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Berlusconi, l'éternel revenant ne veut toujours pas raccrocher


Silvio Berlusconi, Rome, Italie, le 9 juin 2016.

Silvio Berlusconi, éternel revenant de la politique italienne, n'entend toujours pas raccrocher, en dépit de ses frasques passées, de ses 81 ans révolus et d'une inéligibilité sur laquelle la Cour européenne des droits de l'Homme doit se pencher mercredi.

"Je serai sur le terrain, comme capitaine ou comme entraîneur", pour les élections législatives prévues au printemps, a assuré la semaine dernière l'ancien chef du gouvernement italien.

Inéligible en raison de sa condamnation pour fraude fiscale en 2013, qui lui avait fait perdre son mandat de sénateur, le magnat des médias a saisi la Cour européenne de Strasbourg, même si celle-ci ne se prononcera probablement pas à temps pour le scrutin.

Qu'importe, l'"immortel", comme l'a surnommé l'un de ses alliés en politique, Roberto Maroni, sera à la tête de ses troupes, fort de la victoire engrangée en Sicile au début du mois et des sondages favorables à la droite en Italie.

Et tant pis si le reste du monde peine à comprendre comment un tel retour est possible après tant de déconvenues, scandales et frasques en tout genre.

"Il y a une partie de l'électorat italien qui aime Berlusconi, et ils représentent 7 à 8% des voix", tentait d'expliquer récemment devant la presse étrangère le politologue Giovanni Orsinna.

Et puis "il y a l'électorat modéré, qui ne veut pas voter pour la Ligue du Nord (droite souverainiste), pour la gauche radicale ou pour le Mouvement cinq étoiles (M5S, populiste). Alors que reste-t-il ? Berlusconi ou Renzi", ajoutait-il.

Or l'ancien chef du gouvernement Matteo Renzi, contraint à la démission après son échec au référendum constitutionnel il y a un an, est toujours critiqué par une partie de son camp et peine à rassembler à gauche.

La tâche n'est pas simple non plus pour Silvio Berlusconi à droite, où la Ligue du Nord, son ancienne alliée sécessionniste, s'est muée en parti anti-euro et anti-immigrés sous la houlette d'un Matteo Salvini qui se verrait bien prendre la tête de la coalition.

- 'Le système et l'anti-système' -

Mais l'enjeu soude: alors que le Parti démocrate (PD, au pouvoir) de M. Renzi et le M5S ont longtemps fait jeu égal en tête, selon les derniers sondages, la droite rassemble désormais plus de 35% des intentions de vote, devant le M5S (27,5%) et le PD (24,5%).

Si elle reste unie, la droite est donc en mesure de l'emporter, mais pas nécessairement de gouverner, sauf à dépasser les 40%, ce que Silvio Berlusconi considère d'ores et déjà comme un objectif à sa portée.

Car tout sourit à celui que bien des commentateurs ont plusieurs fois donné pour mort en politique.

Non seulement la droite a le vent en poupe, et pas seulement en Italie, mais même la justice, son ennemi juré, lui a donné raison la semaine dernière face à son ex-femme Veronica Lario, qui voit sa pension alimentaire de 1,4 million d'euros par mois annulée et devra lui rendre les 60 millions déjà perçus.

Pourtant, il y a moins d'un an, Silvio Berlusconi semblait sur le déclin, avec une opération à coeur ouvert, la perte de son club de football, le Milan AC, vendu aux Chinois, ou encore les attaques du Français Vincent Bolloré contre Mediaset, son empire médiatique.

Mais le sphinx de la politique italienne était encore loin d'avoir dit son dernier mot.

"Il est encore là, comme toujours, à incarner le système et l'anti-système, la modération et l'extrémisme, et à tenir tout cela ensemble", écrivait il y a deux semaines Marco Damilano, directeur de l'hebdomadaire L'Espresso, après les élections en Sicile.

Rien ne semble devoir le briser, ni ses déboires devant la justice, ni ses fameuses soirées "bunga-bunga" en compagnie de très jeunes femmes, qui lui ont valu son divorce et plusieurs procès, dont un encore en cours pour subornation de témoin.

Les Italiens diront au printemps s'ils croient encore à la capacité de gouverner de celui qui avait été contraint en 2011, sous les huées, de lâcher les rênes d'une Italie alors en proie à une grave crise financière.

Avec AFP

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