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Dans les rues du Zimbabwe, la survie des vendeurs passe par le masque


Les gens font la queue pour une distribution alimentaire en pleine pandémie de coronavirus, à Chitungwizaon, Zimbabwe, le 5 mai 2020.

Quand le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa a rendu le port du masque obligatoire pour lutter contre le coronavirus, Aaron Makaya n'a pas tardé à réagir. Il s'est aussitôt mis à en faire commerce dans les rues de la capitale Harare.

"On a commencé à vendre ces masques lundi quand on a remarqué que les gens qui n'en avaient pas étaient interdits de monter dans les bus", raconte le jeune vendeur informel, 21 ans, devant son échantillon de masques multicolores.

"On les propose à 15 bonds (un demi-euro)", ajoute-t-il, "les gens nous les achètent parce qu'ils ont peur d'être arrêtés s'ils n'en ont pas".

En vigueur depuis le 30 mars, le confinement imposé aux Zimbabwéens pour tenter de ralentir la pandémie de Covid-19 a été prolongé lundi, sous une forme légèrement assouplie, de deux semaines.


Dans un pays déjà étranglé par une crise économique et financière catastrophique, cette mesure a privés les plus démunis et leurs familles des maigres ressources qui leur permettent de se nourrir grâce au commerce informel.

Victimes de pénuries de nombreux pays produits de base, la moitié des 15 millions de Zimbabwéens, selon l'ONU, est aujourd'hui menacée par la famine.

Contraint à la débrouille pour survivre, Aaron Makaya et de nombreux autres "collègues" se sont lancés dans la fabrication de masques de protection faits maison.

Le coût des modèles industriels - vendus de 1 à 2 euros - les a rendu inaccessibles à la grande majorité de la population, au point que certains doivent se résoudre à les partager.

Nombre d'habitants de Harare les portent autour du cou et ne les mettent place qu'en présence des policiers chargés de faire respecter les consignes des autorités.

"On dirait que la plupart des gens portent leurs masques pour les mauvaises raisons", s'amuse un passant, Wright Chirombe. "Ils le font plus par peur d'être arrêtés que pour leur propre sécurité".

Dans son atelier de la banlieue de Mbare, le tailleur James Munhenza et ses quatre ouvriers travaillent à s'en écorcher les doigts sur leurs machines à coudre pour en assembler le plus possible.

"On a commencé à en faire à cause du coronavirus", dit-il, "je peux en coudre 200 par jour même si on souffre d'un manque de matériel".

Du pain béni pour Aaron Makaya. "En ces temps de coronavirus, vendre ces masques me permet de gagner pas mal d'argent", se félicite-t-il.

Comme les milliers d'autres vendeurs informels de la capitale, il devra attendre la levée du confinement, au mieux le 18 mai, pour être autorisé à reprendre son commerce habituel.

A ce jour, 34 cas d'infection au Covid-19 ont été rapportées au Zimbabwe, dont 4 mortels.

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