Liens d'accessibilité

Dernières nouvelles

Droits humains

Human Rights Watch accuse l'armée de "meurtres" au Cameroun anglophone

Une partie de la population anglophone du Cameroun s'estime ostracisée par les francophones, le conflit a fait plus de 6.000 morts depuis fin 2016.

L'ONG Human Rights Watch (HRW) a accusé jeudi l'armée camerounaise de "meurtres" et "détentions arbitraires" dans une région anglophone où un conflit meurtrier oppose depuis cinq ans des groupes armés séparatistes aux forces de l'ordre.

"Des soldats camerounais ont sommairement tué au moins dix personnes et commis plusieurs autres abus entre le 24 avril et le 12 juin lors d'opérations anti-insurrectionnelles dans la région du Nord-Ouest du Cameroun", a noté l'ONG dans un rapport, affirmant que des membres des forces de l'ordre ont "détruit et pillé des centres de santé, détenu arbitrairement au moins 26 personnes et en auraient fait disparaître de force quelque 17 autres".

Crise anglophone: Macron prône la "régionalisation" comme solution
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:02:27 0:00

Les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont le théâtre depuis cinq ans d'un conflit meurtrier entre des groupes armés réclamant l'indépendance d'un Etat qu'ils appellent l'"Ambazonie" et des forces de sécurités massivement déployées par le pouvoir du président Paul Biya, 89 ans, qui dirige le Cameroun d'une main de fer depuis près de 40 ans.

Une partie de la population anglophone s'estime ostracisée par les francophones. Le conflit qui a fait plus de 6.000 morts depuis fin 2016 et forcé plus d'un million de personnes à se déplacer, selon le centre de réflexion International Crisis Group (ICG). Les rebelles comme les militaires et les policiers sont régulièrement accusés par les ONG internationales et l'ONU de commettre exactions et crimes contre les civils.

HRW a évoqué l'attaque, le 1er juin, par des soldats camerounais du village de Missong, un hameau de la région du Nord-Ouest, qui s'est soldée par la mort de neuf personnes, dont quatre femmes et une fillette de 18 mois, "dans une opération de représailles contre une communauté soupçonnée d'abriter des combattants séparatistes". L'armée avait alors reconnu une "méprise" et "une réaction inappropriée, inadaptée à la circonstance et manifestement disproportionnée".

Droits humains au Cameroun: "le gouvernement doit avoir un engagement avec la société civile", Félix Agbor Balla
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:21:09 0:00

En juin, selon HRW, les forces de sécurité ont "sommairement tué un homme, en ont blessé un autre, ont brûlé au moins 12 maisons, détruit un centre de santé communautaire et pillé au moins 10 magasins" à Belo. Interrogé par l'AFP, le ministère de la Défense n'avait pas réagi dans l'immédiat.

"Les autorités camerounaises devraient mener des enquêtes crédibles et impartiales et demander des comptes à leurs auteurs", a exhorté dans le rapport Ilaria Allegrozzi, chercheuse sur l'Afrique centrale à HRW. L'ONG de défense des droits humains avait accusé dans un rapport publié fin juin les rebelles des régions anglophones de commettre des "violations graves des droits humains".

Le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) avait placé en juin le Cameroun anglophone à la troisième place sur la liste des dix crises "les plus négligées" de déplacement de population, en se basant sur trois critères: le manque de volonté politique de la communauté internationale pour y trouver des solutions, de couverture médiatique et de financement des besoins humanitaires.

Toutes les actualités

Manifestations en Iran: Washington annonce de nouvelles sanctions contre les autorités

Manifestations en Iran: Washington annonce de nouvelles sanctions contre les autorités
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:01:11 0:00

RDC: un militaire tué et brûlé par des habitants en colère au Sud-Kivu

Des cas de recours à la justice populaire sont souvent rapportés dans l'est de la RDC. 

Un militaire de l'armée congolaise soupçonné d'avoir tiré sur un homme d'affaires a été tué et son corps brûlé par des habitants en colère, dans l'est de la République démocratique du Congo, a-t-on appris lundi de sources locales.

Dimanche vers 21H00 (19H00 GMT) dans le quartier Rubumba, à Kamanyola, trois hommes en tenue militaire ont fait incursion au domicile d'un homme d'affaires connu dans la zone et ont tiré sur lui, selon les témoignages recueillis par l'AFP. Blessé grièvement, Yajuwa Mungu Kaluku a été admis à l'hôpital de Kamanyola.

"Après leur opération, ils [trois militaires] ont fui vers leur campement (...), des jeunes qui patrouillaient les ont poursuivis. Deux ont disparu dans le camp et un a été attrapé, tabassé jusqu'à mourir sur la route et son corps brûlé", a raconté à l'AFP Maniema Kyalangalilwa, président de l'association des jeunes de Kamanyola.

Lundi à la mi-journée, un correspondant de l'AFP a vu les restes d'un homme calciné sur une place de Kamanyola, cité située à 55 km au sud de Bukavu, capitale provinciale du Sud-Kivu, où se tenait une réunion de responsables locaux de sécurité. Les autorités n'ont fait aucune déclaration. La tension était perceptible dans cette localité où de jeunes hommes ont manifesté sur la voie publique, ont érigé au moins dix barrières sur une distance de 7 km, selon ce correspondant.

Les manifestants réclamaient entre autres "le remplacement de la nouvelle unité de l'armée" arrivée récemment dans la zone, l'ouverture d'une "enquête" pour l'identification des membres d'un groupe de voleurs présumés, a expliqué M. Maniema Kyalangalilwa. Des hommes de cette nouvelle unité sont accusés d'être "à la base de l'insécurité grandissante, caractérisée par des vols à main armée" dans cette zone, a-t-il ajouté.

Des cas de recours à la justice populaire sont souvent rapportés dans cette région troublée de la RDC. Des voleurs ou miliciens présumés et autres personnes accusées de sorcellerie ont été victimes de cette pratique qui prend de l'ampleur dans cette région orientale du pays, en proie à des violences depuis près de 30 ans.

Félicien Kabuga absent au premier jour de son procès à La Haye

Félicien Kabuga absent au premier jour de son procès à La Haye
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:01:16 0:00

RDC: le calvaire des réfugiés rwandais dans une prison de Goma

RDC: le calvaire des réfugiés rwandais dans une prison de Goma
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:02:55 0:00

Génocide au Rwanda: début du procès de Félicien Kabuga à La Haye

Félicien Kabuga lors de son procès devant la CPI, à La Haye, le 29 septembre 2022. (Capture d'écran)

Selon l'accusation, Félicien Kabuga, 87 ans, était un des dirigeants de la Radio-télévision libre des mille collines qui propageait des discours d'incitation à la haine contre les Tutsi.

Petit commerçant ambulant devenu un des plus riches hommes d'affaires du Rwanda, Félicien Kabuga est accusé par la justice internationale, qui le juge à La Haye à partir de jeudi, d'avoir mis sa fortune et ses réseaux au service du génocide de 1994.

Son argent et son entregent lui ont ensuite permis d'échapper pendant plus de 20 ans à la justice avant d'être arrêté le 16 mai 2020 en France, ultime étape d'une cavale qui l'avait également mené en Suisse, au Zaïre (aujourd'hui RDC) et au Kenya.

Arrêté en banlieue parisienne alors que de nombreux proches le disaient mort depuis des années, Félicien Kabuga est notamment accusé d'avoir participé à la création des milices hutu Interahamwe, principaux bras armés du génocide qui a fait plus de 800.000 morts entre avril et juillet 1994 selon l'ONU, essentiellement au sein de la minorité tutsi.

Aujourd'hui âgé de 87 ans, il est considéré comme un des financiers du régime génocidaire. Il est jugé à La Haye notamment pour "génocide", "incitation directe et publique à commettre le génocide" et "crimes contre l'humanité (persécutions et extermination)".

Achat de machettes

Félicien Kabuga était en 1994 un homme d'affaires riche et influent. Il était considéré comme à la tête de la plus grande fortune du Rwanda.

Ce fils de modestes paysans avait débuté comme petit commerçant ambulant dans sa région natale de Byumba, dans le nord du pays, où il vendait cigarettes et vêtements de seconde main sur le marché.

Travailleur et déterminé, il s'installe ensuite dans la capitale Kigali où il ouvre divers commerces. Sa réussite sera telle que, dans les villages du Rwanda profond, un paysan plus aisé que les autres était surnommé "Kabuga".

Son entrée dans le sérail est définitivement scellée lorsqu'en 1993, une de ses filles épouse le fils aîné du président Juvénal Habyarimana.

Il était également le beau-père de celui qui au moment du génocide était ministre au Plan, Augustin Ngirabatware, dont la condamnation à 30 ans de réclusion fut confirmée en 2019.

Membre du parti présidentiel, le Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement (MRND), il crée pendant le génocide, avec d'autres hommes d'affaires, le Fonds de défense nationale (FDN), dont il prend la tête.

Le FDN, créé dans le but de fournir assistance au gouvernement intérimaire pour combattre les Tutsi et les Hutu modérés, devait servir à l'achat d'armes et d'uniformes pour les milices hutu et l'armée dans tout le pays.

"De par sa position d'autorité, Félicien Kabuga a contribué, entre avril et juin 1994, au meurtre par les Interahamwe de personnes identifiées comme étant des Tutsi", a estimé le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), auquel a succédé depuis 2015 le Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI).

Selon le TPIR, il a organisé "des réunions auxquelles ont assisté de nombreux hommes d'affaires (...) à l'effet de collecter des fonds pour l'achat d'armes", y compris des machettes, armes très utilisées dans les massacres du printemps 1994.

Propagande

Félicien Kabuga était également un des dirigeants de la Radio-télévision libre des mille collines (RTLM) qui propageait l'idéologie hutu extrémiste et des discours d'incitation à la haine contre les Tutsi.

Il "exerçait un contrôle de fait et de droit sur la programmation, le fonctionnement et les finances de la RTLM", a estimé le TPIR.

Il est également accusé d'avoir directement supervisé les massacres commis par les Interahamwe de Gisenyi (nord-ouest) et Kimironko, un quartier de Kigali.

Après le génocide, il se réfugie en juillet 1994 en Suisse, d'où il a été expulsé un mois plus tard.

Pendant de longues années, M. Kabuga a mis à contribution ses nombreuses relations personnelles et acheté sa protection.

En 2002, les Etats-Unis - qui avaient promis 5 millions de dollars pour toute information permettant son arrestation - avaient lancé une vaste campagne médiatique au Kenya, où il a échappé à trois reprises au moins à des opérations conjointes de la police et du TPIR.

En 2011, le TPIR avait organisé des audiences de collecte de "dépositions spéciales" à charge contre M. Kabuga, dans la crainte que certains témoins ne soient décédés au moment de son arrestation.

Arrêté, ses avocats avaient demandé l'arrêt des poursuites en raison de son état de santé. En juin, le MTPI a affirmé que Félicien Kabuga était apte à être jugé.

Voir plus

XS
SM
MD
LG