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Brésil: un homme dit avoir enterré les corps des deux disparus


Eduardo Alexandre Fontes lors d'une conférence de presse à Manaus, État d'Amazonas, Brésil le 15 juin 2022.
Eduardo Alexandre Fontes lors d'une conférence de presse à Manaus, État d'Amazonas, Brésil le 15 juin 2022.

Dix jours après la disparition du journaliste britannique Dom Phillips et de l'expert brésilien Bruno Pereira en Amazonie, les pires craintes se sont confirmées : un suspect a reconnu avoir enterré leurs corps et des "restes humains" ont été retrouvés sur les lieux des recherches.

"Nous avons obtenu les aveux du premier des deux suspects arrêtés (...) qui a raconté en détail comment le crime a été commis et nous a dit où les corps avaient été enterrés", a expliqué à la presse à Manaus (Nord du Brésil) le chef de la police fédérale de l'Etat d'Amazonas, Eduardo Alexandre Fontes.

Le policier a indiqué que le suspect, un pêcheur de 41 ans nommé Amarildo da Costa de Oliveira, avait reconnu avoir participé au "crime", mais sans préciser son rôle.

L'enquête se poursuit pour déterminer les circonstances et le mobile du crime, comme le rôle exact d'Oliveira. "Il y a eu une confrontation, au début (Oliveira) a affirmé que (les deux hommes avaient été tués) par arme à feu", a poursuivi M. Fontes sans plus de détails. Il n'a pas exclu de nouvelles arrestations.

Oliveira, surnommé "Pelado" et arrêté le 7 juin, a été amené mercredi par la police sur les lieux où il dit avoir enterré les corps pour leur montrer l'endroit précis.

Des témoins ont dit l'avoir vu passer à vive allure à bord d'un bateau allant dans la même direction que l'embarcation de Dom Phillips et Bruno Pereira, avant leur disparition.

Le deuxième suspect, Oseney da Costa de Oliveira, dit "Dos Santos", a été arrêté mardi, "soupçonné de participation à l'affaire", selon la police fédérale. Selon le site G1, ce serait le frère du premier suspect.

Même si "Dos Santos" nie avoir participé au crime, "nous avons des preuves à son encontre et des indices concernant une autre (troisième) personne sur lesquels nous investiguons", a dit M. Fontes.

"Des excavations ont été effectuées sur place, les fouilles vont continuer, mais des restes humains ont déjà été retrouvés", a ajouté M. Fontes. "Dès que nous aurons pu vérifier grâce à l'expertise qu'il s'agit bien de restes des corps de Dom Phillips et Bruno Pereira, ils seront restitués aux familles".

L'épouse brésilienne du journaliste, Alessandra Sampaio, a remercié dans un communiqué "toutes les équipes qui ont mené les recherches, notamment les indigènes bénévoles" dont l'absence lors de la conférence de presse a été critiquée par de nombreux observateurs.

"Même si nous attendons encore les confirmations définitives, ce dénouement tragique met fin à l'angoisse de ne pas savoir où de trouvaient Dom et Bruno. À présent, nous allons pouvoir les ramener à la maison et leur dire adieu avec amour", a-t-elle déclaré.

"Aujourd'hui, nous débutons aussi notre combat pour la justice", a-t-elle ajouté, afin d'obtenir "les mesures nécessaires pour que de telles tragédies ne se reproduisent pas".

Zone dangereuse

Le journaliste et l'expert avaient été vus pour la dernière fois le 5 juin, durant une expédition dans la région de la Vallée de Javari, proche de la frontière avec le Pérou et la Colombie et réputée très dangereuse car des trafics de drogue, pêche ou orpaillage illégal s'y multiplient.

La zone est devenue ces dernières années un axe stratégique pour les gangs de narcotrafiquants qui acheminent par voie fluviale de la cocaïne ou du cannabis produits dans les pays voisins.

Auteur de dizaines de reportages sur l'Amazonie, Dom Phillips, 57 ans, installé au Brésil depuis 15 ans, s'y était rendu à nouveau dans le cadre de recherches pour un livre sur la préservation de l'environnement.

Bruno Pereira, 41 ans, expert reconnu et défenseur des droits des peuples autochtones, a travaillé durant de nombreuses années à l'agence gouvernementale brésilienne pour les affaires indigènes (Funai).

Il a notamment dirigé l'antenne de la Funai à Atalaia do Norte (Nord-Ouest), où les deux hommes étaient censés rentrer en bateau quand ils ont disparu, et un programme de protection de groupes indigènes isolés.

L'Union des peuples indigènes de la Vallée de Javari (Univaja), dont les membres ont participé aux perquisitions, a qualifié le meurtre de "crime politique", rappelant avoir déjà alerté les autorités sur la présence de groupes illégaux de pêcheurs et chasseurs liés aux trafiquants de drogue et déplorant que des mesures n'aient "pas été prises assez rapidement".

"Quand les forces de l'ordre et la presse partiront, que va-t-il nous arriver? Allons-nous continuer à vivre sous la menace?", s'interroge l'Univaja.

"Mal vu"

Père de trois enfants, Bruno Pereira a relaté plusieurs fois avoir reçu des menaces de bûcherons, mineurs et pêcheurs illégaux qui tentaient d'empiéter sur les terres protégées.

La disparition des deux hommes a suscité une vive émotion dans le monde, avec des réactions de personnalités politiques de premier plan et de célébrités comme les membres du groupe de rock irlandais U2.

Le président d'extrême droite Jair Bolsonaro, favorable à l'exploitation minière et agricole de réserves indigènes en Amazonie, a été fortement critiqué pour avoir qualifié leur expédition d'"aventure peu recommandable".

Mercredi, il a affirmé que Dom Phillips était "mal vu" en Amazonie parce qu’il avait écrit "de nombreux reportages contre les orpailleurs, sur l'environnement", ajoutant: "dans cette région très isolée, beaucoup de gens ne l'aimaient pas".

"C'est très triste", a tweeté l'ex-président de gauche Lula da Silva (2003-2011), candidat à la présidentielle de 2022. "Des personnes mortes pour défendre les terres indigènes et l'environnement. Le Brésil ne peut pas être cela".

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