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Foule pour les funérailles d'un conseiller musulman d'Aung San Suu Kyi abattu


Ko Ni, Rangoun, le 13 janvier 2016.

Des centaines de personnes étaient rassemblées lundi à Rangoun au lendemain du meurtre de Ko Ni, célèbre avocat musulman birman, connu pour ses discours sur la tolérance religieuse, et conseiller juridique pour le parti d'Aung San Suu Kyi qui a évoqué un assassinat politique.

De retour d'un voyage officiel avec une délégation gouvernementale, Ko Ni âgé de 63 ans, a été abattu alors qu'il attendait une voiture à l'extérieur de l'aéroport de Rangoun, a expliqué à l'AFP Zaw Htay, porte-parole du président birman Htin Kway.

Lundi, devant la maison de Ko Ni dans la capitale économique du pays et au cimetière musulman, des centaines de personnes se sont massées pour un dernier hommage à l'une des rares personnalités à oser publiquement plaider contre l'intolérance religieuse, dans un pays où les tensions sont fortes.

Dans la foule, de nombreux musulmans - les femmes portant des hidjab de couleur blanche en signe de deuil - mais aussi quelques moines bouddhistes et des militants de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), le parti au pouvoir depuis des élections historiques en novembre 2015.

"Nous dénonçons avec force l'assassinat de Ko Ni qui représente un acte terroriste contre la politique de la NLD", a déclaré le parti dans un communiqué publié dimanche dans la nuit.

Le meurtrier présumé, qui a également tué un chauffeur de taxi qui tentait de l'arrêter, a été par la suite appréhendé par les forces de l'ordre.

"J'ai entendu un +bang+, je pensais que c'était un pneu. Je me suis retournée et là j'ai vu mon père à terre avec mon fils. J'ai hurlé", a raconté à une télévision locale Yin Nwe Khaing, la fille de Ko Ni, qui se trouvait avec son père à l'aéroport.

"Beaucoup de gens nous détestent parce que nous avons une religion différente", a-t-elle ensuite ajouté.

'Grande perte'

Peu de temps après le meurtre de Ko Ni, Yanghee Lee, l'envoyée spéciale pour les Nations unies en Birmanie, qui l'avait rencontré il y a deux semaines, a réagi sur Twitter: "c'est terrible. Aung San Suu Kyi doit faire la lumière sur cette mort".

La police n'a pour l'instant fourni aucune indication quant aux motifs du meurtre mais a indiqué que le suspect était sorti de prison en 2014 à la faveur d'une amnistie présidentielle après avoir passé 11 ans derrière les barreaux, notamment pour le vol de statues de Bouddha.

"C'est une grande perte pour le pays, pour les forces démocratiques et pour notre parti", a déclaré Tin Oo, chef de la NLD qui a rendu visite à la famille de Ko Ni dans la matinée.

L'avocat musulman était une voix plaidant pour davantage de pluralisme et de tolérance religieuse.

Depuis l'ouverture du pays en 2011, les violences contre la communauté musulmane, qui représente moins de 5% de la population, sont récurrentes en Birmanie. Ma Ba Tha, groupe de moines bouddhistes extrémistes qui se voit comme une vigie contre la menace d'une islamisation de la Birmanie, est notamment accusé d'attiser la haine antimusulmane dans le pays.

Ces derniers mois, les tensions sont vives dans le pays avec notamment des troubles dans l'Etat de Rakhine (ou d'Arakan, nord-ouest), où plus de 66.000 musulmans rohingyas ont fui une opération de l'armée birmane, accusée par les ONG d'exactions - viols collectifs, torture, meurtres.

Josef Benedict, d'Amnesty International, a dénoncé un "acte épouvantable". Ko Ni était un militant infatigable des droits de l'homme et sa mort marque la perte d'une voix importante", a-t-il ajouté.

Pour l'ONG International Crisis Group, ce meurtre "souligne l'urgence pour le gouvernement birman et la société birmane de s'unir pour condamner toutes les formes de discours haineux".

Avec AFP

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