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Le président Morales en route pour un 4ème mandat controversé en Bolivie


Le président de la Bolivie, Evo Morales, prend la parole lors d'une cérémonie à Tiquipaya, Cochabamba, Bolivie, le 28 novembre 2017.

Evo Morales, berger de lamas devenu président de la Bolivie, ne semble pas prêt à lâcher le pouvoir: autorisé par la justice à briguer un quatrième mandat malgré un référendum défavorable, il pourrait gouverner le pays de manière "indéfinie".

Dans une décision jugée plus que douteuse par les experts, le Tribunal constitutionnel (TC) bolivien a donné mardi son feu vert à M. Morales pour contourner la Constitution, qui ne permet pourtant que deux mandats consécutifs.

Le droit à briguer librement une fonction est supérieur aux limites imposées par la Constitution, ont estimé les magistrats, en invoquant la Convention américaine des droits de l'homme.

Pourtant, Evo Morales, 58 ans, avait essuyé en février 2016 un échec lors d'un référendum visant à modifier la Constitution pour lui permettre de briguer un quatrième mandat (2020-2025). Son parti, le Mouvement vers le socialisme (MAS), cherchait depuis des "solutions juridiques alternatives" pour passer outre ce refus.

Mercredi, le chef de l'Etat s'est félicité de cette décision et a confirmé sa candidature.

Cet allié de Cuba et du Venezuela, très critique des Etats-Unis, a estimé lors d'une conférence de presse qu'un éventuel quatrième mandat "garantirait une continuité démocratique, mais aussi la stabilité et la dignité" de la Bolivie.

"La révolution démocratique et culturelle continue. Jusqu'à la victoire, toujours!" a-t-il ajouté sur Twitter.

Arrivé au pouvoir en 2006, il a été réélu en 2009, puis en 2014 pour un troisième mandat, grâce à une interprétation contestée de la Constitution. Le Tribunal constitutionnel avait alors estimé qu'il s'agissait de sa première réélection en vertu de la nouvelle Constitution approuvée en 2009.

La décision de mardi du TC "va permettre la réélection indéfinie" de Morales, a jugé l'analyste Carlos Cordero, interrogé par l'AFP. Cette décision "est la démonstration que les tribunaux boliviens sont soumis au pouvoir".

- 'Chemin épineux' -

Pour Jorge Lazarte, expert politique, il s'agit d'un événement doublement inédit dans le pays: "un coup dur à la Constitution et un coup dur contre la volonté populaire". Le panorama politique bolivien apparaît très incertain, selon lui, car "on peut percevoir une plus grande indignation populaire".

"Le chemin qui s'ouvre est très épineux. A quel point ? Tout va dépendre de la réaction des gens", a-t-il ajouté.

"Il s'agit d'un des attentats les plus importants contre l'Etat de droit, la Constitution et la démocratie", a fait valoir l'avocat constitutionnaliste Carlos Alarcon.

Le dirigeant de l'opposition Samuel Doria Medina (centre droit) a vertement réagi à la décision du TC en parlant d'un "coup dur à la démocratie".

D'anciens président boliviens de centre droit et de droite ont également haussé le ton mercredi. Le Tribunal "a détruit les garanties démocratiques. Il méconnait la souveraineté du peuple et transforme la Bolivie en pays soumis à l'arbitraire du président Morales", a déclaré Carlos Mesa (2003-2005), vu comme le principal rival du chef de l'Etat.

"Etre un tyran n'est pas et ne sera pas reconnu internationalement", a prévenu Jorge Quiroga (2001-2002).

Le texte invoqué par les magistrats pour justifier leur choix "ne prévoit pas le droit de se maintenir au pouvoir", a dénoncé le secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA).

Selon M. Morales, le "non" l'avait emporté de peu lors du référendum de 2016 en raison de "mensonges" divulgués peu avant le scrutin sur un fils supposé qu'il aurait eu avec son ex-compagne Gabriela Zapata, et dont la justice a finalement conclu à "l'inexistence".

Il s'agissait de la première défaite politique du plus ancien président en exercice d'Amérique latine, en place depuis 2006, au moment où la gauche y connaissait des revers: en Argentine, où le président libéral Mauricio Macri avait mis fin au règne des Kirchner, au Venezuela, où le gouvernement chaviste de Nicolas Maduro avait perdu la majorité parlementaire pour la première fois en 16 ans, ou encore au Brésil, où la présidente de gauche Dilma Rousseff avait été destituée.

Pendant ce temps, des manifestations d'étudiants appelant à la démission du président avaient lieu dans plusieurs villes de Bolivie.

Avec AFP

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