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Une vie de misère au rythme des combats au Soudan du Sud

Des familles, récemment déplacées par le conflit au Soudan du Sud, le 19 janvier 2018.

Nyakol avait 15 ans et était en parfaite santé lorsque les soldats fidèles au gouvernement sud-soudanais ont attaqué pour la première fois sa ville natale, Leer, l'obligeant à fuir vers les marécages omniprésents dans cette région du nord du pays.

En prenant par les armes ce bastion rebelle, les soldats ont également tué, kidnappé et violé: c'était en 2015, et Nyakol pouvait s'estimer heureuse d'être en vie. Mais la jeune fille a contracté un paludisme cérébral lorsqu'elle se cachait dans les marais.

La maladie a été soignée trop tard et son cerveau a été endommagé au point qu'elle ne peut désormais plus se déplacer, manger ou communiquer sans aide. C'est uniquement grâce à sa mère, Nyaduol, qu'elle a survécu aux multiples fuites qui ont rythmé sa vie ces trois dernières années.

En février, c'est au village de Touch Riak, en territoire rebelle, à une quinzaine de kilomètres de Leer, qu'elles ont trouvé refuge, épuisées et affamées, après avoir fui une énième fois les combats.

Entre la faim et la maladie, Nyakol souffre de malnutrition sévère. Le moindre os de cette jeune femme de 18 ans est désormais visible sous la peau flasque de son corps famélique et son poids est celui d'un enfant de deux ans.

Epicentre

Depuis son déclenchement en décembre 2013, la guerre civile qui ravage le Soudan du Sud oppose principalement les forces fidèles au président Salva Kiir à celles du rebelle et ancien vice-président Riek Machar.

Mais ce sont les civils qui ont payé le plus lourd tribut, avec plus de 4 millions de déplacés et de multiples atrocités à caractère ethnique - viols, meurtres, tortures - commises par les différents groupes armés, et une crise humanitaire catastrophique.

La région de Leer a été l'épicentre de cette crise humanitaire. Ancien fief de M. Machar et de son ethnie Nuer, la ville est aux mains des forces gouvernementales. La majeure partie de sa population a fui dans des villages des marais alentour.

"Touch Riak est toujours sous le contrôle de l'opposition et le village devient une île pendant la saison des pluies, c'est pour cela que nous nous sentons en sécurité ici", explique Nyaduol, assise aux côtés de sa fille étendue sur une natte poussiéreuse, sous une toile tendue faisant office de clinique.

Déplacements difficiles

La région est par ailleurs abandonnée depuis 2015 par les organisations humanitaires étrangères à la suite de plusieurs attaques et pillages menés sur leurs installations et contre leurs travailleurs. Seules deux ONG sud-soudanaises y sont encore présentes, alors que le Programme alimentaire mondial (PAM) jette des sacs de nourriture depuis les airs.

"La situation est tendue et il est difficile de se déplacer", regrette Gatkan David Jal, travaillant pour une de ces deux ONG. Il évoque notamment les barrages routiers dressés par les soldats, qui dépouillent régulièrement ceux qui souhaitent passer.

Pour les éviter, M. Jal choisit souvent de se déplacer en hélicoptère, une solution très onéreuse.

Une importante aide humanitaire avait été dépêchée à Leer après que la famine avait été déclarée dans la région en 2017. Ces contributions avaient permis de déclarer la fin de la famine quatre mois plus tard. Mais la faim reste bien présente.

"Il faut transporter la nourriture aux endroits où se trouvent la faim et les gens qui sont affamés, et ce avant qu'ils ne soient isolés en raison de la saison des pluies", qui doit commencer dans quelques semaines et rendra les pistes impraticables, remarque Adnan Khan, du PAM. "La situation va devenir vraiment sinistre".

Fin de la fuite

Sur le sol de la clinique improvisée de Touch Riak, Makuil Puok, 25 ans, se tord de douleur. "J'ai essayé de traverser la ligne de front pour venir à Touch Riak, mais un soldat m'a tiré dessus", raconte-t-il. Sa blessure à la fesse a été nettoyée par le personnel de la clinique, qui n'est toutefois pas parvenu à retirer la balle.

Sa volonté est toutefois intacte. Si les combats atteignent Touch Riak, il fuira en canoë à travers les marais, assure-t-il.

Pour Nyakol et sa mère, plus question de fuir. "Ma fille a failli mourir quand nous sommes venus à Touch Riak, elle est très faible". "J'espère que nous serons plus en sécurité quand nous serons isolés par l'eau", dit-elle.

En attendant, Nyaduol tente par tous les moyens de stocker de la nourriture, soit en fourrageant dans les marais, soit en conservant le peu d'aide humanitaire qui arrive au village. Car l'isolement implique aussi un manque de nourriture, et une mort lente.

"Avant que la saison des pluies ne débute, nous devons nous assurer que nous avons assez de nourriture pour survivre".

Avec AFP

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En Libye, les combats c'est aussi sur les réseaux sociaux

Des combattants islamistes de la Brigade Misarata tirent en direction de l'aéroport de Tripoli dans une tentative d'arracher le contrôle d'une puissante milice rivale à Tripoli , Libye, 26 juillet 2014.

Si les combats font rage au sud de la capitale depuis le début de l'offensive des troupes du maréchal Khalifa Haftar contre Tripoli, le conflit s'embrase aussi sur les réseaux sociaux.

Pour la population, Facebook est le premier moyen d'accès à l'information, sans toutefois aucune garantie d'être bien informé.

Et les deux camps rivaux l'ont bien compris. Le réseau social est une arme redoutable dans le camp de l'Armée nationale libyenne (ANL) autoproclamée du maréchal Haftar comme dans celui des forces du Gouvernement d'union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale et basé à Tripoli.

D'ailleurs sur la ligne de front, on tient parfois son arme d'une main et on filme avec son téléphone de l'autre.

La semaine dernière, le colonel Mohamad Gnounou, porte-parole des forces pro-GNA, a ainsi accusé les pro-Haftar de "s'infiltrer dans certains endroits, prendre des photos puis se retirer", et annoncer ensuite avoir pris le contrôle d'un site militaire ou d'un quartier.

Tous les coups sont permis pour discréditer "l'ennemi" ou porter un coup à son moral.

Cette semaine, un Américain, pilote de chasse présumé, a dû publier une vidéo dans laquelle il tenait un journal américain avec la date du jour pour démentir qu'il était en Libye où il est devenu une célébrité malgré lui.

Une photo de lui dans un avion de chasse libyen a été relayée durant plusieurs jours par les pro-Haftar, accusant les forces du GNA de recourir à "des mercenaires pour bombarder les Libyens".

Le porte-parole de l'ANL, Ahmad al-Mesmari, a même fait afficher cette photo piochée sur les réseaux sociaux, à plusieurs reprises, lors de ses conférences de presse quotidiennes.

"Il est vrai qu'on a une vague énorme de désinformation propagée via les réseaux sociaux, mais c'est aussi parce que chaque partie a investi considérablement pour amener les médias à adopter un récit qui lui soit favorable", estime l'analyste libyen Emad Badi.

Et cela rend quasi impossible de démêler le vrai du faux.

Certains responsables ont fini par se lasser de la vague d'intox.

"Si je devais corriger chaque jour les informations qui concernent seulement l'ONU, j'y passerai tout mon temps", a déploré jeudi l'émissaire de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé, dans une interview à l'AFP.

Versions

La semaine dernière, trois vidéos filmées en même temps, au même endroit sur la ligne de front, ont circulé sur les réseaux sociaux... Mais avec trois versions radicalement différentes.

Sur la première, une scène invraisemblable: des combattants des deux camps arrêtent soudainement de s'affronter et se prennent dans les bras aux cris de "Libye unie".

Dans les deux autres, chaque camp qui filme de son côté affirme que ses rivaux déposent les armes et se rendent.

Les armes ont fini par avoir raison des bonnes intentions. La scène de communion n'a duré que quelques minutes. Les circonstances restent un mystère.

Mais "quelle que soit la version réelle des faits, une Libye unie a triomphé du moins durant quelques instants", commente un internaute.

Mercredi, après la chute de roquettes sur des quartiers résidentiels dans le sud de la capitale, faisant six morts, les deux camps se sont rejeté la responsabilité.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes ont endossé le rôle d'experts militaires, cartes et spécificités des armes à l'appui, pour tenter de prouver que le camp rival était derrière les bombardements.

"Trajet sûr"

Certains vont plus loin, en diffusant des messages de haine ou d'incitation à la violence, encouragés par l'impunité qui prévaut dans ce pays plongé dans le chaos depuis 2011.

"L'anonymat sur les réseaux sociaux encourage certaines personnes à nourrir un discours agressif et haineux, voire l'incitation au crime", déplore Mayss Abdel-Fattah, 26 ans, étudiante en sociologie à l'université de Zawiya (ouest).

"Ces +mauvais+ usagers ont le sentiment que personne ne viendra leur demander des comptes, ce qui est très souvent le cas", ajoute-t-elle.

Des photos de combattants blessés, tués ou emprisonnés, ou des véhicules calcinés ou saisis, sont automatiquement publiées sur Facebook par un camp ou un autre, pour tenter de prouver sa supériorité.

Comme les internautes, chacune des télévisions libyennes a choisi son camp, rendant difficile de disposer d'une information fiable.

Elles relayent parfois sans gêne des vidéos ou photos sans la moindre vérification, juste parce qu'elles servent leurs causes.

"Cela ne sert à rien d'allumer la télévision. Les chaînes libyennes sont soit en retard ou alors tellement partiales que ça devient comique si l'on n'est pas du même camp", estime Karim, les yeux rivés sur son téléphone, à la terrasse d'un café en bord de mer à Tripoli.

Malgré l'intox qui inonde les réseaux sociaux, certains ont réussi à en faire bon usage au profit de la population.

Un groupe de jeunes libyens a ainsi créé en 2016 le groupe "SafePath" (Trajet sûr), qui compte aujourd'hui 162.000 membres sur Facebook.

Il permet aux internautes en temps de guerre d'avoir une idée sur les routes à éviter ou celles qui sont fermées à la circulation en raison des combats.

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