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Tchad

Les élections législatives jouent l'Arlésienne

Idriss Deby Itno, président du Tchad, à N'Djamena, le 18 juin 2019. (VOA/André Kodmadjingar)

La Constitution imposait leur tenue en 2015 mais les Tchadiens attendent toujours leurs élections législatives. Quatre ans après, le président Idriss Déby Itno leur a promis, sous pression internationale, qu'ils iraient aux urnes avant la fin 2019. Mais rien n'est moins sûr. 

La dernière fois que les Tchadiens ont voté pour élire leurs députés remonte à 2011. Depuis, l'Assemblée nationale, largement dominée par la majorité présidentielle, est restée la même. Pour justifier les reports successifs du scrutin, M. Déby, au pouvoir depuis près de 30 ans après un coup d'Etat en 1990, a invoqué la menace terroriste de Boko Haram - le groupe djihadiste nigérian qui multiplie les attaques meurtrières dans l'ouest depuis 2015 - et des difficultés financières.

Mais depuis deux ans, les bailleurs de fonds occidentaux et soutiens du Tchad, un pays stratégique en Afrique dans la lutte contre la menace des islamistes armés au Sahel, font pression sur le chef de l'Etat, Washington et Paris en tête.

Début juillet, M. Déby l'avait assuré: les élections se tiendront, "au pire, en décembre". Mais, à moins de quatre mois de cette échéance, aucune date n'est fixée.

Mercredi, le ministre des Affaires étrangères, Chérif Mahamat Zene, a assuré, devant le corps diplomatique à N'Djamena, que le gouvernement mettait tout en oeuvre pour respecter ce délai et a appelé ses partenaires à un "appui conséquent et multiforme" pour l'organisation des élections.

- "Impossible" d'ici à décembre -

L'opposition, elle, n'y croit pas: "le recensement biométrique n'a pas commencé, les listes électorales n'ont pas encore été publiées", affirme Mahamat Ahmat Alabo, secrétaire général du Parti pour les libertés et le développement (PLD), dans l'opposition. "Objectivement, il est impossible d'organiser des élections en 2019".

"Le dernier recensement électoral remonte à 2015, les listes vont-elles être actualisées ?", s'interroge la chercheuse française spécialiste du Tchad, Marielle Debos. "Combien cela coûtera-t-il ? Comment le Tchad va-t-il financer les élections ? Il y a encore beaucoup de flou".

La société civile s'inquiète aussi, au moment où M. Déby a décrété fin août un état d'urgence dans l'Est, théâtre d'affrontements meurtriers entre cultivateurs et éleveurs, et dans le nord, repaire de groupes rebelles et d'orpailleurs illégaux.

"L'Etat sait qu'organiser des élections dans le contexte actuel, où l'état d'urgence dans certaines provinces impose une restriction des libertés publiques, est pratiquement impossible", estime le défenseur tchadien des droits de l'homme Jean-Bosco Manga. "Voter, c'est s'exprimer librement et pour cela, il faut que l'environnement et le contexte s'y prêtent", ajoute le fondateur du Mouvement citoyen pour la préservation des libertés (MCPL).

"La crainte légitime de l'interdiction des réunions publiques sera traitée avec toute l'attention requise" par le gouvernement, a déclaré mercredi le ministre Mahamat Zene, promettant "des conditions optimales de sécurité et de transparence pour (...) que les candidats puissent battre campagne en toute liberté et en toute sécurité".

- Un possible contre-pouvoir ?

Selon certains observateurs, les réticences du pouvoir à organiser jusqu'ici ces élections, ne s'expliquent pas par la peur de les perdre - le Mouvement Patriotique du Salut (MPS), le parti au pouvoir, dispose d'un ancrage territorial très fort dans tout le pays et l'opposition reste profondément divisée.

En outre, "l'Assemblée nationale n'a jamais été un vrai contre-pouvoir au Tchad", relève Mme Debos. "Et depuis l'adoption d'une IVe République en 2018, qui a renforcé les pouvoirs du président, elle dispose d'un poids encore moins important", ajoute-t-elle

Pour Thibaud Lesueur, chercheur au centre d'analyse géopolitique International Crisis Group (ICG), "la question n'est pas tant de savoir quels peuvent être les résultats de ces élections mais plutôt si tous les partis seront en mesure de faire campagne, si les rassemblements seront autorisés et si cette séquence politique va entraîner une mobilisation de la société civile tchadienne plus largement".

D'autant plus que le scrutin ne semble pas passionner.

Dans les petits restaurants de N'Djamena, les clients préfèrent pester contre la vie chère, le manque de routes, d'hôpitaux ou d'écoles dans ce pays classé parmi les plus pauvres du monde.

"Les députés ne font rien pour aider les populations à réduire leur souffrance", s'énerve Abdelkerim Harba Ousma, 69 ans. Les élections ? "Elles n'ont pas la valeur des chaussures que je porte", rétorque cet homme pointant du doigt ses simples claquettes.

Avec AFP

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Le G5 Sahel cherche une "nouvelle stratégie" après le retrait du Mali

"La situation sécuritaire demeure préoccupante notamment dans la zone des 'trois frontières'", aux confins du Burkina, du Mali et du Niger, souligne le communiqué du G5 Sahel.

Les ministres de la Défense et les chefs d'état-major des pays du G5 Sahel ont tenu jeudi une réunion extraordinaire à Niamey pour réfléchir à une "nouvelle stratégie" pour cette force antijihadiste après le retrait du Mali en mai, a appris vendredi l'AFP.

Cette réunion d'une journée visait à "échanger sur la nouvelle configuration" de la Force conjointe après "le retrait du Mali" et le "départ de Barkhane" de ce pays, selon le communiqué final. "Cette situation nous impose d'adopter de nouvelles stratégies pour lutter efficacement contre les groupes armés terroristes dans l'espace commun", indique le texte.

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Aucun détail n'a été donné sur cette nouvelle stratégie. Le G5 Sahel est une force militaire conjointe qui regroupait jusqu'au mois de mai le Niger, le Burkina, la Mauritanie, le Tchad et le Mali.

Largement financée par l'Union européenne, cette force représentait aux yeux des partenaires internationaux du Sahel une porte de sortie dans une région en proie aux violences jihadistes. Mais en cinq ans, les opérations conjointes sont restées peu nombreuses et la situation sécuritaire au Sahel n'a cessé de se dégrader.

En dépit des "efforts" des Etats avec "l'appui" des partenaires "la situation sécuritaire demeure préoccupante notamment dans la zone des 'trois frontières'", aux confins du Burkina, du Mali et du Niger, souligne le communiqué.

"La formule actuelle (...) ne peut plus répondre à nos préoccupations opérationnelles", a observé en ouverture de la réunion, le général Gninguengar Mandjita, chef d'état-major des Armées du Tchad, pays qui assure la présidence du G5 Sahel.

Alkassoum Indatou, ministre nigérien de la Défense, juge quant à lui qu'"au delà des difficultés financières", le G5 Sahel souffre désormais d'un "problème de cohésion et d'unité d'action (...) mise à mal depuis le retrait du Mali".

Mi-mai, les autorités de transition au Mali, empêchées d'en assurer la présidence, ont décidé de se retirer du G5 Sahel et de sa force conjointe, invoquant une "perte d'autonomie" et "une instrumentalisation" au sein de l'organisation. En juillet, Mahamat Idriss Déby du Tchad et Mohamed Bazoum du Niger avaient martelé vouloir garder le G5 en vie, malgré le départ du Mali.

La junte au pouvoir depuis 2020 au Mali a récemment poussé vers la sortie la France qui a déployé via son opération Barkhane pendant des années des milliers de militaires dans le pays, dont une partie s'est repliée au Niger voisin.

Le bilan des combats entre éleveurs et cultivateurs tchadiens monte à 19 morts

Abakar Mahamat Tahir, un éleveur nomade du camp de Toukra, compte ses chameaux au Tchad, le 10 juin 2022.

Dix-neuf personnes ont été tuées mi-septembre en deux jours d'affrontements entre éleveurs et cultivateurs dans le sud du Tchad, pays régulièrement en proie à des conflits meurtriers entre ces communautés nomades et sédentaires, selon un nouveau bilan du parquet local communiqué mardi.

Ces violences entre communautés sont récurrentes dans le centre et le sud du Tchad, où nombre d'habitants sont armés. Elles opposent généralement des éleveurs nomades arabes aux cultivateurs autochtones sédentaires, qui accusent les premiers de saccager leurs champs en faisant paître leurs animaux.

Une altercation entre deux membres de ces groupes dans la localité de Marabe, petit village à 500 km au sud-est de la capitale N'Djamena, a dégénéré en deux jours de combats qui ont débordé dans deux localités voisines, les 13 et 14 septembre, et un premier bilan de 10 morts avait été dressé.

"Dix-neuf personnes ont été tuées, 22 blessées et 18 arrêtées", a déclaré par téléphone à l'AFP Lamane Nguessangar, procureur général à la cour d’appel de Sahr, chef-lieu de la province du Moyen-Chari.

Le calme était revenu au bout de deux jours grâce à l'intervention des forces de l'ordre, avaient alors affirmé les autorités locales.

Les nomades viennent généralement des zones arides sahéliennes du nord du Tchad et cherchent à se sédentariser sur des terres plus fertiles propices à l'élevage de leurs dromadaires et moutons notamment.

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