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Les imams ingouches en conflit avec les autorités dans le Caucase russe


Après une explosion à Nazran, Ingouchie, Russie, le 24 mars 2008.

Des imams qui accusent les autorités locales de corruption, des responsables politiques qui veulent contrôler les sermons avec des caméras dans les mosquées... une crise inédite couve en Ingouchie, république russe du Caucase du Nord.

L'origine de la crise porte sur un point sensible dans cette très pauvre région de tradition musulmane : les imams accusent les autorités d'avoir détourné des fonds destinés à construire une grande mosquée à Magas, capitale de l'Ingouchie, devant accueillir près de 8.000 fidèles.

Le projet, qui inclut également la construction d'une université et d'un centre culturel musulmans, tourne au ralenti depuis plus de deux ans: "L'argent a été détourné, les madrassas (écoles religieuses) sont privées de financement, les imams ne reçoivent plus de salaires", affirme à l'AFP l'adjoint du mufti d'Ingouchie, Magomed Khachtyrov.

La corruption en Ingouchie "a pris des dimensions incroyables", dénonce-t-il.

Face à ces accusations, le pouvoir local répond par une pression grandissante sur les autorités religieuses ingouches. "Parce que nous dénonçons la corruption", assure M. Khachtyrov.

- 'Nouvelles formes de pression' -

A la tête depuis 2008 de l'Ingouchie, la plus pauvre des républiques de Russie, le général Iounous-Bek Evkourov a exigé que les sermons soient désormais "contrôlés" à l'aide de caméras de surveillance, installées sur ses ordres en mars 2016 après un attentat dans une mosquée de Nazran.

Cette surveillance vise à empêcher "la politisation" des discours religieux, a-t-il expliqué au média russe RBK.

Iounous-Bek Evkourov "essaie d'employer de nouvelles formes de pression sur nous", a accusé la semaine dernière le mufti d'Ingouchie Issa Khamkhoïev, dans une lettre au représentant du président russe dans le Caucase du Nord Oleg Belaventsev.

Le mufti dénonce entre autres des tentatives de "confisquer des propriétés" appartenant aux imams, la fermeture de leur radio Angoucht et des procès lancés selon lui dans le but de s'approprier le terrain destiné à la construction de la nouvelle mosquée.

"La discrimination envers les responsables religieux continue", affirme le mufti, qui a publié la lettre sur Facebook. Moscou doit "prendre des mesures" contre M. Evkourov, réclame-t-il, assurant que ce dernier provoque "le mécontentement" de la population et "aggrave la situation dans la région".

Le mufti a appelé les musulmans ingouches à se rassembler le 3 mars sur le chantier de la construction de la mosquée à Magas, pour réclamer que les autorités cèdent la gestion du projet aux imams.

Le Parquet local l'a aussitôt averti que les organisateurs seraient poursuivis en justice s'il maintenaient cette manifestation sans autorisation du pouvoir.

- Sermons 'politisés' -

Iounous-Bek Evkourov, qui a ordonné à son administration de s'assurer que les sermons des imams ne sont pas "politisés", a plusieurs fois réclamé la démission du mufti ingouche.

"La mosquée est un lieu où l'on prie. Les discours politiques y sont inadmissibles (...) les imams doivent renforcer la confiance de la population envers le pouvoir" et non le critiquer, a expliqué à l'AFP le porte-parole du dirigeant ingouche, Khalid Tankiev.

La préoccupation des autorités s'explique par l'approche du scrutin présidentiel en Russie du 18 mars, mais aussi des élections locales prévues en septembre prochain, qui verront les députés ingouches élire le chef de la république, remarque Grigori Chvedov, rédacteur en chef du journal en ligne Caucasian Knot spécialisé sur l'actualité du Caucase du Nord (www.eng.kavkaz-uzel.eu).

"Les imams en Ingouchie représentent une très grande force", assure-t-il. "En l'absence de médias libres, dans un contexte où les critiques envers les autorités sont rares, les musulmans du Caucase russe écoutent les sermons avec beaucoup d'attention", explique M. Chvedov.

"Nous ne devons pas parler uniquement de religion dans les mosquées. Nous devons aussi parler de ce qui se passe dans notre société", affirme l'adjoint du mufti d'Ingouchie, M. Khachtyrov, qui dirigeait la radio Angoucht jusqu'à sa fermeture par les autorités en décembre 2015.

Pas question pour autant de placer des "slogans politiques dans les sermons", assure-t-il. "Nous voulons seulement que les hauts fonctionnaires arrêtent de prendre des pots-de vins".

Avec AFP

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