, les Algériens manifestent pour le dernier vendredi avant la rentrée, à l'occasion de laquelle les protestataires espèrent remobiliser massivement.

Au 28e vendredi consécutif de manifestations dans le pays, l'Algérie est toujours dans l'impasse, avec deux camps arc-boutés sur des positions inconciliables.

D'un côté la rue, qui a réussi à maintenir la mobilisation toujours pacifique, malgré la chaleur et les vacances. De l'autre, le pouvoir incarné par le haut commandement militaire qui a pris de facto les commandes depuis la démission le 2 avril du président Abdelaziz Bouteflika.

Le pouvoir intérimaire refuse toute autre solution de sortie de crise qu'un scrutin présidentiel pour élire son successeur. Le "Hirak", le mouvement de contestation inédit né le 22 février, rejette, lui, tout scrutin organisé par ceux ayant soutenu le chef de l'Etat déchu durant ses 20 ans de présidence.

"Y en a marre des généraux!", "A bas le régime militaire!", scandent vendredi les manifestants à Alger. Des marches se déroulent dans plusieurs autres villes du pays, selon les sites d'information et les réseaux sociaux.

"Le peuple veut une période de transition", réclament également les protestataires, réitérant leur exigence de voir les anciens fidèles de M. Bouteflika quitter le pouvoir, en tête desquels l'actuel président par intérim Abdelkader Bensalah et le chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah.

Lundi, ce dernier a estimé "impératif d'accélérer" les préparatifs de l'élection présidentielle qui doivent commencer "dans les semaines à venir".

Contraint, faute de candidats sérieux, d'annuler le scrutin initialement prévu le 4 juillet, le pouvoir a mis sur pied sur une "Instance national de dialogue" chargée de consulter et de proposer des modalités garantissant la sincérité du scrutin.

Mais cette instance, dirigée par l'ex-président de la Chambre basse Karim Younès, peine à asseoir sa légitimité auprès du "Hirak" qui accuse les anciens fidèles de M. Bouteflika d'avoir organisé la fraude électorale durant 20 ans et ne voient dans ce scrutin qu'un moyen pour le "système" de se maintenir au pouvoir.

"C'est le 28e vendredi et le peuple est encore dans la rue pour réclamer le départ d'Ahmed Gaïd Salah. Il rejette aussi le dialogue mené par Karim Younès", souligne Saïd, employé de 54 ans qui manifeste à Alger, où l'affluence semblait plus forte qu'en juillet et août.

Selon Mohamed Mansour, commerçant de 54 ans, "nous avons assuré la +permanence+ durant l'été mais à la rentrée, avec le retour de ceux qui sont partis en vacances, la mobilisation va reprendre de plus belle".

- Interpellations -

Si l'armée a rejeté les "mesures d'apaisement" réclamées par "l'instance de dialogue" pour faciliter les discussions, allègement du dispositif sécuritaire à Alger lors des manifestations, libération des personnes arrêtées lors des marches, le déploiement policier semble moins massif que les semaines précédentes dans la capitale, selon un journaliste de l'AFP sur place.

Pour les partisans du "Hirak", l'interdiction de l'université d'été de l'association citoyenne Rassemblement action jeunesse et d'une réunion de l'Alternative démocratique, composée de plusieurs partis d'opposition, marque cependant le raidissement du régime.

Vendredi, plusieurs manifestants ont aussi été interpellés avant le début officiel du cortège, a rapporté sur Twitter Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de Défense des droits de l'Homme.

Selon le "Comité National pour la Libération des Détenus", créé ces derniers jours autour notamment des familles et avocats de personnes arrêtées dans les manifestations, une quarantaine d'entre elles sont toujours détenues, certaines depuis juin, accusées notamment "d'atteinte à l'unité nationale" pour avoir brandi des drapeaux amazigh (berbères).

Dans le cortège, des jeunes portent des tee-shirts à l'effigie de Lakdhar Bouregaa, ancien chef militaire de la Guerre d'indépendance âgé de 86 ans, incarcéré depuis le 30 juin et accusé d'"outrage" et d'atteinte au moral de l'armée pour avoir publiquement critiqué le général Gaïd Salah.

Sur d'autres tee-shirts s'affiche le visage d'Hamza Djaoudi, jeune capitaine de marine marchande, écroué depuis août après avoir critiqué la mainmise de la société émirati DP World sur le port d'Alger et appelé ses collègues à la "désobéissance civile".

"Libérez Hamza, libérez Bouregaa!", scandent les manifestants.

Pour Samir Larabi, militant du Parti socialiste des Travailleurs (PST), les épisodes de grogne sociale ayant eu lieu cet été dans plusieurs régions pourraient dès la rentrée "s'arrimer au Hirak".

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