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Crise et "consultation" politique en RDC: quelles issues possibles?

Le président de la RDC, Felix Tshisekedi (au centre), lors de la cérémonie d'inauguration du sommet des pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), à Nairobi, au Kenya, le 9 décembre 2019.

Le président de la République démocratique du Congo Félix Tshisekedi aborde ce vendredi le 12e jour des "consultations politiques" qu'il a lancées pour surmonter les tensions au sein de la coalition au pouvoir depuis janvier 2019.

Le président affirme vouloir réaliser l'"union sacrée de la Nation" après de multiples conflits avec ses partenaires du Front commun pour le Congo (FCC) fidèle à son prédécesseur Joseph Kabila, majoritaire au Parlement.

Que peut-il se passer à l'issue de ces "consultations", dont dépend l'avenir de la première transition pacifique du pouvoir dans l'histoire agitée du plus grand pays d'Afrique subsaharienne?

Des consultations, jusqu'à quand ?

Initialement prévues pour durer une semaine, les consultations que mène le président Tshisekedi depuis le 2 novembre "vont se poursuivre encore", a indiqué à l'AFP Paul Diakiese, adjoint au directeur de la presse présidentielle.

Ce vendredi, le président doit recevoir certains gouverneurs des 26 provinces de la RDC, tous membres du FCC pro-Kabila, à une exception près.

Qui a été déjà consulté ?

Opposants, mouvements citoyens, confessions religieuses, jusqu'aux musiciens...: le président a largement ouvert les portes du palais de la Nation.

Deux poids lourds de l'opposition, Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi, ont salué cet effort de dialogue après leur entrevue avec le chef de l'Etat, lui-même un ancien opposant. Ils ne se sont pas prononcés sur la question explosive d'une éventuelle nouvelle majorité à l'Assemblée, au détriment du FCC de M. Kabila et au profit de M. Tshisekedi.

Egalement reçu, le prix Nobel de la paix 2018 Denis Mukwege a prôné la "rupture" avec la corruption et "les hommes qui se sont compromis dans différents crimes". Les mouvements citoyens Lucha et Filimbi ont proposé un catalogue de mesures pour renforcer l'Etat de droit.

Le président a également reçu la très influente Conférence épiscopale (Cenco). Au tout début des consultations, les intellectuels catholiques du Comité laïc de coordination (CLC) ont plaidé pour la "dissolution" de la coalition au pouvoir, a rapporté la presse présidentielle.

Quelles sont les marges de manoeuvre du président Tshisekedi?

Très étroites. A l'Assemblée nationale, le FCC de Joseph Kabila revendique 338 députés sur 500 alors que la plate-forme présidentielle Cap pour le changement (Cach) ne dispose que de 48 élus.

Pour renverser la majorité pro-Kabila, M. Tshisekedi devrait donc rallier l'ensemble des 107 députés d'opposition, mais aussi débaucher une centaine de députés du FCC - sans parler du Sénat, largement acquis au FCC (93 sénateurs, dont Joseph Kabila lui-même, sur 109).

Evoquée par certains, une dissolution de l'Assemblée serait une vraie déclaration de guerre aux fidèles de M. Kabila. En outre, de nouvelles élections législatives coûteraient très cher aux maigres finances de l'Etat (budget prévisionnel de 6,9 milliards de dollars pour 2021).

Les partisans du président Kabila y participent-ils?

Non. "Le FCC reste ouvert au dialogue avec le chef de l'État, mais plutôt dans le cadre des structures et mécanismes prévus par l'accord de coalition", a indiqué le FCC à l'issue d'une "retraite" politique organisée en parallèle des consultations. "Aucun élu FCC n'est autorisé à se rendre à ces consultations", ajoute à l'AFP le député Didier Manara du PPRD, le parti de Joseph Kabila.

Cependant, des cadres et des élus du FCC ont répondu individuellement à ces consultations. Et des gouverneurs FCC sont attendus vendredi.

Quelle est la réponse de Kabila ?

Une offensive diplomatique: il a remis une lettre aux ambassadeurs de la Communauté des États d'Afrique australe (SADC), dans laquelle "Kabila a résumé toutes les violations de l'accord FCC/Cash et les violations de la Constitution par le chef de l'État", explique le conseiller diplomatique de l'ancien président. "Ce sont des situations de nature à déstabiliser la RDC", selon ce conseiller.

De son côté, M. Tshisekedi, prochain président en exercice de l'Union africaine (UA) en 2021, a également dépêché des émissaires auprès des présidents rwandais Paul Kagame, égyptien Abdel Fattah al-Sissi, angolais Joao Lourenço, sud-africain Cyril Ramaphosa, selon un conseiller à la présidence congolaise.

Dans quel climat politique se déroulent ces consultations ?

Toujours délétère. Le Conseil des ministres ne siège plus. Sur le site de la Primature, le dernier compte rendu date du 16 octobre. Le parti présidentiel UDPS a prévu samedi une manifestation pour soutenir ces "consultations". Et l'armée a jugé bon de rappeler par la voix de son porte-parole qu'elle est "apolitique".

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La société civile congolaise veut sa part de la redevance minière

Une mine de cuivre à ciel ouvert à 110 kilomètres au nord-ouest de Lubumbashi, dans le sud de la RDC.

La société civile de la République démocratique du Congo a demandé un meilleur partage des richesses tirées de l'exploitation des mines lors d'une rencontre mercredi et jeudi à Lubumbashi (sud-est), la capitale économique de l'industrie extractive.

Dans la province de Lubumbashi, le Lualaba, "116 millions de dollars (de redevance minière) ont été versées depuis deux ans", a déclaré un représentant de la société civile dans cette région du Katanga première productrice mondiale de cobalt.

Dans son intervention,l'archevêque de Lubumbashi Jean-Pierre Tafunga a constaté que des "entités territoriales décentralisés" utilisaient bien la redevance minière, mais que d'autres l'ont "détourné de son objectif initial, qui est le financement des projets de développement communautaire", selon un résumé de cette rencontre Alternative Mining Indaba lu par un participant.

L'homme d'église a demandé des "solutions concrètes pour faire de la redevance minière une porte de développement réel".

L'église s'était "réjouie" de la révision du code minier en mars 2018, a-t-il rappelé.

En réponse, le ministre des mines Willy Kitobo Samsoni a indiqué qu'un projet de loi était à l'étude pour fixer "les modalités pratiques de gestion" de la redevance minière versées aux provinces.

Les participants ont aussi constaté que la pandémie de Covid-19 "n'a pas eu un impact négatif majeur sur la filière d'exploitation industrielle et sur la redevance minière, à l'exception de la filière diamantifère au Kasaï oriental", selon le résumé de la rencontre.

Le FMI envisage cependant une récession de –2,2% en 2020 pour la RDC, contre une croissance de 4,4% en 2019.

Malgré la richesse des sous-sols de la RDC, "en 2018, 72 % de sa population vivait avec moins de 1,9 dollar par jour, surtout dans les régions du Nord-Ouest et des Kasaï", selon la Banque mondiale.

Encouragé par les Etats-Unis, le président Félix Tshisekedi a promis de lutter contre la corruption et le mauvais "climat des affaires" qui bloquent le développement du potentiel économique du pays. Il s'agit, entre autres, du harcèlement administratif sur les entrepreneurs, des détournement de fonds, et de la multiplication des taxes.

A Goma, un palace et de l'énergie à revendre pour tourner la page des groupes armés

Une vue générale de l'hôtel Serena à Goma le 16 octobre 2020.

Une chambre simple à 250 dollars: c'est le ticket d'entrée pour une nuit au Serena, premier palace cinq étoiles qui vient d'ouvrir à Goma, la capitale du Nord-Kivu dans l'Est de la République démocratique du Congo, qui veut tourner la page de la violence des groupes armés.

Plus de 100 chambres de luxe, avec vue idyllique sur la piscine et le lac Kivu, centre de conférence, restaurants, salle de sport, spas: ouvert mi-septembre, le palace est le premier hôtel géré en RDC par la chaîne panafricaine haut de gamme Serena, dont le Fonds Aga Khan pour le développement économique est actionnaire majoritaire.

"Généralement, les gens perçoivent cette région comme une zone de guerre", regrette le manageur kényan, James Nzavwala, qui mise au contraire sur une clientèle d'affaires et le "potentiel touristique" du parc des Virunga voisins (volcans, gorilles).

Le directeur général kenyan James Nzavwxala fait des gestes à son hôtel Serena à Goma le 16 octobre 2020.
Le directeur général kenyan James Nzavwxala fait des gestes à son hôtel Serena à Goma le 16 octobre 2020.

A la frontière du Rwanda, proche de l'Ouganda et de la Tanzanie, Goma se trouve au coeur des deux provinces du Nord et du Sud-Kivu où des dizaines de groupes armés entretiennent l'insécurité pour le contrôle des ressources (terres, minerais, bois) depuis les deux guerres du Congo (1996-2003).

Epargnée par les milices depuis 2012-2013, Goma connaît des problèmes d'insécurité urbaine dans ses quartiers périphériques, loin des zones résidentielles sur les bords du lac, fief des Nations unies et des ONG.

Politique et business

La construction de l'hôtel Serena a pris dix ans, grâce à l'investissement de l'homme d'affaires le plus influent de Goma: Vanny Bishweka.

Taille moyenne, élégance discrète, cet homme de 55 ans possède déjà un hôtel sur les bords du lac, l'Ilhusi, ouvert en 2002, année d'une éruption du volcan Nyiaragongo qui a fait une centaine de morts.

Ihusi est aussi le nom de sa société de canaux rapides qui traversent en trois heures le lac Kivu jusqu'à Bukavu, via la magnifique île d'Idjwi.

L'homme d'affaires congolais Vanny Bishweka sourit à son hôtel Serena à Goma, dans l'est de la RDC, le 16 octobre 2020.
L'homme d'affaires congolais Vanny Bishweka sourit à son hôtel Serena à Goma, dans l'est de la RDC, le 16 octobre 2020.

Patron de deux stations-service, M. Bishweka est le partenaire d'une firme tunisienne, EPPM, pour exploiter le gaz méthane du lac.

Ancien quincailler, l'homme d'affaires est réputé proche de l'ancien président Kabila, ce qu'il dément: "Il y a la politique, et il y a le business". Une frontière pas toujours si étanche en RDC.

Il y a quelques mois, le magnat de Goma a senti souffler le vent de la lutte anti-corruption revendiquée par le nouveau président Félix Tshisekedi.

Développer les PME

Un de ses associés, le directeur général de la Société congolaise de construction (Sococ, travaux publics), Modeste Makabuza, a été condamné en juin à un an de prison pour détournement de fonds.

"Je ne sais pas si ce sont des détournements", avance M. Bishweka, qui affirme ne pas avoir été inquiété. "Je suis actionnaire à 35%. C'est lui le directeur général".

Plaque tournante de la vie des affaires à Goma, "Vanny" est également actionnaire à 20% d'un nouveau "business" qui change la vie des jeunes entrepreneurs depuis deux ou trois ans: les réseaux locaux de distribution d'électricité.

Sa Société congolaise d'eau et d'électricité (Socodée) achète et distribue une partie de l'électricité produite par Virunga Energie, une filiale du parc des Virunga.

Virunga Energie a construit ces dernières années quatre centrales hydro-électriques dans l'arrière-pays de Goma, avec le soutien de l'Union européenne.

Virunga Energie veut soutenir le développement d'"un réseau de PME", pour "créer des emplois", résume une récente note de l'ambassade de France.

Grâce à l'énergie, une vingtaine de petites entreprises (boulangerie, couveuses d'oeufs de poussins, fabrication de charbon de bois...) se sont installées depuis un an dans la zone d'activité de Shaero, à la sortie de Goma.

"Coquille vide"

Débordante d'énergie, la ville compte aussi plusieurs incubateurs de starts-up comme Kivu entrepreneurs, qui s'enorgueillit de la réussite de Kivu Green (application de mise en relation d'agriculteurs de la région avec des consommateurs de Goma).

"On a besoin de 75.000 dollars d'investissements", a lancé le fondateur, Chris Ayale, mi-octobre lors d'un forum des jeunes entrepreneurs.

Ils ont exposé leurs "business plans" et surtout leurs rêves devant le patron de l'Agence national pour la promotion des investissements (Aanpi), un organisme d'Etat qui promet d'ouvrir très vite une antenne à Goma.

Ouverte il y a trois ans, l'antenne locale de la Chambre franco-congolaise du commerce et de l'Industrie est elle une "coquille vide", soupire un expert.

La région fait encore peur aux investisseurs. Aux portes de l'Afrique de l'Est anglophone, Goma dispose pourtant d'un aéroport international et d'une liaison régulière avec Addis Abeba. "Nous avons besoin de tout le monde pour notre ville", affirme son magnat, Vanny Bishweka.

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