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RDC

La peur d'une "balkanisation" enflamme les ressentiments contre le Rwanda

Les partisans de la coalition de l'opposition Lamuka

La peur d'une "balkanisation" de la République démocratique du Congo revient en force dans les discours, alimentée par des bruits insistants d'une intervention militaire du Rwanda à l'est, et les souvenirs d'un morcellement du pays il y a une vingtaine d'années.

La RDC est déjà "balkanisée à 70%" et l'actuel président Félix Tshisekedi poursuit l'oeuvre de son prédécesseur Joseph Kabila, a lancé cette semaine l'opposant et ex-candidat à la présidentielle Martin Fayulu.

Un de ses proches, l'ex-Premier ministre Adolphe Muzito, a même suggéré de "faire la guerre au Rwanda" pour ramener la paix dans l'est de la RDC.

Originaires de l'ouest, ces deux opposants soufflent sur les braises des conflits à l'est, où plusieurs événements fin 2019 ont ravivé le souvenir d'une division en trois du pays au début des années 2000.

Au premier rang figurent les rumeurs persistantes d'une présence militaire Rwandaise au côté de l'armée congolaise dans la traque de rebelles hutus ex-génocidaires dans les montagnes autour de Goma.

- 'forces spéciales rwandaises' -

"Selon plusieurs sources militaires, diplomatiques et de la société civile, des soldats des forces spéciales rwandaises" ont participé à une offensive fin novembre, selon le "Kivu security tracker" (baromètre sécuritaire) du Groupe des expert du Congo (GEC).

"L'armée rwandaise, qui semble régulièrement présente dans ces territoires, aurait également tués trois civils, confondus avec des rebelles hutus rwandais", ajoutent les experts.

L'opération contre les rebelles hutus du FDLR et ses groupes dissidents "est conduite par l'armée congolaise", a cependant assuré le ministre rwandais des Affaires régionales, Olivier Nduhungirehe, joint par l'AFP à Kigali.

"Mais si jamais ils demandent de l'assistance ou des renseignements, nous sommes heureux de les leur fournir", ajoute le ministre, tout en niant toute présence de soldats rwandais en RDC.

Par ailleurs, le massacre d'un total de 123 civils pour le seul mois de novembre dans le territoire de Beni a nourri la théorie d'un remplacement des populations dans cette zone près de l'Ouganda.

De nombreux survivants fuient ces massacres attribués au groupe armé d'origine ougandaise des forces démocratiques alliées (ADF).

L'archevêque de Kinshasa Fridolin Ambongo a estimé que les massacres de Beni "sont des actes réfléchis, planifiés", avec pour objectif "la balkanisation de notre pays".

"Cela se vérifie à travers le remplacement de la population déplacée par des populations généralement rwandophones ou ougandophones", a-t-il ajouté, une théorie déjà entendue par l'AFP dans la région de Beni.

Enfin, le président Félix Tshisekedi a réuni en octobre les Etat-majors de plusieurs pays à Goma pour tenter -en vain- de lutter à plusieurs contre l'insécurité dans l'est congolais (RDC, Rwanda, Ouganda, Burundi, Tanzanie).

Un projet mal vécu en RDC. Les fidèles à l'ex-président Joseph Kabila, ont critiqué "toute initiative visant à offrir le territoire national aux forces étrangères des pays voisins", redoutant "un règlement de comptes entre ces forces".

L'histoire récente explique ces réticences. La RDC a frôlé l'éclatement au cours des deux guerres du Congo de 1996 à 2003. Après avoir particiPé à la chute du maréchal Mobutu (mai 1997), les pays voisins sont restés actifs au Congo.

Entre 1998 et 2001, le Rwanda et ses alliés du RCD ont contrôlé le Kivu (est), l'Ouganda et le MLC de Jean-Pierre Bemba avaient la mainmise sur le nord et le nord-est, face à Kinshasa qui exerçait sa souveraineté sur le reste du pays avec le soutien de l'Angola et du Zimbabwe.

- contrôle des richesses -

Les armées régulières du Rwanda et de l'Ouganda se sont même livré à une "guerre des six jours" pour le contrôle des richesses à Kisangani dans le nord-est (diamant, or) en juin 2000.

Après les accords de paix du début des années 2000, des milices plus ou moins soutenues par Kigali (RCD, CNDP, M23) ont continué de défier Kinshasa.

"Tant que je suis à la tête de l'Etat, la balkanisation n'aura pas pas lieu", a déclaré le président Félix Tshisekedi vendredi en Conseil des ministres.

"Le Congo, dans ses frontières héritées de la colonisation, personne ne le conteste", a estimé la représentante des Nations unies en RDC Leïla Zerrougui en conférence de presse mecredi.

"Il n'y a personne, que ce soit dans la communauté internationale, que ce soit chez les voisins, qui ait des visées territoriales sur le Congo", a-t-elle ajouté. "Je n'ai jamais vu de Congolais qui disent : +On veut créer un Etat, on veut se séparer du Congo+".

Les mouvements séparatistes qui se battaient pour l'indépendance du Katanga minier dans les années 60 (Moïse Tshombe) et 70 (les Simbas) semblent appartenir aux livres d'histoire.

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La société civile congolaise veut sa part de la redevance minière

Une mine de cuivre à ciel ouvert à 110 kilomètres au nord-ouest de Lubumbashi, dans le sud de la RDC.

La société civile de la République démocratique du Congo a demandé un meilleur partage des richesses tirées de l'exploitation des mines lors d'une rencontre mercredi et jeudi à Lubumbashi (sud-est), la capitale économique de l'industrie extractive.

Dans la province de Lubumbashi, le Lualaba, "116 millions de dollars (de redevance minière) ont été versées depuis deux ans", a déclaré un représentant de la société civile dans cette région du Katanga première productrice mondiale de cobalt.

Dans son intervention,l'archevêque de Lubumbashi Jean-Pierre Tafunga a constaté que des "entités territoriales décentralisés" utilisaient bien la redevance minière, mais que d'autres l'ont "détourné de son objectif initial, qui est le financement des projets de développement communautaire", selon un résumé de cette rencontre Alternative Mining Indaba lu par un participant.

L'homme d'église a demandé des "solutions concrètes pour faire de la redevance minière une porte de développement réel".

L'église s'était "réjouie" de la révision du code minier en mars 2018, a-t-il rappelé.

En réponse, le ministre des mines Willy Kitobo Samsoni a indiqué qu'un projet de loi était à l'étude pour fixer "les modalités pratiques de gestion" de la redevance minière versées aux provinces.

Les participants ont aussi constaté que la pandémie de Covid-19 "n'a pas eu un impact négatif majeur sur la filière d'exploitation industrielle et sur la redevance minière, à l'exception de la filière diamantifère au Kasaï oriental", selon le résumé de la rencontre.

Le FMI envisage cependant une récession de –2,2% en 2020 pour la RDC, contre une croissance de 4,4% en 2019.

Malgré la richesse des sous-sols de la RDC, "en 2018, 72 % de sa population vivait avec moins de 1,9 dollar par jour, surtout dans les régions du Nord-Ouest et des Kasaï", selon la Banque mondiale.

Encouragé par les Etats-Unis, le président Félix Tshisekedi a promis de lutter contre la corruption et le mauvais "climat des affaires" qui bloquent le développement du potentiel économique du pays. Il s'agit, entre autres, du harcèlement administratif sur les entrepreneurs, des détournement de fonds, et de la multiplication des taxes.

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