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Huis clos entre une prostituée et un extrémiste dans un théâtre tunisien

Une actrice tunisienne dans le rôle d'une prostituée, dans la pièce "La Fuite", le 1er mars 2018.

Un lit, une femme en nuisette rouge et un homme aux idées sombres: en Tunisie, une pièce de théâtre met en scène l'improbable dialogue entre une prostituée et un extrémiste islamiste, pour mettre la société face à ses contradictions.

"La Fuite" de Ghazi Zaghbani commence avec l'irruption dans la chambre de Narjess, une travailleuse du sexe lascivement étendue sur un lit, d'un homme en sueur à la longue barbe noire fuyant la police.

C'est un islamiste revendiquant des idées extrémistes, qui dit s'entraîner "au combat" dans un camp jihadiste et à qui elle donnera malgré tout refuge.

S'engage alors un huis clos qui durera un peu plus d'une heure, pendant lequel ces deux personnages que tout oppose échangeront des passes d'armes, des piques et au final des caresses.

Une tentative de faire exploser "les contradictions" de la Tunisie, selon le metteur en scène. Un pays considéré comme l'un des plus ouverts du Maghreb et du Moyen-Orient, où les quelques maisons de passe qui subsistent sont légales et où les prostituées dépendent officiellement du ministère de l'Intérieur. Mais aussi un pays meurtri par des attaques jihadistes perpétrées par ses propres enfants, et dont des milliers de ressortissants sont partis rejoindre les groupes jihadistes en Irak, en Syrie et en Libye.

Contradictions

"Il m'a semblé nécessaire de poser plusieurs questions brûlantes", explique à l'AFP Ghazi Zaghbani. "Pourquoi on ne dialogue pas? Pourquoi est-ce qu'on ne s'écoute pas, on ne se regarde pas dans un miroir et on ne met pas à nu ce qui est en nous pour savoir où on va ?"

"Le choix des personnages ne s'est pas fait au hasard. Il reflète beaucoup de ce qui est tu, et il met à nu nos contradictions", ajoute le metteur en scène et comédien, qui joue le rôle de l'extrémiste.

Le texte joué en dialecte est adapté du roman en français "La p... savante", de l'écrivain tunisien Hassen Mili.

A L'Artisto, théâtre tunisois conçu pour que les spectateurs soient au plus proche des protagonistes, le décor est minimaliste: un lit, des toilettes et un réfrigérateur contenant une pomme et une bouteille de vin.

Mais si le sujet est lourd, les dialogues sont légers et les saillies provocantes sont accueillies par des rires.

Narjess, la prostituée, analyse la situation sociale, parle de liberté, de sexe. L'extrémiste, lui, est dépeint comme une personnalité butée qui n'arrive pas à dépasser ses préjugés. Il refuse de révéler son nom, ce qui pousse Narjess à lui donner le surnom péjoratif de "Lazreg", soit "le Foncé".

Peu à peu, avec ses questions, la jeune femme l'amène à se confier. S'esquisse alors le portrait d'un jeune diplômé au chômage qui a perdu espoir -comme tant de Tunisiens-, ne sait pas comment se comporter avec les femmes et redoute l'intimité.

'J'ai longtemps attendu ce rôle'

Nadia Boussetta, qui joue la jeune femme, a-t-elle hésité avant d'accepter ce rôle osé, qui plus est dénudé ?

Au contraire, "j'ai longtemps attendu ce rôle", réplique-t-elle en riant. "Sans audace, l'artiste tombe dans la routine et les clichés".

Elle estime important de représenter une prostituée dans un rôle principal, les travailleuses du sexe étant souvent reléguées au second plan au cinéma comme au théâtre.

"Mon message, c'est de faire parvenir la voix de cette partie de la société qui vit une douleur quotidienne entre quatre murs", dit Nadia Boussetta à l'AFP.

Loin de n'être qu'un corps, Narjess finira par amener le jeune extrémiste à se remettre en question et à raser sa barbe "noire comme ses idées".

"Il incombe à tous de s'opposer au terrorisme qui (...) a peur de la culture et de la pensée", souligne Ghazi Zaghbani, le metteur en scène.

Il appelle les autorités à investir dans la culture, jugeant en particulier nécessaire de multiplier les activités culturelles à l'école "pour protéger les prochaines générations des tentatives de lavage de cerveau".

La pièce, présentée en mars à Tunis, doit être jouée en France et en Allemagne à partir de mai. Et à terme, Ghazi Zaghbani ambitionne de la porter sur grand écran.

Avec AFP

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Le sortant Azali grandissime favori de la présidentielle aux Comores

Le président des Comores, Azali Assoumani, arrive à un bureau de vote lors du référendum constitutionnel, à Mitsoudje, près de Moroni, Comores, le 30 juillet 2018

Le président du petit archipel des Comores Azali Assoumani sollicite dimanche son maintien à la tête du pays dans un scrutin lourd de tensions avec l'opposition, qui l'accuse de dérive autoritaire et redoute un "hold-up électoral".

Au pouvoir depuis 2016, M. Azali, 60 ans, fait figure de grandissime favori au terme d'une campagne qu'il a écrasée de tous les moyens de l'Etat.

Sûr de sa force, le chef de l'Etat sortant a rassemblé vendredi plusieurs milliers de personnes dans la capitale Moroni autour du slogan "un seul jour, un seul tour, un seul homme". "Nous gagnerons cette élection dès le 24 mars", a-t-il assuré à ses partisans.

"Il a une vision pour le pays, lui seul est capable d'offrir un avenir meilleur à tous", s'est enthousiasmée une de ses fidèles, Fatoumia Alibazi, chapeau bleu à larges bords aux couleurs de son champion sur la tête.

La machine Azali s'est mise en marche avec la réforme constitutionnelle approuvée par référendum l'an dernier.

Très controversée, elle a étendu d'un à deux mandats de cinq ans la durée de la présidence attribuée successivement à chacune des trois îles de l'archipel (Grande-Comore, Mohéli, Anjouan).

Ce système a donné un coup de canif au fragile équilibre institutionnel instauré en 2001 pour mettre fin aux crises séparatistes et aux coups d'Etat à répétition qui agitaient l'archipel depuis son indépendance en 1975.

- 'Mascarade' -

L'opposition a hurlé au loup mais rien n'y a fait. Au contraire. M. Azali a riposté à la contestation en embastillant nombre de ses détracteurs, à commencer par son ennemi de toujours, l'ancien président Ahmed Abdallah Sambi, accusé de corruption.

Sur sa lancée, l'ex-putschiste, élu en 2016, a remis son quinquennat en jeu dès cette année. En cas de succès, il pourrait garder les rênes du pays jusqu'en 2029.

L'opposition espère bien l'en empêcher. Mais, prise de cours par l'accélération du calendrier politique, elle s'est lancée dans la bataille en ordre dispersé. Et la Cour suprême l'a encore fragilisée en écartant quelques-uns de ses champions de la route du président.

Patron de l'Union de l'opposition, l'ancien vice-président Mohamed Ali Soilihi a été interdit de scrutin. Assigné à résidence, il ne décolère pas.

"Cette élection est une grosse mascarade", se lamente-t-il. "Le scénario est écrit d'avance: le 24 mars au soir, il y aura une déclaration de victoire (d'Azali Assoumani) au premier tour, c'est un passage en force."

C'est l'antienne reprise par tous les adversaires du président. "Tout le monde est contre lui, si le scrutin est transparent, il ne peut pas gagner", assure lui aussi le candidat du parti Juwa, l'avocat Mahamoudou Ahamada, 48 ans. "Azali n'a d'autre choix que de voler les élections".

Plus que la crainte de fraudes, les partisans de l'opposition reprochent au pouvoir sortant la pauvreté persistante de la population et le train de vie des dirigeants du pays.

- 'Plus que Macron' -

"Tu ne peux pas m'expliquer que je vais avoir une vie sans électricité, sans eau. C'est pas possible", se lamente Mahmoud Mze, chômeur de 48 ans. "Et lui (M. Azali), il gagne 34.000 euros par mois, plus que (le président français Emmanuel) Macron. Ca ne va pas !"

Privée par la réforme de présidence tournante en 2021, l'île d'Anjouan, la plus pauvre de l'archipel, bouillonne.

En octobre, des civils armés hostiles au président ont fait le coup de feu avec l'armée pendant six jours à Mutsamudu, la capitale de l'île, avant de s'évaporer mystérieusement dans la nature.

En campagne à Anjouan, le colonel Soilihi Mohamed, dit "Campagnard" pour ses origines rurales, a mis en garde contre les risques d'un passage en force du président.

"Le peuple va s'exprimer par une révolution dans les urnes", prédit l'ancien officier, aussi raide que le sortant est bonhomme. Mais "si jamais le président tente de faire autrement, on risque une révolution populaire".

La menace fait sourire le ministre de l'Intérieur Mohamed Daoudou, qui promet "la transparence totale".

"Il y a trop de mensonges de l'opposition, notre pays n'est pas une dictature", déclare le secrétaire général de la Mouvance présidentielle, Ali Mliva Youssouf.

Plus de 800 observateurs de la société civile comorienne, financés par l'Union européenne (UE), sont annoncés dans les 731 bureaux de vote du pays pour garantir la régularité du scrutin. Les premiers résultats sont attendus lundi.

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