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Bissau: signature d'un accord de paix entre le Sénégal et des rebelles de Casamance

Le Mouvement des forces démocratiques de Casamance mène un conflit de basse intensité depuis 1982.

La signature d'un accord de paix entre l'Etat sénégalais et des rebelles de Casamance jeudi en Guinée-Bissau voisine est "un pas important" pour la fin du conflit qui dure depuis bientôt 40 ans dans cette région sud du Sénégal, a affirmé vendredi un médiateur.

Le Sénégal a signé jeudi à Bissau cet accord avec une faction militaire rebelle dirigée par César Atoute Badiate, qui s'est engagée à déposer les armes et à œuvrer pour le retour de la paix dans cette région théâtre d'une rébellion armée menée par le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC).

M. Badiate a signé l'accord, dont le contenu n'a pas été dévoilé, avec un émissaire du président sénégalais Macky Sall, à la suite d'une médiation du chef de l'Etat bissau-guinéen Umaro Sissoco Embalo, également président de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

La prison à perpétuité pour un chef rebelle de Casamance: "une escroquerie judiciaire"
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Le chef rebelle Badiate a été condamné par contumace en juin à Ziguinchor, principale ville de Casamance, à la prison à perpétuité pour assassinat et insurrection armée, en lien avec le massacre en janvier 2018 de 14 hommes dans cette région.

"C'est un pas important vers la paix définitive. Depuis près de quatre ans, le MFDC a déclaré déposer les armes mais ne l'avait jamais signé", a déclaré sur iradio (privée) l'ancien ministre Robert Sagna, chef du Groupe de réflexion pour la paix en Casamance (GRPC), médiateur dans la crise que connaît cette région.

"Toutes les factions" étaient présentes lors de cette déclaration en Casamance mais "ce procès-verbal n'avait jamais été signé. Il faut souhaiter que l'ensemble du MFDC puisse se joindre" à cet accord, a ajouté M. Sagna. Le MFDC est divisé en plusieurs branches politiques et militaires.

"Vous êtes entré dans le maquis quand j'avais 10 ans. Aujourd'hui, j'en ai 50. Je crois que ça suffit maintenant. (...) Combien de personnes sont mortes, mutilées ou ont quitté leur village ? Nous allons vous accompagner dans la recherche de la paix", a déclaré jeudi M. Embalo, en s'adressant à M. Atoute Badiate.

"Je salue l’accord de paix et de dépôt des armes signé ce 4 août à Bissau entre le Sénégal et le comité provisoire des ailes politiques et combattantes du MFDC. Je reste engagé pour la consolidation de la paix durable en Casamance", a tweeté le président Sall jeudi, remerciant aussi M. Embalo pour sa médiation.

La Casamance, séparée du nord du Sénégal par la Gambie, est le théâtre d'un vieux conflit depuis que des indépendantistes ont pris le maquis avec un armement rudimentaire après la répression d'une marche du MFDC en décembre 1982.

Après avoir fait des milliers de victimes et ravagé l'économie, le conflit a persisté à petit feu. L'armée sénégalaise mène depuis février des opérations contre des bases de la rébellion.

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Le président sénégalais parle d'amnistie et ébranle la scène politique

Le président sénégalais Macky Sall à la huitième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD) à Tunis, Tunisie, le 28 août 2022.

Avec l'éventualité du retour de Karim Wade et Khalifa Sall, l'hégémonie d'Ousmane Sonko sera "nécessairement remise en cause".

Le président sénégalais Macky Sall a demandé au ministère de la Justice d'examiner un plan d'amnistie qui pourrait permettre à deux de ses plus grands opposants condamnés pour corruption, de recouvrer leur droit de vote, et de se présenter éventuellement à l'élection présidentielle en 2024.

Lors d'une réunion du cabinet mercredi 28 septembre, le président sénégalais Macky Sall a chargé le ministre de la Justice "d'examiner, dès que possible, les possibilités et le schéma approprié d'amnistie pour les personnes qui ont perdu leur droit de vote", indique le procès-verbal de la réunion.

Son objectif est d'apaiser les tensions politiques qui se sont réchauffées ces derniers mois et abouti à des élections législatives tendues et à des échauffourées au parlement. Mais les analystes estiment que cette décision pourrait être un stratagème pour diviser l'opposition avant le scrutin de 2024.

"Le président Macky Sall doit briser cette unité qui est dangereuse pour lui. Trois (partis) concurrents seraient plus faciles à affronter qu'un seul bloc", a déclaré l'analyste politique Mame Less Camara.

"Avec l'éventualité du retour de Karim et Khalifa, l'hégémonie de Sonko et Pastef (le parti de Sonko) sera nécessairement remise en cause", estime Mamadou Sy Albert, un autre analyste politique.

Deux des personnalités les plus connues de l'opposition sénégalaise, l'ancien maire de Dakar Khalifa Sall, et Karim Wade, le fils de l'ancien président Abdoulaye Wade, ont été emprisonnés pour corruption en 2018 et 2015 respectivement.

Tous deux ont été libérés mais il leur a été interdit de se présenter aux élections de 2019, que Macky Sall a remportées. Par ailleurs, beaucoup soutiennent que les accusations portées contre eux étaient politiquement motivées.

Depuis lors, un autre leader de l'opposition, Ousmane Sonko, a pris de l'importance et a mobilisé de grandes manifestations contre le parti au pouvoir, qui a perdu sa majorité absolue au parlement au profit d'une coalition d'opposition en août.

"Simple opposant"

Emprisonné en 2017, il a recouvré la liberté en 2019 à la faveur d'une grâce présidentielle. Mais la Cour constitutionnelle a auparavant rejeté sa candidature à la présidentielle en invoquant sa condamnation.

Khalifa Sall et Karim Wade crient à l'instrumentalisation de la justice pour les écarter, ce que nient les autorités.

Ils restent engagés en politique avec l'opposition. Mais les contraintes ou les incertitudes attachées à leurs condamnations brident leur action.

Karim Wade vit au Qatar et encourt une arrestation s'il rentre sans payer son amende.

Pendant ce temps, Ousmane Sonko, 48 ans, occupe largement le terrain avec un discours à la fois souverainiste, panafricaniste et social, hostile aux élites et à l'influence française.

Lui-même est depuis 2021 sous le coup d'une inculpation pour viols présumés. Lui aussi dénonce un complot.

Remettre en selle Khalifa Sall et Karim Wade permettrait à Macky Sall "d'en finir avec le face-à-face qu'Ousmane Sonko voudrait imposer", écrit le Quotidien. "Aux côtés de Karim Wade et Khalifa, chacun maître d'un appareil politique bien rôdé et disposant de bases politiques fidèles, Ousmane Sonko redevient un simple opposant parmi d'autres".

Macky Sall, 60 ans, entretient le flou sur ses intentions en 2024, alors que les avis divergent sur sa légitimité à se représenter et que l'opposition promet une résistance farouche s'il franchit le pas.

Dans un climat social déjà tendu, le non à un troisième mandat a été l'un des cris de ralliement des émeutes meurtrières qui ont secoué en 2021 un pays réputé comme un îlot de stabilité dans une région troublée.

Les tensions affleurent toujours, les conditions sociales demeurent difficiles.

L'autorité de Macky Sall, par ailleurs président de l'Union africaine et interlocuteur écouté de la communauté internationale, est sortie érodée des élections locales et parlementaires de janvier et juillet. Les dissensions parcourent son camp au point qu'il paraît ne plus avoir la majorité parlementaire.

Le quotidien l'Observateur évoque une possible volonté "d'apaisement" dans un acte de mansuétude envers les deux proscrits. Mais, dit-il aussi, "faire revenir toutes ces personnalités veut dire que Macky Sall est plus proche du oui que du non" à un troisième mandat.

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