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Les morgues clandestines au Bénin


Fosse commune dans laquelle des cadavres non réclamés ont été enterrés, au Bénin, le 18 octobre 2017. (VOA/Ginette Fleure Adandé)

Depuis quelques mois, de véritables mafias se sont créés autour de morgues où s'entassent des corps.

Dans des poissonneries devenues morgues, qui défient les lois de la salubrité, on y retrouve des corps entassés dans un casier, l’un sur l’autre jusqu’à plus d'un mètre de hauteur, et dans un état de putréfaction très avancé.

Les morgues aux normes sont peu nombreuses. Même celle du centre national hospitalier et universitaire de Cotonou est dans un état d'insalubrité avancé.

Certaines morgues ont opté pour des corps séchés au soleil, loin des normes établies. Dans une morgue située à quelques kilomètres de Cotonou, le morguier principal s'est lancé dans un discours qui montre qu'il désapprouve la situation.

Au Bénin, les morgues prennent l'allure de maisons ou de poissonneries abandonnées auxquels on a donné quelques touches d'humanité pour accueillir les morts. Mais le manque d'équipements et de formol pouvant aider à la conservation des cadavres entraîne un grave manquement.

Médard Koudebi, celui qui a mis à jour le scandale des morgues, au Bénin, le 18 octobre 2017. (VOA/Ginette Fleure Adandé)
Médard Koudebi, celui qui a mis à jour le scandale des morgues, au Bénin, le 18 octobre 2017. (VOA/Ginette Fleure Adandé)

​Medard Koudebi, tire la sonnette d'alarme depuis plusieurs mois.

"Rien n'a été respecté, il n'y a pas de normes", dépeint le Béninois.

"Voici comment les corps sont conservés, des corps séchés au soleil", dénonce-t-il.

Les menaces que reçoit Medard Koudebi et les séquestrations dont ont été victimes certains des membres de sa famille contraignent les Béninois à se taire.

Un agent de service d'hygiène, préférant garder l'anonymat, explique que le drame des morgues au Bénin se joue avec la complicité des politiques, pour la plupart propriétaires de ces lieux.

"Personne ne veut collaborer avec le domaine mortuaire, dans quelles condition les morts sont gardés ?", explique-t-il. "Il ne fait pas oublier qu'ils étaient des citoyens béninois et ont voté pour nos responsables".

Lié aux morgues, le trafic d'organes de morts et de "jus de morgue" permettant à certains de faire des rituels de prospérité et de protection, fructifient en parallèle.

Quelques mois auparavant, l'Etat a ordonné le désengorgement de certaines morgues avec près de 1.000 corps non réclamés enterrés dans une fosse commune, ne réglant pas le problème des morgues.

Ginette Fleure Adandé, correspondante à Cotonou

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