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Tchad

Calme et ordre au Tchad trois mois après la mort d'Idriss Déby

Le général quatre étoiles et chef de la Garde républicaine au Tchad, Mahamat Idriss Déby Itno, 37 ans, fils du président tchadien Idriss Deby Itno est vu dans un bureau de vote à N'djaména, le 11 avril 2021.

Le 20 avril, au lendemain de sa réélection à la tête du Tchad, l'armée annonçait que le président Idriss Déby Itno, qui dirigeait le pays depuis 30 ans, avait été tué au front contre des rebelles. Trois mois après, le calme et l'ordre règnent dans ce pays sahélien crucial dans la guerre contre les jihadistes.

Dès l'annonce de son décès, une junte de 15 généraux proclamait un de ses fils, Mahamat Idriss Déby Itno - général quatre étoiles à 37 ans - Président de la République à la tête d'un Conseil militaire de transition (CMT), dissolvait l'Assemblée nationale et le gouvernement et abrogeait la Constitution.

Bien que le CMT eut promis des élections "libres et transparentes" à l'issue d'une "transition" de 18 mois, renouvelable, l'incertitude et l'inquiétude planaient alors sur un pays confronté à diverses rébellions mais dont l'armée est un des piliers de la guerre contre les jihadistes dans le Sahel, au côté de la France.

Inquiétudes vite balayées: la communauté internationale adoubait rapidement Mahamat Déby et le CMT, la France en tête, et l'Union africaine (UA) ne sanctionnait pas ce que l'opposition dénonçait comme un "coup d’État" militaire.

L'armée tchadienne annonce la fin des opérations contre les rebelles
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Inconciliables

Mais le "dialogue national" promis, censé inclure l'opposition même la plus critique, n'a pas encore démarré malgré la nomination début mai d'un gouvernement dirigé par Albert Pahimi Padacké, dernier Premier ministre de feu Idriss Déby.

Un Conseil national de transition (CNT) de 93 membres, qui devaient être "nommés" rapidement selon le CMT pour assumer le pouvoir législatif et rédiger une nouvelle Constitution, se fait toujours attendre. Mahamat Déby et les 14 autres généraux continuent d'exercer l'essentiel des pouvoirs et l'opposition la plus critique ne parvient pas à mobiliser la rue, ou n'ose pas. Pas plus que sous le maréchal Idriss Déby.

Ce dernier a été tué, selon le CMT, lors de combats dans le nord entre l'armée et les rebelles du Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (Fact), qui avaient lancé une offensive le 11 avril, jour de la présidentielle, mais qui ont été rapidement repoussés selon N'Djamena et des sources militaires dans la région.

Sur le plan militaire, c'est le calme. Mahamat Déby accuse les rebelles tchadiens d'être des mercenaires en Libye et d'être "entraînés par des forces étrangères". Le Togo a bien tenté dès juin une médiation entre N'Djamena et différents groupes rebelles, en vain jusqu'à présent. "En plus du FACT, il y avait deux autres groupes armés représentés mais il n'y a pas eu de suite depuis", assure à l'AFP un responsable rebelle qui a participé à ces "rencontres" et requiert l'anonymat.

De toute façon, les groupes ont posé comme préalable "la libération des prisonniers et le fait que nous ne reconnaissions par les nouvelles autorités", ajoute-t-il. Les positions du pouvoir et de la rébellion semblent pour l'heure inconciliables.

Sur le plan politique, l'UA a bien exigé que la transition ne dépasse pas 18 mois avant des élections - et la France le demande également - mais dans une interview en juin au magazine Jeune Afrique, Mahamat Déby, tout en affirmant que "le CMT n'a pas vocation à confisquer le pouvoir", n'a pas exclu une prolongation si les conditions ne sont pas réunies pour des scrutins: "la première est que nous, Tchadiens, soyons capables de nous entendre" et "la seconde est que nos partenaires nous aident à financer le dialogue et les élections".

Ce qu'Emmanuel Macron a dit à N'Djamena
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"Chantage"

Le président français Emmanuel Macron a été le seul chef d’État occidental à s'être rendu aux obsèques du maréchal Déby et à s'afficher alors au côté de Mahamat, qu'il a ensuite reçu à Paris le 5 juillet pour lui "réitérer son soutien à la transition" et promettre "une nouvelle aide budgétaire" à son ancienne colonie.

"Le Tchad a vraiment besoin d'argent, et sur le modèle d'Idriss Déby, le CMT sait utiliser le fait que le pays déploie des forces à l'étranger pour faire du chantage à la France", estime Jérôme Tubiana, chercheur français spécialiste du Tchad, qui pointe aussi la responsabilité de l'Union africaine. "L'UA aurait pu être un moyen de pression sur les nouvelles autorités, mais elle a décidé de fermer les yeux", estime M. Tubiana dans un entretien avec l'AFP.

La réception de Mahamat Déby à l'Elysée a eu lieu trois jours avant un sommet entre la France et les pays du G5-Sahel, coalition anti-jihadiste dont l'armée tchadienne est le fer de lance, au cours duquel Paris a réitéré sa décision de retirer progressivement ses troupes de la région dans le cadre de son opération Barkhane en espérant une montée en première ligne des armées des pays sahéliens.

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Un "Parlement de transition" voit le jour à N'Djamena, sans Wakit Tamma

Le général Mahamat Idriss Deby, au centre, lors des funérailles nationales du défunt président tchadien Idriss Deby à N'Djamena, le 23 avril 2021.

Ces "députés de la transition" vont faire office d'Assemblée nationale intérimaire.

Le chef de la junte militaire au Tchad, Mahamat Idriss Déby Itno, a "désigné" vendredi 93 députés d'un parlement de transition qu'il avait promis il y a cinq mois en se proclamant président au lendemain de la mort de son père Idriss Déby, tué dans des combats contre des rebelles.

Mais aucun des "députés de transition" n'est issu de la plate-forme de partis de l'opposition et de la société civile qui réclame un pouvoir civil.

Le 20 avril, en annonçant la mort du maréchal Déby, qui venait d'être déclaré réélu après 30 années au pouvoir, le général Mahamat Déby, 37 ans, était proclamé chef de l'Etat à la tête d'un Conseil Militaire de Transition (CMT), composé de 14 autres généraux.

Le CMT avait aussitôt révoqué le gouvernement, dissout l'Assemblé nationale et abrogé la Constitution. La junte promettait des élections "libres et transparentes" dans un délai de 18 mois, renouvelable une fois, et de désigner rapidement un parlement intérimaire en attendant les scrutins, le Conseil National de Transition (CNT).

Il a mis cinq mois à voir le jour.

30% de jeunes, 30% de femmes -

"Les personnalités dont les noms suivent sont désignées membres du Conseil national de transition", lit-on dans un décret signé par Mahamat Déby. Suivent 93 noms, selon des quotas fixés d'avance: notamment au moins 30% de députés de l'Assemblée nationale sortante, 30% de femmes et 30% de jeunes.

Des membres de l'ancienne opposition au défunt président Déby, dont certains avaient accepté le "dialogue inclusif" promis par la junte, en font partie mais aucun de la plate-forme Wakit Tamma, des partis et organisations de la société civile qui dénoncent un "coup d'Etat" le 20 avril.

"Les Conseillers de la transition" ou "députés de la transition" vont, au sein du CNT, "faire office d'Assemblée nationale (...) intérimaire le temps que les institutions légales de la République soient restaurées", précise un dossier distribué à la presse vendredi peu avant le décret.

Carton rouge de Wakit Tamma​

Le général Déby n'a pas exclu, récemment, de prolonger la transition de 18 mois si "certaines conditions" n'étaient pas réunies. Mais sous la pression internationale, il avait nommé, le 11 mai, un gouvernement dirigé par un Premier ministre civil, Albert Pahimi Padacké.

Pour sa part, la coalition Wakit Tamma s'inscrit en faux: "Nous ne sommes pas dans le CNT. Aucun membre de Wakit Tamma. Nous sommes du côté du peuple", a assuré à l'AFP vendredi soir le coordinateur de cette plate-forme de l'opposition au CMT, Max Loalngar.

Assemblée générale de l’ONU: Mahamat Idriss Deby, Ali Bongo et Evariste Ndayishimiye

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Neuf civils tués dans une nouvelle attaque djihadiste au Tchad

Neuf civils tués dans une nouvelle attaque djihadiste au Tchad
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Une vingtaine de morts dans des combats entre éleveurs et cultivateurs tchadiens

Un agriculteur marche parmi son troupeau de bétail sur la route entre Adre et Farchana, dans la région de Ouaddaï, au Tchad, le 25 mars 2019.

Vingt-sept personnes ont été tuées dimanche dans des violences entre éleveurs nomades et cultivateurs sédentaires dans l'est du Tchad, pays où ces affrontements liés à la possession et l'utilisation des terres sont fréquents, a annoncé mardi le ministre de la Justice.

"Des autorités traditionnelles ont vendu en 2017 des espaces" à des éleveurs nomades arabes "qui veulent s'installer dans la localité mais les cultivateurs autochtones, des Ouaddaïens, contestent cette vente" et des combats "ont fait 27 morts dimanche", a expliqué Mahamat Ahmat Alhabo par téléphone à l'AFP.

"Les conflits fonciers continuent à tuer. Pour des lopins de terre, les Tchadiens s'entretuent", a également posté le ministre sur sa page Facebook.

Ces affrontements entre les deux communautés ont eu lieu dans les villages de Kidji-Mina et Tiyo. Ces localités sont situées dans une zone aride de la bande sahélienne, à une quarantaine de km d'Abéché, la deuxième ville du pays, chef-lieu de la région du Ouaddaï, et elle-même située à quelque 700 km au nord-est de la capitale N'Djamena.

"Il se disputent une superficie de 25 km2", ajoute le ministre, qui se trouve à Abéché à la tête d'une délégation gouvernementale pour "calmer la situation".

M. Alhabo n'a pas précisé comment ont éclaté les combats. "Nous avons écouté les différentes parties mais on n'a pas encore trouvé de solutions", a-t-il expliqué à l'AFP.

Les violences entre ces communautés nomades et sédentaires sont fréquentes dans le centre et le Sud du Tchad, où nombre d'habitants sont armés. Ils opposent principalement éleveurs nomades arabes aux cultivateurs autochtones sédentaires qui accusent les premiers notamment de saccager leurs champs en faisant paître leurs animaux.

Les nomades, eux, venant des zones arides sahéliennes, veulent de plus en plus se sédentariser sur des terres propices à l'élevage de leurs dromadaires et moutons notamment.

Début août, 22 personnes avaient péri déjà dans des combats pour des raisons similaires à 200 km à l'est de N'Djamena. Et 35 autres dans le sud, plus fertile, en février.

Un pas de plus vers l'indemnisation des victimes d’Hissène Habré

Mahamat Ahmat Alhabo, ministre tchadien de la justice remettant les clés du batiment devant abriter le secrétariat du fonds fiduciaire l'émissaire de l'UA, le 20 septembre 2021. (VOA/André Kodmadjingar)

Une mission diligentée par l'Union africaine ravive l'espoir parmi les victimes.

L'Union africaine a récemment envoyé une délégation au Tchad, où les victimes du régime de l'ancien président Hissène Habré perdent l'espoir d'être indemnisées.

L'ancien président tchadien Hissène Habré est mort le 24 août au Sénégal, où il purgeait une peine de prison à perpétuité après avoir été déclaré coupable en 2016 de crimes contre l'humanité, viols, exécutions, esclavage et enlèvement.

La délégation dépêché à N’Djamena était conduite par Tordeta Radibaye, président du conseil d’administration du Fonds d’indemnisation des victimes.

"Malgré les frustrations des victimes que nous avions longuement évoquées, nous venons aujourd‘hui de jeter la base de ce qui servira d’élément concret dans le processus d’indemnisation des victimes et donc nous concluons notre séjour d’une note très positive", a déclaré l’émissaire de l’UA.

Pour le ministre tchadien de la justice, Mahamat Ahmat Alhabo, quand on met en place un fonds fiduciaire, ça ne veut pas dire que l’argent est là dans une armoire où il faut venir se servir. Au contraire, ajoute-t-il, il faut aller chercher de l'argent et c’est maintenant que travail difficile va commencer.

"Il y a des résolutions adoptées par les chambres extraordinaires africaines qu’il faut également mettre en place pour alimenter ce fonds", précise le ministre. "Je ne voudrais pas décourager les victimes, mais on va se battre pour que même si ce n’est elles, au moins que les ayant-droit soient indemnisés et le plus tôt possible", a rassuré le ministre Alhabo.

Le chef de mission, Tordibaye Radibaye, a déclaré qu'il faut aussi inclure certaines victimes dont les noms ne figurent pas parmi les bénéficiaires.

Une autre question à résoudre est celle de la restitution qui a été ordonnée aux ex-agents de la Direction de la documentation et de la sécurité, police politique d’Hissène Habré, condamnés en 2015 par la Cour criminelle spéciale de N’Djamena. Le gouvernement, par la voix du ministre, propose de fusionner cette affaire avec celle de l'ancien président.

Il n’est pas question de cumuler les deux dossiers, estime au micro de VOA Afrique le président de l’Association des victimes de crimes et répression sous le règne d’Hissène Habré, Clément Dokot Abaïfouta.

Pour lui, le dossier de N’Djamena ne peut pas se fusionner avec celui de Dakar.

"Le gouvernement dans sa démarche de fusionner les deux dossiers, c’est comme demander au ciel de se rencontrer avec la terre et donc nous ne l’accepterons pas", a tranché Clément Dokot Abaïfouta.

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