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Côte d'Ivoire

Cacao: les petits planteurs ivoiriens entre pauvreté et découragement

Des employés ramassent des fèves de cacao à Niablé, près de la frontière entre la Côte d'Ivoire et le Ghana, le 19 juin 2017.

"Je ne veux pas que mes enfants soient planteurs, parce qu'on souffre, on ne gagne rien!", s'écrie Raphaël Kouame, un planteur de cacao de Petit Yaoukro, alors que la récolte débute en Côte d'Ivoire, qui fournit 40% du cacao mondial.

Avec son voisin le Ghana- deuxième producteur mondial avec 20% du marché- l'Etat ivoirien affiche sa volonté d'améliorer le sort des cacaoculteurs, dont plus de la moitié vivent sous le seuil de pauvreté, selon une étude de la Banque Mondiale. En cause, les bas prix sur les marchés internationaux et, surtout, la faible part de la valeur ajoutée qui revient aux agriculteurs dans la filière cacao-chocolat.

Sur le terrain, les beaux discours des officiels restent sans effet.

Au "campement" (hameau) de Petit Yaoukro (centre), c'est l'ordinaire de la vie rurale en Côte d'Ivoire: quelques maisons en banco (terre crue), d'autres en parpaings, entourées de plantations. Une piste gorgée d'eau, en raison des pluies abondantes, mène à la ville de Sinfra à une quinzaine de kilomètres. Pas d'eau courante, ni d'électricité.

Ici, on est loin des négociations internationales entre Etats producteurs, consommateurs et multinationales, qui ont accouché en septembre, lors de la 100e session du Conseil international du cacao à Abidjan, d'une "stratégie sur cinq ans" pour "augmenter les revenus des planteurs" et améliorer la "durabilité environnementale" de la culture du cacao.

L'"or brun" rapporte surtout aux industriels des pays occidentaux qui le transforment en tablettes, barres, biscuits et gâteaux, mais peu à ceux qui le cultivent. Sur les 100 milliards de dollars de chiffre d'affaires générés chaque année dans le monde par la filière cacao-chocolat, seulement six milliards reviennent aux agriculteurs, selon la Banque Mondiale.

Le cacao reste cependant un pilier de l'économie ivoirienne. Sa culture fait vivre cinq à six millions de personnes, soit un cinquième de la population. Elle représente un tiers des exportations et 14% du PIB, selon la Banque Mondiale.

- Une école pour les enfants -

Début octobre, l'Etat ivoirien a fixé le prix de vente du kilo de fèves à 825 francs CFA (1,25 euro), soit 10% de plus que la saison précédente, mais nettement moins que les 1.100 FCFA d'il y a trois ans.

Un prix toujours jugé insuffisant par les paysans de Petit Yaoukro, où vivent neuf familles, soit une centaine de personnes. "Ce prix de 825 francs, ça nous a surpris, on s'attendait à 1.000. Ca ne nous arrange pas", confie Mikalo Bigoli, qui rentre de son champ.

Avec ses trois hectares de plantation, il arrive à récolter jusqu'à trois tonnes de cacao par an.

"On arrive à vivre, mais on a beaucoup de dépenses avec les engrais et les produits", explique Mikalo Bigoli. "L'école a commencé mais certains enfants sont encore au village, on n'a pas assez d'argent pour les inscrire", déplore ce père de huit enfants.

Réussir à envoyer leurs enfants à l'école pour qu'ils aient plus tard une meilleure vie est la principale préoccupation.

"Actuellement nos enfants marchent 14 kilomètres par jour pour aller à l'école et revenir. Ils sont trop fatigués pour étudier", explique Raphaël Kouame, père de six enfants, qui n'a récolté qu'une tonne de cacao. "Nous voulons une école ici au campement, en briques. Mais avec ce prix du cacao, nous n'avons pas assez d'argent" pour la bâtir.

Jusqu'à présent, les paysans de Petit Yaoukro sont parvenus à élever deux bâtiments en banco, mais les murs sont à moitié effondrés et les tables-bancs défoncés.

- La menace du swollen shoot -

Dans les champs ombragés par les cacaoyers hauts de deux à quatre mètres, aux belles feuilles aux couleurs nuancées du vert profond au rouge brun, les hommes s'activent en ce début de saison. Ils enlèvent les fruits secs ou pourris, taillent les gourmands (pousses stériles), coupent les herbes sous les arbres. Et ils commencent à récolter les cabosses de cacaoyers arrivées à maturité, d'une couleur jaune rougeâtre.

Mais la récolte de Salam Sawadogo a chuté en deux ans d'une tonne à 300 kg. Le responsable, c'est le swollen shoot, un virus qui décime les plantations de cacaoyers au Ghana et en Côte d'Ivoire, et qui lui a fait perdre deux de ses trois hectares. Il n'y a aucun traitement. On abat les arbres touchés pour tenter d'éviter la propagation. L'Etat indemnise les paysans à hauteur de 50.000 francs CFA (75 euros) par hectare abattu.

Pour s'en sortir, les planteurs diversifient leur production avec des cultures vivrières: maïs, igname, manioc, arachide.

A court terme, il n'y a pas de menace sur la production de cacao ivoirienne (deux millions de tonnes), estime Michel Arrion, directeur exécutif de l'Organisation internationale du cacao, basée à Abidjan. Mais entre découragement des planteurs et propagation du swollen shoot, la situation pourrait encore se dégrader.

Avec AFP

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Grâcié, Laurent Gbagbo veut plus: l'amnistie avant 2025

Laurent Gbagbo et son successeur et rival le président ivoirien Alassane Ouattara.

Dans un souci d'apaisement, le président ivoirien Alassane Ouattara a accordé sa grâce à son prédecesseur et rival Laurent Gbagbo, condamné dans son pays à 20 ans de prison, mais celui-ci veut plus: l'amnistie dans la perspective de la présidentielle de 2025.

Si la grâce permet au condamné de ne pas devoir purger sa peine, elle ne l'annule pas contrairement à l'amnistie: une épée de Damoclès reste donc suspendue sur la tête M. Gbagbo, au cas où il serait candidat à la prochaine élection présidentielle de 2025, une personne condamnée ne pouvant pas se présenter.

"La grâce présidentielle telle qu'elle est donnée est déjà un pas, mais ce n'est pas ce que nous attendions", a réagi Justin Koné Katinan, porte-parole du Parti des peuples africains-Côte d'Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo. "Nous voulons l'amnistie".

Laurent Gbagbo, 77 ans, acquitté en mars 2021 par la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye - où il a été détenu pendant près de dix ans - pour son rôle dans la crise post-électorale sanglante de 2010-2011, est rentré à Abidjan peu après, avec le feu vert du président Ouattara.

La crise, qui a fait quelque 3.000 morts, était née de son refus de reconnaître la victoire d'Alassane Ouattara à la présidentielle de fin 2010. Sans jamais avoir été inquiété depuis son retour, il restait sous le coup dans son pays d'une condamnation à 20 ans de prison pour le "braquage" de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) en 2011.

Condamnation intervenue en 2018 alors qu'il était emprisonné à La Haye et dont il estime qu'elle "ne repose sur aucun fait réel".

La grâce qu'a annoncée M. Ouattara à l'occasion de la célébration de la fête de l'indépendance le 7 août, s'est accompagnée du dégel des comptes et du paiement des rentes viagères de M. Gbagbo, président de 2000 à 2010, soit des centaines de milliers d'euros.

Ces mesures, ainsi que la libération de deux figures de l'appareil militaire de son régime, emprisonnées pour leur rôle dans la crise 2010-2011, ont été prises après une rencontre entre MM. Ouattara et Gbagbo mi-juillet, à laquelle participait aussi un autre ex-président, Henri Konan Bédié.

Selon M. Katinan, Laurent Gbagbo "n'a jamais demandé de grâce présidentielle", mais, a-t-il ajouté, "nous sommes dans un processus" de dialogue politique "qui doit aller jusqu'au bout pour arriver à l'amnistie".

Une décision "soupesée"

La décision d'accorder la grâce plutôt que l'amnistie a été mûrement réfléchie et "soupesée" par le chef de l'Etat qui sait mieux que quiconque que "cela créera des difficultés constitutionnelles à Gbagbo pour être candidat", juge Jean Alabro, analyste politique indépendant à Abidjan.

L'amnistie pour M. Gbagbo et pour tous ceux, civils et militaires, encore emprisonnés depuis la crise de 2010-2011, est une des recommandations du dialogue politique initié par le gouvernement.

Dans un pays à l'histoire récente marquée par la violence politique, ce dialogue rassemble gouvernement, partis et organisations de la société civile, et doit permettre que les prochains élections - locales de 2023 et présidentielle de 2025 - se déroulent sans violence.

Le dégel des comptes de M. Gbagbo, le paiement des arriérés de ses rentes viagères et la libération des deux militaires, ont été bien accueillis par son camp qui réclame cependant la libération de "tous les prisonniers civils et militaires", soit encore une trentaine de personnes.

Le maintien en prison de militaires ayant servi un Laurent Gbagbo acquitté par la CPI, est la raison invoquée par ses proches pour expliquer son absence aux célébrations de la fête de l'indépendance à Yamoussoukro, capitale politique ivoirienne, à laquelle lui et Henri Konan Bédié avaient été invités par le président Ouattara.

"Il était difficile pour le président Gbagbo d'aller assister au défilé de l'armée nationale" alors que "des soldats qui ont servi sous ses ordres sont encore en prison", selon le porte-parole du PPA-CI. M. Bédié, lui aussi absent, a invoqué des "raisons personnelles".

MM. Ouattara, Gbagbo et Bédié, âgés respectivement de 80, 77 et 88 ans, tour à tour alliés et rivaux, écrasent la vie politique ivoirienne depuis trente ans, mais "ils n'ont plus de souffle", juge Jean Alabro.

Grâce présidentielle pour Gbagbo: et pourquoi pas une amnistie?

Grâce présidentielle pour Gbagbo: et pourquoi pas une amnistie?
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A la veille de la commémoration du 62e anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, le président Alassane Ouattara a décidé de gracier l’ex président Laurent Gbagbo. Mais cette décision est jugée insuffisante par les partisans de ce dernier.

L'auteur présumé du meurtre d'un Français "neutralisé" par la police ivoirienne

A la vue des policiers, il leur a tiré dessus et "la riposte a permis de le neutraliser", selon le les forces de l'ordre.

L'auteur présumé du meurtre mi-juillet d'un Français en Côte d'Ivoire, a été "neutralisé" (tué) lundi par la police, selon un communiqué du procureur de la République d'Abidjan publié mercredi par la presse ivoirienne.

"Les investigations, ainsi que les auditions des témoins, ont permis d'interpeller" lundi "l'un des mis en cause", indique le communiqué, ajoutant que "sur indication de ce dernier", la police s'est rendue dans le quartier d'Adjamé à Abidjan pour "procéder à l'interpellation" d'un "second malfrat".

A la vue des policiers, il leur a tiré dessus et "la riposte a permis de le neutraliser", selon le comuniquué.

Le complice présumé doit être déféré mercredi devant le tribunal correctionnel d'Abidjan "pour répondre des faits de vol commis de nuit en réunion, avec port d'armes et violences ayant entraîné la mort", selon le procureur qui précise qu'il "encourt l'emprisonnement à vie".

Dans la nuit du 17 au au 18 juillet, ce Français de 31 ans, salarié du groupe Bouygues, avait "été froidement abattu par deux individus armés de pistolets automatiques (...) après un dîner dans un restaurant" et alors qu'il rentrait chez lui avec un ami dans le quartier de Marcory à Abidjan, rappelle le procureur.

Ils avaient été suivis par les deux hommes circulant à moto qui leur ont volé "divers objets", mais, avant de prendre la fuite, un d'eux a ouvert le feu, tuant un des jeunes Français, précise-t-il.

Une enquête pour "homicide volontaire" a été ouverte à Paris après ce meurtre, confiée à l’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP), avait indiqué le parquet de Paris sollicité par l'AFP le 3 août.

Soldats ivoiriens détenus à Bamako : la négociation privilégiée

Dans un discours samedi, le président Ouattara a assuré que "la Côte d'Ivoire n'abandonnera jamais" les soldats ivoiriens détenus au Mali.

La négociation reste privilégiée pour obtenir la libération de 49 soldats ivoiriens détenus depuis un mois à Bamako et accusés par les militaires au pouvoir au Mali d’être des "mercenaires", ce que nie Abidjan qui assure qu'ils étaient en mission pour l'ONU.

Cette affaire illustre les tensions entre le Mali et la Côte d’Ivoire, accusée par Bamako d’avoir incité ses partenaires ouest-africains à durcir les sanctions contre les militaires maliens auteurs de deux coups d’Etat depuis 2020, sanctions finalement levées début juillet.

Une médiation du Togo n'a pour l'instant pas abouti, mais les discussions se poursuivent en vue d'une libération la plus rapide possible des soldats prisonniers. Le 10 juillet, 49 soldats ivoiriens en tenue militaire, mais non armés, débarquent à Bamako d'un avion de la compagnie nationale Air Côte d'Ivoire, un autre appareil transportant leurs armes.

Militaires ivoiriens détenus au Mali: les autorités ivoiriennes rassurent les familles
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Ils sont aussitôt interpellés et interrogés sur les raisons de leur présence au Mali, n'ayant "ni ordre de mission, ni autorisation" pour y être, selon les autorités maliennes. Dès le lendemain, ils sont accusés d'être des "mercenaires" venus au Mali avec le "dessein funeste" de "briser la dynamique de la refondation et de la sécurisation du Mali, ainsi que du retour à l'ordre constitutionnel".

Le Conseil national de sécurité ivoirien (CNS), présidé par le chef de l'Etat Alassane Ouattara, exige aussitôt leur libération "sans délai", affirmant qu'ils ont été "injustement" arrêtés. Leur présence dans le cadre d'opérations de soutien logistique à la Mission de l'ONU au Mali (Minusma) est "bien connue des autorités maliennes", selon le CNS.

"Dysfonctionnements"

L'ONU confirme, mais reconnaît cependant des "dysfonctionnements", quant à la mission exacte des ces soldats qui font partie des Éléments nationaux de soutien (NSE), procédure de l'ONU permettant aux contingents des missions de maintien de la paix de faire appel à des prestataires extérieurs pour des appuis logistiques.

La Minusma "note que les éléments ivoiriens ont été déployés à Sénou (Bamako) pour assurer la sécurité à la base des NSE allemands dans cette même localité, au lieu de Tombouctou (nord) où est basé le contingent ivoirien de la Minusma" et admet que "certaines mesures n'ont pas été suivies".

Dans la foulée de l'arrestation des soldats ivoiriens, le Mali durcit le ton contre la Minusma, présente sur son territoire depuis 2013 pour l'aider à lutter contre les groupes jihadistes qui le déstabilisent par la violence.

Les rotations des contingents militaires et policiers de l'ONU sont supendues, son porte-parole, Olivier Salgado, expulsé, et ordre est donné aux "forces étrangères" de quitter une base de l'aéroport de Bamako. Dans le même temps, la junte malienne appelle à une médiation du Togo en vue de parvenir à "un dénouement heureux" – la libération des soldats ivoiriens – initiative acceptée par le gouvernement ivoirien.

De premières négociations ont eu lieu le 28 juillet à Lomé, sans résultat. Le Mali a exigé que la Côte d'Ivoire reconnaisse sa responsabilité et exprime "des regrets" pour le déploiement de soldats sur son territoire sans cadre légal, selon des sources diplomatiques proches des négociations.

Bamako demande également à Abidjan de lui livrer des personnalités maliennes présentes en Côte d'Ivoire et recherchées par la justice du Mali, selon ces sources. Autant de conditions rejetées par le gouvernement ivoirien.

"Pays frères"

Mais "nous poursuivons les discussions avec les deux pays frères, résolument tournés vers un règlement pacifique de l'affaire", selon une source togolaise proche du dossier.

Le président du Haut conseil islamique du Mali, Chérif Madani Haïdara, et l'archevêque de Bamako, Jean Zerbo, sont aussi intervenus auprès de la junte en vue d'un règlement à l'amiable, ainsi que l'influent chef religieux de Nioro (sud-ouest du Mali), Chérif Bouyé Haïdara, selon leurs entourages.

Preuve de la volonté apparente du Mali de privilégier pour le moment une solution négociée, la procédure judiciaire enclenchée à Bamako contre les soldats ivoiriens n'a à ce jour débouché sur aucune inculpation.

"La Côte d'Ivoire a privilégié le dialogue" pour obtenir la libération de ses soldats et "les discussions sont en cours", a confirmé le porte-parole du gouvernement ivoirien, Amadou Coulibaly. "Tout est mis en oeuvre pour que nos soldats rejoignent leurs familles", a-t-il affirmé, reconnaissant que "ce sera peut-être long".

Lors de sa dernière réunion jeudi, le CNS ivoirien a déploré que les autorités maliennes "continuent de détenir ces soldats, de façon arbitraire, en dépit de toutes les explications et preuves fournies par les autorités ivoiriennes, pour attester du caractère légal et régulier de leur mission". Il note cependant "qu’après plusieurs refus des autorités maliennes, le chargé d’affaires et l’attaché militaire de l’ambassade de Côte d’Ivoire au Mali ont finalement pu rencontrer les 49 soldats" qui "ont le moral au beau fixe".

Ce message rassurant a été transmis aux familles des soldats par le ministre ivoirien de la Défense Téné Birahima Ouattara, lors d'une rencontre le 3 août. Dans un discours samedi, le président Ouattara a assuré que "la Côte d'Ivoire ne les abandonnera jamais".

L'ancien ministre Tidjane Thiam reçu par Alassane Ouattara à Abidjan

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