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RDC

Au Nord-Kivu, l'introuvable "pax Tshisekedi", un an après son investiture

Le 24 janvier 2019, le président sortant de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, serre la main du président nouvellement élu, Felix Tshisekedi, après l'avoir assermenté à Kinshasa.

"Nous voulons la paix". C'est ce qu'assure l'un des groupes armés les plus actifs dans l'Est de la République démocratique du Congo. Sur le terrain, les combats déplacent des milliers de civils exposés à la faim et aux maladies (choléra, rougeole, paludisme).

Investi il y a un an jour pour jour, le nouveau chef de l'État Félix Tshisekedi a lancé des appels au désarmement des groupes armés congolais, et déclaré qu'il était "prêt à mourir" pour la paix dans les deux provinces du Kivu, en crise depuis 25 ans.

"Nous sommes prêts à accepter l'appel du chef de l'État. Nous n'avons pas beaucoup de conditions", affirme à l'AFP un porte-parole du groupe Nduma Défense du Congo-Rénové (NDC-R), qui a transmis son offre de dialogue à l'État congolais mi-janvier avec cinq groupes alliés.

Un an après l'investiture de Félix Tshisekedi
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Cette faction congolaise revendique 5.000 hommes. Elle affirme contrôler plusieurs villages et territoires dans la province du Nord-Kivu depuis fin 2019, ce que confirment des experts des Nations unies dans un rapport publié en décembre.

Son ennemi: les rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), dont le chef a été tué en septembre, officiellement par l'armée congolaise.

Le NDC-R se bat aussi contre d'autres groupes armés prétendant défendre les communautés locales (Nyatura, pour les Hutus congolais; APCL-S, pour la communauté Hunde; CMC/FDP).

"La première des conditions (pour la paix) est de se mettre autour d'une table (avec l'État congolais) pour qu'ensemble nous puissions connaître le sort qui sera réservé aux groupes armés étrangers qui nous exterminent à l'Est", déclare le porte-parole du NDC-R, Désiré Ngabo.

Un an après la "transition", une coalition sous tension
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"La faim va nous tuer"

Son leader, Guidon Shimiray Mwissa, est sous le coup d'un mandat d'arrêt de la justice congolaise et de sanctions onusiennes. Les Nations unies l'accusent d'avoir recruté des enfants soldats et de prélever une sorte d'impôt révolutionnaire.

"Un non-événement", d'après le porte-parole de ce qui se veut un "groupe d'auto-défense": "Il faut se rendre sur le terrain pour comprendre que Guidon, c'est un Moïse qui a sauvé sa population".

Sur le terrain mi-janvier, à l'ouest de Goma dans le territoire montagneux de Masisi, l'AFP a surtout rencontré des civils traumatisés par les violences, affamés, entassés dans un camp insalubre, comme "Maman" Gentille, 26 ans: "J'ai fui mon village suite aux affrontements entre NDC-R et Nyatura".

"On ne pouvait plus aller aux champs. Beaucoup de personnes sont mortes parce que les affrontements ont éclaté au milieu du village, très tôt le matin", ajoute cette mère de famille de cinq enfants, qui végète dans un camp parmi 8.000 déplacés.

Une épidémie de rougeole et choléra a frappé les déplacés. Plusieurs unités de traitement anti-choléra ont été ouvertes par l'ONG Médecins sans frontière (MSF), qui parle de 520 cas et deux décès. Le paludisme menace aussi.

"Mes trois enfants ont attrapé le choléra. L'un est décédé", poursuit "Maman" Gentille, une Congolaise hutu rwandophone. "Ici dans le camp, on n'a pas assez de sanitaires. Plus de 180 personnes utilisent le même WC. Vu que c'est tout le temps occupé, les enfants défèquent dehors et tout autour".

"C'est la faim qui va nous tuer. Que les bienfaiteurs nous amènent de la nourriture et de l'eau potable", conclut la mère de famille dans ce camp au milieu des montagnes verdoyantes et intensément cultivées du Nord-Kivu.

"Transfert d'armes"

Au total 685.000 déplacés survivent dans ces territoires montagneux, estime MSF. Une estimation sans doute très large, pour la bonne cause: attirer l'attention des médias et des bailleurs sur ces "crises humanitaires oubliées" de la RDC.

Une chose est sûre: loin d'une quelconque "pax Tshisekedi", la fin de l'année 2019 a été éprouvante dans cette région de Masisi tout comme plus au nord à Beni, doublement victime d'Ebola et des tueries de 260 civils en novembre-décembre.

"De violents combats ont éclaté entre le Nduma Défense du Congo-Rénové (NDC-R) et une coalition de groupes armés étrangers et congolais", a noté en décembre un groupe d'experts des Nations unies. Les combats continuent, d'après plusieurs sources humanitaires et sécuritaires. Le NDC-R a profité "du transfert d'armes et de munitions opéré par des membres de l'armée congolaise", ont ajouté ces experts.

"Nous avons reçu mission de traquer tous les groupes armés étrangers ou locaux, sans distinction aucune", réplique le porte-parole de l'armée régulière dans la région, le major Guillaume Djike.

"Les NDC-R n'est pas épargné. S'il ne dépose pas les armes, il sera également frappé", a-t-il ajouté. "Il n'est question de laisser le NDC-R gagner du terrain". En attendant, son chef court toujours malgré le mandat d'arrêt à son encontre, s'étonnent les experts de l'ONU.

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"La malnutrition est un fléau qui bat son plein au Kasaï"

L'hôpital Tudikolela dans la communauté de Lipemba, à la périphérie de Mbuji-mayi, région du Kasaï, en République démocratique du Congo (RDC), le 1er mai 2021.

A deux ans à peine, leur visage est déjà flétri, leurs yeux exorbités sur un front parsemé de rides. "Comment puis-je les nourrir à leur faim ?", s’inquiète une mère de famille au chevet de ses jumeaux de deux ans.

En République démocratique du Congo (RDC), dans la région diamantifère du Kasaï, la malnutrition continue de faire des ravages, dans ce pays désormais le plus touché au monde par l'insécurité alimentaire selon l'ONU.

"Mon mari ne travaille pas, moi-même je ne vends que de l'eau", poursuit Claudine Kamwanya, enceinte et mère de quatre enfants, qui a conduit ses deux jumeaux à l'hôpital de Bonzola près de la grande ville de Mbuji-Mayi.

Dans une salle voisine, allongée sur une civière, Marie-José, une petite fille de quatre ans et demi, sort de sa léthargie après douze jours de traitement, à la grande satisfaction du personnel médical. "Elle est arrivée inconsciente, avec une déshydratation sévère associée aux infections", explique une infirmière.

Du 14 avril au 1er mai, "29 enfants malnutris ont été pris en charge dont six en phase aiguë sévère avec complications médicales", explique le Dr Grégoire Mpoyi, qui remercie l'ONG Action contre la faim (ACF) pour son appui.

Au total, 27,3 millions de personnes sont touchées par l'insécurité alimentaire en RDC, ont estimé début avril l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM).

Le fléau de la misère

"Cette situation fait de la RDC le pays avec le plus grand nombre de personnes ayant un besoin urgent d'assistance en matière de sécurité alimentaire au monde", ont ajouté les deux agences onusiennes, dans un plaidoyer aux accents alarmistes.

A Mbuji-Mayi, une quinzaine d'enfants au corps squelettique, ou présentant des gonflements des pieds jusqu'au visage, sont allongés sous une moustiquaire dans une unité pédiatrique à l'hôpital général, sous le regard impuissant de leurs mères.

"Quatre sont dans la phase aigüe sévère (la plus critique), cinq en phase de transit et six en phase de réhabilitation ou de sortie", résume le Dr Pierre Kasongo, médecin et directeur de cet hôpital géré par des religieuses.

"La malnutrition c'est un fléau qui bat son plein dans notre communauté frappée par la misère", ajoute-t-il. En l'espace de trois semaines, son hôpital a soigné plus de 60 enfants grâce à un appui d'ACF, qui intervient dans 35 structures médicales locales.

Un bébé dort à l'hôpital de Tudikolela, bénéficiaire de l'ONG ACF (Action contre la faim), dans la communauté de Lipemba, dans la région du Kasaï, en RDC, le 1 mai 2021.
Un bébé dort à l'hôpital de Tudikolela, bénéficiaire de l'ONG ACF (Action contre la faim), dans la communauté de Lipemba, dans la région du Kasaï, en RDC, le 1 mai 2021.

Mado Kapinga est au chevet de son petit garçon, Ntumba Kabengela, qui se rétablit peu à peu. "Quand nous sommes arrivés ici, il était très souffrant, très faible aussi. Après trois jours de traitement, il va mieux".

Cette mère de cinq enfants et épouse d'un mineur artisanal redoute cependant le retour à la maison. "Ici, on nous donne tout: la nourriture, l'eau et même le savon pour se laver. Une fois à la maison, nous n'aurons plus rien à manger, il (son fils Ntumba, ndlr) risque de faire une rechute".

Le mirage du diamant

Le Kasaï a été secoué par un conflit armé entre septembre 2016 et mai 2017 ayant fait 3000 morts et plus de 1,5 million des déplacés. En situation de post-conflit, la province souffre d'une économie au ralenti.

Ses terres -plutôt argileuses- sont également réputées moins fertiles que dans d'autres régions. L'agriculture est souvent délaissée, au profit notamment de l'eldorado du diamant.

"Les gens ne travaillent pas, ne veulent pas se lancer dans l'agriculture. La grande majorité rêve de faire fortune dans l'exploitation artisanale du diamant malgré l'évidence: le diamant ne se ramasse plus", analyse sœur Carine Kupela, l'administratrice général de l'hôpital.

La province voisine du Kasaï-Central n'est pas épargnée. Assise sur les genoux de sa mère, la petite Jeannette Kabuma avale la bouillie nutritionnelle que distribue une infirmière à la vingtaine d'enfants venus en consultation dans un centre de santé de Kananga, capitale provinciale.

A un an, Jeannette pèse 5,4 kg (contre 7 à 11 kilos en moyenne à cet âge). Le diagnostic est sans appel: "malnutrition aiguë sévère", constate l'infirmière, Maman Denise.

Chenilles et arachides

Au centre de santé de Kamayi, d'octobre 2020 à mars 2021, 74 enfants malnutris ont été pris en charge. Seuls 47 ont été déclarés guéris.

Anto Kalonga, 23 ans, y est arrivé avec trois enfants sous les bras. Deux ont des ventres gonflés par les œdèmes, cheveux jaunis et cassants; le troisième, lui aussi bien amaigri, semble avoir du mal à respirer. "Il n'a même plus la force de pleurer", s'afflige sa mère.

Dans ces deux centres de santé soutenus par l'Unicef, on apprend aux femmes la préparation de la bouillie à base d'aliments locaux, maïs, arachides, chenilles, huile de palme...

"Lorsqu'un projet s'arrête, la situation retombe dans cette zone où la population agricole a vieilli", estime Élie Mayiza Bamvangila de l'Unicef à Kananga.

"Le retour des déplacés devient un poids pour la communauté", ajoute-t-il. En périphérie de la ville, plus de 2.200 ménages sont installés dans un camp des déplacés, cicatrice du conflit de 2016-17.

Depuis 2019, Vanessa Zawadi, responsable de l'ONG Woman for peace and dignity (WPD) emploie les mères des enfants malnutris dans ses champs.

"Chaque jour j'achetais un ou deux cercueils pour enterrer les enfants malnutris. Les parents voulaient que je sois comme les organismes qui distribuent à manger (...) je leur ai fait prendre conscience de l'importance de s'engager dans les activités agricoles et la pisciculture", explique Mme Zawadi.

Un Casque bleu a été tué dans une attaque à Beni

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