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Burkina Faso : des fautes dans la gestion des services payés de la police


Simon Compaoré, ministre d'Etat chargé de la Sécurité intérieure, Ouagadougou, Burkina Faso, le 17 mai 2017. (VOA/Issa Napon)

Après enquête du ministère de la Sécurité intérieure, un rapport relève un certain nombre de fautes imputées à la hiérarchie policière dans la gestion des services payés offerts aux organisations privées.

Ce rapport vient confirmer les récriminations faites par les policiers depuis des mois sur les présumés détournements de fonds à leur dépens, des services payés, gérés par leurs responsables hiérarchiques.

Sur l’ensemble des treize régions du pays jusqu’à la direction générale de la Police, le rapport fait un état minutieux de la gestion par 166 services concentrés et déconcentrés de la police et dévoile 53% des dépenses injustifiées, des services exécutés sans contrats, des sommes détournées.

Selon le chef de la mission d’investigation, l’inspecteur général des services Seydou Zoetyenga, "les manquements d’une façon générale, vous savez, il y a une rubrique fonctionnement, c‘est elle qui pose problème parce que la rubrique n’a pas été encadrée donc ça fait que la porte est ouverte à tous. Maintenant les uns et les autres utilisent la rubrique comme une caisse de mini-dépenses, sinon les répartitions telles que faites actuellement 70% pour le personnel, 30% pour le fonctionnement ce n’est pas sur une base légale. Sinon c’est effectif qu’il y a des responsables qui ont perçu certaines sommes et pas des moindres, là aussi, il n’y a pas de texte clairs".

Diligentée sur l’ordre du ministre d’Etat en charge de la Sécurité, cette enquête permet à Simon Compaoré de remettre sur la table son leitmotiv de transparence : "Tout cela est parti d’un texte de 1979 qui au jour d’aujourd’hui est complètement dépassé, et qui a laissé beaucoup de failles. Et ces failles ont permis justement ce qu’il y a eu, ces avatars. J’ai voulu savoir la vérité et des mesures sont déjà prises. C’est que jusqu’à ce que le gouvernement opine sur un nouveau décret, il n’y aura plus de ponctionnement comme cela a pu être déjà vu. Si on a un contrat avec une banque qui doit régulièrement payer un million par mois, ce million-là rentrera dans la caisse de la structure et la structure va en faire une utilisation qui va profiter à l’ensemble des policiers, mais pas à des individus, fussent-ils responsables".

Ces résultats ont été bien accueillis par le syndicat des policiers, même si le secrétaire général de l’Union nationale de la Police (UNAPOL) s’inquiète de la suite qui va être réservée à ce rapport.

Selon le commissaire Senou Wakilou, "nous nous disons que les conséquences doivent en être tirées. Bien vrai, il y a des gens qui sont arrivés aux affaires il y a peut-être six mois, mais il y a des gens qui sont aux affaires depuis trois ans, cinq ans, peut-être depuis dix ans, qu’est-ce qu’on dit de ces gens ?".

Le ministre d’Etat en charge de la Sécurité intérieure dit avoir transmis le rapport à l’Autorité de Lutte contre la Corruption. Simon Compaoré a aussi pris des mesures conservatoires en attendant la prise d’un nouveau décret, notamment l’arrêt jusqu’à nouvel ordre des prélèvements par la hiérarchie policière sur les services payés et la convocation d’un groupe de réflexion pour poser les bases qui serviront au futur projet de décret.

Les services payés sont les contrats passés entre la police et des organisations privées comme les institutions bancaires ou minières qui sollicitent sous contrat les services de la police.

Issa Napon, correspondant à Ouagadougou

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