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La conférence sur la Libye fragilisée dès son ouverture

Khalifa Haftar, Aguila Saleh, président du Parlement, et Fayez al-Sarraj, chef du GNA, l'Elysée, Paris, le 29 mai 2018.

La conférence sur la Libye, à peine ouverte lundi soir à Palerme en Sicile, est déjà menacée par le refus de l'homme fort de l'est du pays, le maréchal Haftar d'y participer mardi.

L'unique réunion de travail, prévue mardi matin à la Villa Igiea de Palerme, se fera sans lui, a annoncé son service de presse. Il rencontrera néanmoins des "présidents des pays du voisinage pour discuter des derniers développements sur le plan national et international", selon un communiqué.

Le maréchal Khalifa Haftar, dont les forces contrôlent tout l'est de la Libye, avait déjà snobé lundi soir le dîner offert par le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte.

Arrivé dans la soirée, il a bien été accueilli par M. Conte mais pour faire aussitôt demi-tour et quitter le lieu de cette conférence.

Il a toutefois eu un entretien dans la soirée avec M. Conte, selon son service de presse qui a diffusé une photo de cette réunion bilatérale.

Dans son entourage on explique que ce militaire qui a fait de l'extrémisme islamiste sa bête noire refuse de s'asseoir avec certains des participants à la conférence qu'il juge proche de cette mouvance.

"Haftar a fait le difficile comme il l'a fait plusieurs fois dans le passé (...). C'est une attitude à double tranchant car elle produit un effet sensationnel qui le met en valeur sur le moment, mais les interlocuteurs qu'il humilie ainsi s'en souviennent toujours", a jugé Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye à l'université Paris-VIII, interrogé par l'AFP.

Une dizaine de chefs d'Etat et de gouvernement participent à cette conférence, à laquelle ont été conviés une trentaine de pays dont l'Algérie, la Tunisie, l'Egypte, le Qatar, l'Arabie saoudite, la Turquie, le Maroc, la France, l'Allemagne, la Grèce, ou l'Espagne. L'Union européenne est représentée par le président du Conseil européen Donald Tusk et la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini.

Côté libyen, le chef du gouvernement d'union nationale (GNA) internationalement reconnu, Fayez al-Sarraj, le président du Parlement, Aguila Salah, celui du Conseil d'Etat, équivalent d'une chambre haute à Tripoli, Khaled al-Mechri, et M. Haftar sont présents à Palerme, ainsi que des représentants de certaines milices.

"Dépasser l'impasse"

Le gouvernement italien entendait faire de ce rendez-vous de Palerme, qui fait suite à la conférence de Paris sur la Libye en mai dernier, l'occasion pour la communauté internationale de resserrer les rangs derrières les Nations unies dont la feuille de route a été présentée jeudi à New York par l'émissaire de l'Onu pour la Libye, Ghassan Salamé.

"L'Italie et la communauté internationale soutiennent le travail de l'Onu. Il faut dépasser l'impasse dans laquelle le processus politique libyen est englué depuis trop longtemps", a déclaré M. Conte dans un entretien lundi avec le journal La Stampa.

En lever de rideau à cette conférence, des réunions axées sur la sécurité ont eu lieu lundi après-midi entre M. Conte et M. Salamé et des participants libyens.

A cette occasion, Stephanie Williams, l'adjointe de M. Salamé, s'est félicitée des réformes entreprises par le gouvernement de M. al-Sarraj pour rétablir de l'ordre dans la capitale, après des affrontements meurtriers de septembre près de la capitale libyenne, affirmant toutefois il "reste encore beaucoup à faire".

La conférence de Palerme, minée par les tensions entre factions libyennes, l'est aussi par les divisions entre les différents pays qui s'intéressent de près à la Libye.

Dans une interview à l'AFP jeudi, M. al-Sarraj a ainsi souhaité que la conférence débouche sur "une vision commune vis-à-vis du dossier libyen", soulignant "la nécessité d'unifier les positions" de Paris et Rome.

Après la rencontre de Paris, Rome avait reproché à la France de vouloir faire cavalier seul sur la Libye, dirigée aujourd'hui par deux entités rivales: le GNA, issu d'un processus onusien, basé à Tripoli et une autorité installée dans l'Est soutenue par un Parlement élu en 2014 et une force armée dirigée par M. Haftar.

En mai, Paris avait fortement plaidé pour la tenue d'élections en décembre, rencontrant très vite le scepticisme côté italien, mais aussi côté américain.

Des doutes partagés par M. Salamé qui a indiqué jeudi devant le Conseil de sécurité de l'Onu qu'une conférence nationale devrait se tenir début 2019, enterrant de facto la perspective d'élections avant la fin de l'année.

Avec AFP

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Violences conjugales: Au Maroc, la plupart des victimes ne portent pas plainte

Rares sont les femmes victimes de violences conjugales qui saisissent la justice au Maroc: 2% quand il s'agit de violences sexuelles, 7% après des agressions physiques, selon une étude officielle publiée jeudi à Rabat.

Pour les violences subies dans l'espace public, 22% des victimes portent plainte quand il s'agit d'agression physique, 3,5% quand l'agression est sexuelle, selon cette étude publiée par le Haut-Commissariat au Plan, avec le soutien d'ONU Femmes.

Seules 3,5% des victimes de violences sexuelles conjugales quittent leur foyer, 16% quand il s'agit de violences physiques, moins d'une sur dix (8%) cesse ses "engagements familiaux" quelle que soit l'agression subie, selon l'étude.

Les stigmates de la violence physique conjugale vont des ecchymoses (dans 52,2% des cas), aux fractures, "incisions profondes", fractures ou cassures des dents, violences sexuelles entraînent "blessures et déchirures au niveau des organes génitaux" dans plus 13% des cas, avec des grossesses non désirées dans 3,5% des cas.

Moins de la moitié des victimes des violences les plus graves font appel à un professionnel de la santé. Pour les femmes actives, les violences -qu'elles soient ou non subies dans le cadre conjugal- ont entraîné une perte moyenne de 14 jours de travail par an.

Environ 40% de femmes victimes de violences dans un cadre professionnel ont dû changer de travail et 7% ont "carrément quitté le marché du travail", souligne l'étude. Plus d'une femme sur deux a été victime d'une forme de violence au Maroc en 2019, selon les statistiques officielles.

Plusieurs organisations féminines se sont inquiétées ces derniers mois de la hausse des violences conjugales pendant les longs mois de confinement liés à la crise sanitaire. Cette étude sur le "coût social" de ces violences a été menée entre février et juillet 2019 avant la pandémie de Covid-19 sur une population de 15 à 74 ans.

Le Maroc a adopté en 2018 une loi contre les violences faites aux femmes, rendant passible de peines de prison les actes "considérés comme des formes de harcèlement ou de mauvais traitement". Le texte, qui ne prend pas en compte les violences conjugales, a été jugé insuffisant par des associations féministes.

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