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Au Soudan, des manifestants hantés par la répression meurtrière du sit-in

Des patients dans l'hôpital de Omdurman, au Soudan, le 10 juin 2019.

"Tout le monde a commencé à courir pour sauver sa vie", se souvient Akram. C'est aux premières lueurs de l'aube que des hommes armés à bord de camionnettes ont attaqué le sit-in de Khartoum, ouvrant le feu et matraquant les manifestants soudanais.

En ce matin du 3 juin, des dizaines de personnes ont été tuées et des centaines blessées dans la dispersion du sit-in organisé depuis des semaines devant le QG de l'armée, selon des médecins proches de la contestation et des témoins.

Les manifestants entendaient maintenir la pression sur les militaires et les pousser à céder le pouvoir aux civils, après la destitution par l'armée du président Omar el-Béchir le 11 avril, sous la pression du mouvement de contestation déclenché en décembre.

Certains assaillants portaient des uniformes de police, d'autres les tenues des paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF), raconte Akram qui rapporte des scènes d'horreur et se présente avec son prénom seulement, par crainte de représailles.

"C'était très brutal. Ils nous ont d'abord attaqué avec des matraques et des bâtons", lâche dans un souffle le jeune homme de 25 ans, entouré par des amis.

Difficile d'estimer leur nombre, mais les assaillants ont envahi les lieux de plusieurs côtés, poursuit Akram.

"Les manifestants ont pu repousser ces forces, avant qu'elles n'envahissent les lieux en grand nombre. Vêtues de l'uniforme des RSF, elles ont commencé à tirer sur les manifestants postés sur les barricades" qu'ils avaient érigées, poursuit Akram, vêtu du même tee-shirt bleu qu'il portait ce jour-là.

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"Battues et traînées"

Il montre à une journaliste de l'AFP des vidéos filmées avec son portable. On y voit des hommes et des femmes courant dans tous les sens, couverts de sang, et on entend le crépitement des armes.

Les manifestants ont tenté de résister, en lançant des pierres sur les assaillants. "Du sang pour du sang, nous n'accepterons pas de compensations", scandaient-ils, poursuit Akram.

"Du sang giclait des jambes, des estomacs, des bras" des victimes, transférées à la hâte vers les hôpitaux de campagne établis sur les lieux du sit-in, ajoute-t-il encore sous le choc.

"J'ai vu deux médecins femmes, battues et traînées, leur voile a été arraché", poursuit le jeune homme. Autour de lui, ses camarades quittent la pièce, le témoignage est trop douloureux.

Pour Akram, sa survie relève du miracle: "A quatre reprises, quelqu'un se trouvant juste derrière moi a été touché par balle".

Ceux qui filmaient avec leur téléphone ont été pris pour cible en premier, dit-il.

Au moins 128 personnes ont été tuées dans la dispersion et la répression qui s'est poursuivie les jours suivants, selon les médecins.

Les autorités ont elles évoqué un bilan bien moins élevé: 61 morts.

"En fuyant le secteur, j'étais épuisé, frustré. Notre sit-in était fini", raconte Akram.

"Tués et torturés"

Le Conseil militaire de transition, qui dirige le pays, a regretté des "erreurs qui se sont produites" lors de la dispersion.

Mais il a assuré ne pas l'avoir ordonnée et que l'objectif de l'opération était tout autre: chasser des éléments "criminels" dans un secteur appelé Colombia, où se pratiquaient apparemment des trafics de drogue, près du sit-in.

"Nous travaillons dur pour envoyer à la pendaison ceux qui ont fait ça", a lancé dimanche le numéro deux du Conseil militaire, le général Mohammed Hamdan Daglo, dit "Hemeidti".

Le redouté général est à la tête des RSF, accusées par les chefs de la contestation et des ONG d'être à l'origine de la dispersion.

D'après le porte-parole de la commission d'enquête mise en place par les militaires, les résultats préliminaires indiquent que "des officiers et des soldats sont entrés sur les lieux du sit-in, sans l'ordre de leurs supérieurs".

Ils ne faisaient pas partie des forces qui devaient mener l'opération de Colombia, a-t-il assuré.

Comme Akram, Moustafa a lui aussi pu fuir le sit-in sain et sauf, échappant aux hommes armés de bâtons qui le pourchassaient. Lui aussi est hanté par ce qu'il a vu.

Pas de confiance

Une épaisse fumée flottait sur le campement, alors que les assaillants saccageaient les tentes et les incendiaient, raconte le jeune homme de 25 ans.

"Partout des gens étaient tués et torturés", lâche-t-il. Sept de ses amis ont été blessés, notamment par des tirs. "Ca aurait été suicidaire d'essayer de revenir au sit-in".

Les contestataires ne cachent pas leur colère face aux militaires au pouvoir.

"On ne peut pas faire confiance au conseil militaire", souligne Mossaab, un autre manifestant de 27 ans. Un de ses amis a été tué lors de la dispersion.

L'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, a appelé lundi à de nouvelles manifestations nocturnes.

Après la destitution de M. Béchir, "on pensait que l'heure des sacrifices était passée", dit amèrement Moustafa. "Mais il y a encore à faire. Et on est prêt".

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Un chef coutumier et 4 civils tués dans deux attaques à Beni

Soldats des FARDC à Paida, près de Beni, dans la province du Nord-Kivu en RDC, le 7 décembre 2018.

Un chef traditionnel et quatre civils ont été tués dans la nuit de samedi à dimanche dans deux attaques dans le territoire de Beni, théâtre de violences permanentes dans l'est de la République démocratique du Congo, a-t-on appris des sources militaire et administrative.

"Nous avons repoussé la nuit une attaque des ADF (Allied Democratic Forces, rebelles musulmans ougandais) à Magboko près d'Oicha. Les combats se sont poursuivis jusqu'à la fuite de l'ennemi que nous poursuivons. Malheureusement, deux civils ont été exécutés", a déclaré à l'AFP le major Mak Hazukay, porte-parole de l'armée dans le Nord-Kivu (est).

A Eringeti, situé à 30 km de cette première localité attaquée et à 60 km au nord de la ville de Beni, un chef coutumier a été tué avec deux autres civils dont une femme", a indiqué Donat Kibwana, administrateur du territoire de Beni.

"Si à Magboko, l'incursion des ADF ayant fait deux morts a débuté vers 23 heures, pour le cas d'Eringeti, les enquêtes sont en cours pour identifier les auteurs de cet acte", a précis M. Kibwana.

"Les victimes de Magboko ont été tuées à la machette alors que celles d'Eringeti ont été tuées par balles tirées par des éléments en uniformes non encore identifiés", a souligné Teddy Kataliko, l'un des responsables de la société civile du territoire de Beni.

"C'est inconcevable qu'un chef du village soit abattu dans un milieu où l'armée est déployée", a-t-il ajouté.

Miliciens musulmans ougandais présents dans l'est de la RDC depuis 1995, les ADF sont accusés par le gouvernement congolais et la mission de l'ONU, la Monusco, d'être responsables des massacres des civils dans la région de Beni, ayant fait plus de mille morts depuis octobre 2014.

Cette appréciation est remise en cause par un rapport du Groupe d'étude sur le Congo (GEC) de l'Université de New York, selon lequel les ADF portent effectivement une part très importante de responsabilité dans ces tueries, mais au côté d'autres éléments armés, parmi lesquels des soldats de l'armée régulière.

Le village de Mukoko déserté à Beni après les massacres (vidéo)
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Dans l'est congolais, plusieurs dizaines de groupes armés locaux et étrangers sont actifs depuis plus de deux décennies.

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