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Dans les régions russes, l'ébauche d'une mobilisation politique

Des manifestants s'affrontent avec la police lors d'une manifestation contre l'emprisonnement du leader de l'opposition Alexei Navalny à Saint-Pétersbourg, Russie, le 23 janvier 2021.

Quand il a vu les milliers de manifestants pro-Navalny emplir la rue principale de Perm malgré les -20°C ambiants, Ivan Roudniev a réalisé que quelque chose avait changé: "On était scotchés, c'était une première".

Dans cette ville industrielle de l'Oural russe, entre 5.000 et 8.000 personnes ont défilé le 23 janvier en soutien à l'opposant emprisonné. Si cela semble peu pour une cité d'un million d'habitants, c'est un record "dans l'histoire moderne de Perm", assurent les médias locaux.

Membre de l'équipe d'Alexeï Navalny, Ivan Roudniev avait senti le "buzz" monter: "Les gens nous écrivaient pour nous dire qu'ils viendraient, nous demander des détails", raconte à l'AFP ce jeune homme de 27 ans, en l'absence du leader local, incarcéré.

Des scènes similaires se sont multipliées à travers le pays: de Iakoutsk en Sibérie par -50°C à la péninsule de Crimée, annexée par la Russie en 2014, plus de 110 villes ont suivi l'appel d'Alexeï Navalny.

Une mobilisation inédite alors que ces manifestations étaient interdites, le risque d'arrestation non négligeable et que l'activisme politique en Russie est traditionnellement l'apanage de Moscou ou Saint-Pétersbourg.

"Des villes auxquelles on n'aurait jamais pensé auparavant" ont rejoint le mouvement, note le sociologue Alexeï Levinson, du centre Levada: "Pour la première fois, nous avons vu les gens sortir en masse non pour une cause locale, mais pour un programme commun russe".

Pour beaucoup, le sort de l'opposant arrêté aussitôt rentré en Russie après cinq mois de convalescence en Allemagne, ou son film dénonçant le fastueux palais que se serait fait construire Vladimir Poutine au bord de la mer Noire, n'ont été que des catalyseurs.

La lassitude des élections jouées d'avance, la corruption du système judiciaire ou la stagnation du niveau de vie ont eu plus d'influence. Perm, malgré son centre-ville inchangé depuis la chute de l'URSS, n'est pas la plus à plaindre: la ville a su garder une base industrielle forte.

Mais même là, elle a été reléguée "à la périphérie mondiale" regrette un militant d'opposition local de 38 ans, Iouri Bobrov, par rapport aux "années 70, (lorsqu')on construisait les moteurs des Proton, les fusées les plus puissantes du monde".

- Stagnation -

Assia Alypova, musicienne et traductrice de 31 ans qui a longtemps souhaité "rester en dehors de la politique", fait partie de ces Russes ayant rejoint la mobilisation le 23 janvier.

"Il y a eu tellement de sujets de préoccupation en 2020", soupire-t-elle. Les poursuites visant la militante LGBT Ioulia Tsvetkova, puis les amendements constitutionnels permettant à Vladimir Poutine de rester au pouvoir jusqu'en 2036, lui ont servi d'électrochoc.

La jeune femme regrette aussi la stagnation culturelle qui a touché Perm. Au début des années 2010, un collectionneur renommé, Marat Guelman, avait été nommé directeur du musée d'art contemporain et le chef d'orchestre star Teodor Currentzis embauché par l'opéra local. "Bilbao sur les bords de la Sibérie", titrait le New York Times.

Une exposition critique des JO-2014 de Sotchi a eu raison de Marat Guelman, dont le musée dépérit depuis. Les artistes ont été priés de rentrer dans le rang, et Teodor Currentzis a quitté Perm en 2019.

"Je ne pense pas que les gens soient sortis pour Navalny mais contre tout ce qui se passe, tout ce dont nous sommes mécontents", assure Assia Alypova.

Alexandre Kynev abonde: "Le principal organisateur de ces actions, c'est le pouvoir lui-même, son comportement", explique le politologue indépendant.

Mais impossible pour les opposants comme pour les experts de prédire la pérennité de cette mobilisation, alors qu'Alexeï Navalny a appelé à une nouvelle journée de manifestation dimanche.

Ivan Roudniev veut croire que "quelque chose va changer", car "c'est absolument impossible de ne pas tenir compte de l'opinion de tant de gens". Assia Alypova, elle, discute beaucoup avec ses amis de la suite de ce mouvement, des mois de manifestations au Bélarus qui n'ont pas fait plier le président Alexandre Loukachenko.

Les évènements qu'elle observe la rendent pessimiste: Khabarovsk, en Extrême-Orient, avait été la première ville de province russe à manifester massivement après l'arrestation en juillet 2020 du gouverneur local, élu à la barbe du Kremlin. Plusieurs mois de mobilisation n'ont pas suffi: le gouverneur est resté en prison.

tbm/apo/ahe

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La guerre rapproche l'Ukraine de l'UE, mais l'adhésion est encore loin

Lorsque l'Ukraine a obtenu le statut de candidat à l'UE, son président Volodymyr Zelensky avait salué un "moment historique".

Quand l'Ukraine deviendra-t-elle membre de l'Union européenne? Très vite au sortir de la guerre, espère Kiev. Pas si simple, tempèrent les 27.

L'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022 a eu un effet de puissant accélérateur sur un processus qui semblait jusque-là très théorique. Quatre mois plus tard, les dirigeants des Vingt-Sept accordaient à l'Ukraine le statut de candidat à l'UE. Mais si son président ukrainien Volodymyr Zelensky avait immédiatement salué "une victoire" et un "moment historique", le chemin reste encore long.

A quelques jours d'un sommet Ukraine-UE chargé en symboles dans la capitale ukrainienne, Kiev veut maintenir la pression sur le bloc. "Nous avons des attentes fortes", a souligné le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba, qui souhaite entamer les négociations de pré-adhésion d'ici la fin de l'année 2023. "On ne peut se laisser barrer la route par des manoeuvres politiciennes", a-t-il mis en garde.

Dans un entretien à l'AFP, Mykhailo Podoliak, conseiller du président Zelensky, s'est lui dit persuadé qu'au sortir de la guerre, l'Europe offrirait "les délais les plus courts possibles pour une adhésion de l'Ukraine".

"Ce sera symbolique. Ce sera très important pour l'Europe avant tout", a-t-il martelé. "A mon avis, l'Ukraine sera différente après avoir gagné la guerre. Différente, y compris en termes de son importance pour l'Europe et de sa place en Europe".

Mais si le statut de candidat a été accordé dans des délais records, peu à Bruxelles croient que la suite ira aussi vite.

"Les attentes des Ukrainiens sont très élevées, mais (...) ils doivent remplir toutes les conditions pour ouvrir les négociations d'adhésion", rappelle un diplomate européen, soulignant qu'il est impossible d'avancer une date car cela dépendra des efforts engagés par les dirigeants ukrainiens. "Nous ne pouvons intégrer l'Ukraine telle qu'elle était avant la guerre. Nous avons besoin de réformes", martèle-t-il.

Bruxelles a défini sept premières étapes à franchir, centrées en particulier sur la lutte contre la corruption et le renforcement de l'Etat de droit.

Adhésion graduelle ?

Alors, quel calendrier réaliste envisager ? Soucieux de ne pas décourager les dirigeants ukrainiens avec un calendrier trop lointain, les dirigeants des 27 restent prudents. "Si on les fait attendre 25 ans, on va les perdre. Si on les fait entrer trop vite, on va se perdre", résume d'une formule ciselée un responsable européen.

"Si les négociations commencent en 2024, cela prendra 5 à 7 ans pour l'adhésion", estime André Haertel, du German Institute for International and Security Affairs. Sébastien Maillard, directeur de l’Institut Jacques Delors, juge "plus probable une période de 10 à 15 ans".

"L'UE va vivre sous pression avec l'insistance de Kiev et cela sera difficile à gérer, car il n'est pas question de laisser l'Ukraine doubler les Balkans", ajoute-t-il. L'Ukraine est un géant agricole de 40 millions d'habitants, "impossible à financer sans réformer la Politique agricole commune et les fonds de cohésion" qui absorbent l'essentiel du budget commun de l'UE, souligne-t-il encore.

André Haertel doute de l'ouverture des négociations d'adhésion cette année, mais estime que "quelque chose de concret devra être donné aux ukrainiens en 2023". Et l'idée, aux contours encore flous, d'une adhésion graduelle prend peu à peu forme à Bruxelles.

Elle permettrait au pays candidat d'avoir accès à certains programmes européens et de bénéficier des financements européens pendant les négociations, a expliqué le président du Conseil européen Charles Michel, partisan de cette formule. Le pendant sera la réversibilité du processus. Si le candidat fait marche arrière sur l'Etat de droit, certains avantages tirés de l'intégration pourraient lui être retirés, a-t-il indiqué.

Cette adhésion graduelle permettrait à l'Ukraine "de s'imposer sans forcer la porte de l'UE", note Sébastien Maillard. "Et la réversibilité est une solution pragmatique. Elle permet d'avancer et de maintenir la pression pour faire réaliser les réformes demandées".

Pas d'avions de combats allemands pour l'Ukraine

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La Première ministre italienne Giorgia Meloni en visite à Tripoli

Le Premier ministre libyen Abdulhamid Dbeibah (à dr.) reçoit son homologue italienne Giorgia Meloni, dans la capitale libyenne Tripoli, le 28 janvier 2023.

Le gouvernement d'extrême droite de Giorgia Meloni est arrivé au pouvoir en octobre en promettant de stopper l'immigration clandestine.

La cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni est arrivée samedi à Tripoli, son deuxième déplacement cette semaine sur la rive sud de la Méditerranée, pour évoquer les questions énergétiques mais également la question épineuse des flux migratoires.

C'est la première visite d'un chef de gouvernement ou d'Etat européen depuis la venue de son prédécesseur Mario Draghi en avril 2021 en Libye.

A son arrivée, Mme Meloni a été reçue par Abdelhamid Dbeibah, chef du gouvernement d'unité nationale, l'exécutif basé à Tripoli (ouest) et reconnu par l'ONU, selon des images télévisées fournies par le gouvernement libyen.

Les deux dirigeants ont écouté les hymnes nationaux interprétés par une fanfare avant de s'enfermer dans un salon d'un luxueux hôtel de Tripoli pour des entretiens à huis clos.

L'Italie, ancienne puissance coloniale, est pour la Libye un partenaire commercial de premier plan, notamment dans le domaine des hydrocarbures, avec une importante présence du géant italien Eni dans le pays doté des plus abondantes réserves de pétrole d'Afrique.

D'ailleurs, le patron de l'Eni, Claudio Descalzi, accompagne Mme Meloni qui assistera à la signature d'un accord entre le géant italien et la Compagnie nationale libyenne de pétrole (NOC) pour le développement de deux champs gaziers offshore au large de la Libye.

L'Eni va investir 8 milliards de dollars sur ces sites, qui sont "susceptibles de produire 850 millions de mètres cubes de gaz" par jour, a déclaré cette semaine le patron de la NOC, Farhat Bengdara, à la chaîne de télévision al-Masar.

Outre le volet économique, la migration est au centre des entretiens entre les deux chefs de gouvernement, l'Italie étant directement concernée par l'arrivée massive de migrants clandestins partant des côtes libyennes.

Le chaos qui a suivi la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011 a fait de la Libye une voie privilégiée pour des dizaines de milliers de migrants, originaires d'Afrique sub-saharienne, de pays arabes et d'Asie du Sud, cherchant à rejoindre l'Europe.

Le gouvernement d'extrême droite de Giorgia Meloni est arrivé au pouvoir en octobre en promettant de stopper l'immigration clandestine en Italie, alors que plus de 105.000 migrants y sont arrivés par la voie maritime en 2022, selon le ministère italien de l'Intérieur.

La Méditerranée centrale est la route migratoire la plus dangereuse du monde, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). L'agence onusienne estime qu'en 2022, 1.377 migrants y sont morts ou portés disparus.

L'UE s'irrite des manœuvres militaires entre l'Afrique du Sud et la Russie

ARCHIVES - Le président sud-africain Cyril Ramaphosa (à dr.) avec son homologue russe Vladimir Poutine lors du sommet Russie-Afrique à Sotchi, en Russie, le 24 octobre 2019.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a exprimé vendredi à Pretoria son irritation à propos des relations étroites entre l'Afrique du Sud et la Russie, en pleine guerre menée par Moscou en Ukraine.

Principale puissance industrielle du continent, l'Afrique du Sud a refusé de condamner l'invasion russe de l'Ukraine et a annoncé qu'elle accueillerait du 17 au 27 février des exercices maritimes conjoints avec la Russie et la Chine.

L'Afrique du Sud planifie des exercices militaires avec les forces russes et chinoises
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Ces exercices ne sont "pas la meilleure chose", a déclaré M. Borrell, en visite à Pretoria pour des entretiens avec son homologue sud-africaine Naledi Pandor. Tous les pays peuvent conduire leur propre politique étrangère, a-t-il ajouté, comprenant "le désir" de certains pays "d'épargner la Russie pour une raison ou pour une autre".

"Mais. la coïncidence entre le début de la guerre (il y a un an, le 24 février 2022, ndlr) et ces exercices militaires n'est pas pour nous la meilleure chose", a souligné le diplomate européen, lors d'un point de presse aux côtés de Mme Pandor.

Le "partenariat stratégique" avec Pretoria "suit une trajectoire positive malgré certaines choses irritantes", a-t-il aussi souligné. Les autorités sud-africaines ont jusqu'à présent refusé de prendre parti sur l'invasion russe de l'Ukraine.

L'Union européenne "ne demande pas à l'Afrique de choisir son camp", a précisé M. Borrell, mais demande à Pretoria d'utiliser ses bonnes relations avec Moscou pour convaincre la Russie de mettre un terme à la guerre.

De son côté la ministre sud-africaine, qui a reçu son homologue russe Sergeï Lavrov un peu plus tôt dans la semaine, a défendu les exercices conjoints, soulignant que tous les pays faisaient de même avec leurs "amis".

L'Afrique du Sud a récemment pris la présidence des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), groupe des grands pays émergents. L'Afrique est redevenue un champ de batailles d'influence, notamment depuis le début du conflit en Ukraine.

La secrétaire américaine au Trésor Janet Yellen était également en Afrique du Sud cette semaine, dernière étape d'une tournée africaine. Devant des journalistes vendredi, elle a averti que tous les pays devraient se conformer aux sanctions occidentales sur la Russie ou faire face aux conséquences.

"En cas de violation de ces sanctions par des hommes d'affaires ou des gouvernements, nous répondrions de manière rapide et ferme", a-t-elle lancé. En décembre, l'Afrique du Sud avait été critiquée pour avoir autorisé un cargo russe visé par les sanctions occidentales à amarrer et décharger sa cargaison dans une base navale du Cap.

L'ambassade des Etats-Unis avait à l'époque indiqué aux médias locaux que ceux qui soutenaient le cargo risquaient d'enfreindre les sanctions contre la Russie.

A Luanda, Sergueï Lavrov met en avant l'opposition de la Russie à la colonisation

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