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Crise des Rohingyas: Le dalaï lama appelle Suu Kyi à trouver une solution pacifique

  • VOA Afrique

Manifestations contre le sort des Rohingyas en Birmanie, Bruxelles, Belgique, le 9 septembre 2017.

Le dalaï lama a exhorté la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi à trouver une solution pacifique à la crise des Rohingyas, faisant part de son inquiétude quant à des violences qui ont poussé près de 300.000 personnes à fuir.

Le maître bouddhiste et chef spirituel des Tibétains a écrit à Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix comme lui, peu après le début de ces violences dans l'Etat Rakhine, dans le nord-ouest de la Birmanie.

"Je vous appelle vous et vos collègues à tendre la main à toutes les composantes de la société pour tenter de rétablir des relations amicales au sein de la population dans un esprit de paix et de réconciliation", a déclaré le 14e dalaï lama dans une lettre à la dirigeante de fait du régime birman, que l'AFP a pu lire lundi.

Les civils rohingyas fuient les violences dans leur région depuis que l'armée birmane a lancé une vaste opération à la suite d'attaques fin août contre des postes de police par les rebelles de l'Armée du salut des Rohingyas de l'Arakan (Arsa). Celle-ci dit vouloir défendre les droits bafoués de cette minorité musulmane.

Nettoyage ethnique

Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme Zeid Ra'ad Al Hussein a jugé lundi que le traitement des Rohingyas par la Birmanie s'apparentait à un "exemple classique de nettoyage ethnique" et de nombreuses voix ont critiqué l'attitude d'Aung San Suu Kyi, certaines demandant que son prix Nobel lui soit retiré.

"Les questions qu'on m'adresse laissent penser que nombreux sont ceux qui ont du mal à comprendre que ce qui semble arriver aux musulmans se passe dans un pays bouddhiste comme la Birmanie", a écrit le dalaï lama.

Deux autres prix Nobel de la paix -Malala Yousafzai et Desmond Tutu- sont montés au créneau ces derniers jours pour demander à Aung San Suu Kyi d'être à la hauteur du prix qui lui avait été attribué en 1991.

Les rebelles rohingyas proclament un cessez-le-feu d'un mois

Les rebelles rohingyas, dont des attaques contre la police fin août en Birmanie avaient déclenché la répression de l'armée, ont déclaré dimanche un cessez-le-feu unilatéral d'un mois, le gouvernement birman répondant toutefois qu'il ne négociait pas avec des "terroristes".

D'après les derniers chiffres des Nations unies, près de 300.000 personnes, la plupart des musulmans de la minorité Rohingya, se sont réfugiées au Bangladesh pour fuir les troubles.

Des milliers de personnes seraient toujours en fuite, cachées dans les forêts ou sur des collines du côté birman, sans vivre ni eau.

"L'Armée du salut des Rohingyas de l'Arakan (ARSA) déclare l'arrêt temporaire de ses opérations militaires offensives", a annoncé le groupe rebelle dans un communiqué sur Twitter.

L'ARSA, plus connu localement sous le nom Harakah al-Yaqin ("Mouvement de la foi" en arabe), ajoute vouloir ainsi favoriser l'arrivée de l'aide humanitaire.

L'ARSA a appelé la Birmanie a faire également une "pause humanitaire".

"Nous ne négocions pas avec les terroristes", a toutefois répondu dans un tweet, dimanche, Zaw Htay, conseiller du gouvernement birman qui a classé le groupe dans cette catégorie.

Depuis le début des violences, l'Etat Rakhine est bouclé et interdit d'accès pour la presse mais aussi pour les organisations internationales, qui craignent une crise humanitaire.

Dimanche, le ministre des affaires étrangères du Bangladesh, A.H. Mahmood Ali, a dénoncé un "génocide" en cours dans cet Etat birman.

"La communauté internationale dit que c'est un génocide. Nous disons aussi que c'est un génocide", a t-il déclaré aux journalistes à Dacca.

Dans un camp improvisé près de Shamlapur, au Bangladesh, les réfugiés rohingyas doutaient eux que ce cessez-le-feu puisse être pour eux synonyme de retour dans leur village.

Les soldats birmans "nous disent +Partez ou bien nous allons tous vous brûler+. Comment peut-on croire qu'un cessez-le-feu ait le moindre effet", explique à l'AFP Hafez Ahmed, 60 ans.

Et pour beaucoup, il ne reste plus rien: "Je n'ai plus rien là-bas, plus de maison, plus de village. Tout a été détruit", renchérit Hashem Ullah, un fermier rohingya.

Samedi pour la première fois, la Birmanie a promis la mise en place de camps pour accueillir les musulmans rohingyas déplacés.

Environ 27.000 bouddhistes et hindous ont également fui leurs villages et ont trouvé refuge dans les monastères et les écoles dans le sud de la région.

Les troubles ont débuté le 25 août avec les attaques coordonnées de plusieurs plusieurs dizaines de poste-frontières birmans par les rebelles rohingyas, équipés de simples machettes et couteaux.

Le groupe, qui avait déjà revendiqué des attaques en octobre dernier, dit avoir pris les armes pour défendre les droits bafoués de la minorité musulmane rohingya. D'après l'armée birmane, près de 400 d'entre eux auraient été tués pendant les combats.

Depuis des décennies, le million de Rohingyas, qui représente la plus grande population apatride au monde, est victime de discriminations en Birmanie, pays à majorité bouddhiste.

'Crise immense'

La Croix-Rouge au Bangladesh s'est félicitée de la promesse du cessez-le-feu, car les organisations humanitaires sont acculées face à une "crise immense".

"Comment voulez-vous gérer un tel afflux de personnes? Ils veulent un abri, ils veulent un endroit sûr", a déclaré à l'AFP Misada Said du CICR au Bangladesh.

Pour fuir l'armée birmane, accusée par les réfugiés d'exactions (meurtres, incendie de villages), des centaines de milliers de personnes ont quitté leurs villages du nord de l'Etat Rakhine.

La plupart arrivent au Bangladesh à pied, après des jours de marche sous la pluie, ou en bateau. Les deux pays ont une frontière longue de 278 kilomètres, et un quart de celle-ci est constituée par le fleuve Naf.

Après un long périple sans vivres, les nouveaux arrivés sont souvent malades, affamés et très affaiblis, racontent les ONG. Certains arrivent également avec des blessures par balles.

Et au bout du chemin, ils trouvent des camps déjà saturés.

Au total, on estime qu'entre les violences d'octobre qui avaient poussé 87.000 personnes à fuir et les troubles actuels, près du tiers des Rohingyas de Birmanie sont désormais au Bangladesh.

"Je crois que cela va être une des pires catastrophes que le monde et la Birmanie aient vues ces dernières années", s'est inquiétée vendredi la rapporteuse spéciale de l'ONU pour la Birmanie, Yanghee Lee.

Déplorant l'absence d'accès à cette région, où selon elle, plus d'un millier de personnes essentiellement des Rohingyas pourraient avoir été tuées, elle a également exhorté Aung San Suu Kyi, qui dirige de facto le gouvernement birman, à "se mobiliser".

En Birmanie, les Rohingyas sont victimes de multiples discriminations - travail forcé, extorsion, restrictions à la liberté de mouvement.

Avec AFP

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