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Au Nigeria, les autorités peinent à venir à bout du "tord-boyaux qui tue"

Des boissons artisanales sont proposées dans un bar local à Mishomoroni près de Mombasa au Kenya, 6 mars 2013. (REUTERS/Marko Djurica)

Peu de cérémonies ou fêtes s'achèvent dans le sud du Nigeria sans un verre ou deux d'un alcool local connu sous le nom d'"ogogoro", qu'on pourrait aussi bien appeler "le tord-boyaux qui tue".

"C'est la boisson des anciens", explique un maçon de 72 ans de l'Etat de Rivers, Godwin Masi. "Les dieux aussi aiment bien qu'elle coule lors des cérémonies", ajoute-t-il.

Au cours des derniers mois, les autorités ont tenté d'en interdire la production et la consommation après que cette eau-de-vie à base de mélasse de canne à sucre distillée eut fait plusieurs dizaines de morts.

Mais "vouloir l'interdire est une perte de temps", juge Wasiu Adegbite, un mécanicien de 32 ans. "C'est la boisson du pauvre. Rien n'égale les sensations qu'elle vous procure pour tout juste 20 nairas (un centime de dollar ou d'euro)", dit-il, "elle booste l'énergie, la productivité et la libido".

Ce n'est pas la première fois que les autorités cherchent à en finir avec cet alcool interdit sous la colonisation britannique puis légalisé après l'indépendance de 1960.

Mais la mort de 23 personnes en avril - elles auraient bu de l'ogogoro mélangé avec du méthanol - dans la ville d'Ode-Irele, dans l'Etat d'Ondo, puis celle de 40 autres dans l'Etat de Rivers en juin a relancé la polémique.

"Beaucoup d'entre elles étaient devenues aveugles. Cette boisson est aussi mauvaise pour le foie, le cerveau, le système nerveux et le coeur", déclare le commissaire à la Santé de l'Etat d'Ondo, Dayo Adeyanju. "Elle provoque des démences, de l'hypertension et des maladies cardiovasculaires", dit-il à l'AFP.

Après la vague récente de décès, plusieurs Etats ont déclaré illégales la production et la consommation d'ogogoro, dont la teneur en alcool tourne autour de 20 degrés. Mais l'application de cette mesure se heurte à un mélange d'idées bien ancrées et d'intérêts matériels.

- 'Pas de danger' -

Comme beaucoup de Nigérians, Independence John, qui sue à profusion devant un feu allumé malgré la chaleur ambiante pour fabriquer le précieux liquide, parait difficile à convaincre.

"Pas de danger", assure le jeune homme de 22 ans en buvant une gorgée d'un bidon de 200 litres. "Après la distillation, nous vendons l'ogogoro en vrac à des sociétés qui le conditionnent puis le revendent au public", ajoute John, qui a abandonné l'école pour rejoindre une équipe de bouilleurs de cru à Ikorodu, dans l'Etat de Lagos.

En dépit des velléités des autorités, la production bénéficie toujours de complicités de policiers qui y trouvent leur compte. "Des policiers viennent ici pour récupérer la boisson. On leur paie un verre et ils s'en vont", souligne John.

Cet alcool est relativement simple à fabriquer: on trouve sans difficulté de la mélasse - résidu sirupeux de la cristallisation du sucre -, on y ajoute encore du sucre et on laisse fermenter au moins une semaine. Puis le tout est versé dans un grand récipient qui peut contenir jusqu'à 8.000 litres et que l'on chauffe au feu de bois.

"On laisse la vapeur refroidir et, en une demi-heure, on en tire de quoi remplir un bidon de 200 litres", explique John. "L'ogogoro est alors prêt à la vente en gros - pas au détail pour les consommateurs".

- Concurrence étrangère -

Le phénomène n'est pas propre au Nigeria. Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), un quart de l'alcool consommé dans le monde en 2010 était produit illégalement et vendu hors des contrôles gouvernementaux.

La pauvreté et l'absence de réglementation dans les pays du tiers-monde touchés sont souvent mises en cause.

A Ikorodu, ce serait différent.

Pour le patron de l'équipe de bouilleurs de cru, qui préfère rester anonyme, les distilleries locales sont victimes de grandes sociétés qui veulent s'implanter sur le marché du pays le plus peuplé d'Afrique, un business de plusieurs milliards de dollars.

Il se dit victime de "la propagande de ceux qui commercialisent des boissons fabriquées à l'étranger". "Ils essaient de nous faire chanter, de dénigrer et dévaluer la production locale", dit-il.

"Le gouvernement encourage les produits locaux mais décourage la production d'ogogoro. On est en pleine contradiction", déplore-t-il.

Des multinationales comme SABMiller, Guinness et Heineken ont pris pied sur le marché nigérian, ce qui a contribué à changer les habitudes de consommation dans le pays. Alors que l'alcool était auparavant réservé aux grandes occasions, on tend aujourd'hui à boire plus régulièrement, sous l'influence de parrainages sportifs et de la publicité.

Avec AFP

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Le sortant Azali grandissime favori de la présidentielle aux Comores

Le président des Comores, Azali Assoumani, arrive à un bureau de vote lors du référendum constitutionnel, à Mitsoudje, près de Moroni, Comores, le 30 juillet 2018

Le président du petit archipel des Comores Azali Assoumani sollicite dimanche son maintien à la tête du pays dans un scrutin lourd de tensions avec l'opposition, qui l'accuse de dérive autoritaire et redoute un "hold-up électoral".

Au pouvoir depuis 2016, M. Azali, 60 ans, fait figure de grandissime favori au terme d'une campagne qu'il a écrasée de tous les moyens de l'Etat.

Sûr de sa force, le chef de l'Etat sortant a rassemblé vendredi plusieurs milliers de personnes dans la capitale Moroni autour du slogan "un seul jour, un seul tour, un seul homme". "Nous gagnerons cette élection dès le 24 mars", a-t-il assuré à ses partisans.

"Il a une vision pour le pays, lui seul est capable d'offrir un avenir meilleur à tous", s'est enthousiasmée une de ses fidèles, Fatoumia Alibazi, chapeau bleu à larges bords aux couleurs de son champion sur la tête.

La machine Azali s'est mise en marche avec la réforme constitutionnelle approuvée par référendum l'an dernier.

Très controversée, elle a étendu d'un à deux mandats de cinq ans la durée de la présidence attribuée successivement à chacune des trois îles de l'archipel (Grande-Comore, Mohéli, Anjouan).

Ce système a donné un coup de canif au fragile équilibre institutionnel instauré en 2001 pour mettre fin aux crises séparatistes et aux coups d'Etat à répétition qui agitaient l'archipel depuis son indépendance en 1975.

- 'Mascarade' -

L'opposition a hurlé au loup mais rien n'y a fait. Au contraire. M. Azali a riposté à la contestation en embastillant nombre de ses détracteurs, à commencer par son ennemi de toujours, l'ancien président Ahmed Abdallah Sambi, accusé de corruption.

Sur sa lancée, l'ex-putschiste, élu en 2016, a remis son quinquennat en jeu dès cette année. En cas de succès, il pourrait garder les rênes du pays jusqu'en 2029.

L'opposition espère bien l'en empêcher. Mais, prise de cours par l'accélération du calendrier politique, elle s'est lancée dans la bataille en ordre dispersé. Et la Cour suprême l'a encore fragilisée en écartant quelques-uns de ses champions de la route du président.

Patron de l'Union de l'opposition, l'ancien vice-président Mohamed Ali Soilihi a été interdit de scrutin. Assigné à résidence, il ne décolère pas.

"Cette élection est une grosse mascarade", se lamente-t-il. "Le scénario est écrit d'avance: le 24 mars au soir, il y aura une déclaration de victoire (d'Azali Assoumani) au premier tour, c'est un passage en force."

C'est l'antienne reprise par tous les adversaires du président. "Tout le monde est contre lui, si le scrutin est transparent, il ne peut pas gagner", assure lui aussi le candidat du parti Juwa, l'avocat Mahamoudou Ahamada, 48 ans. "Azali n'a d'autre choix que de voler les élections".

Plus que la crainte de fraudes, les partisans de l'opposition reprochent au pouvoir sortant la pauvreté persistante de la population et le train de vie des dirigeants du pays.

- 'Plus que Macron' -

"Tu ne peux pas m'expliquer que je vais avoir une vie sans électricité, sans eau. C'est pas possible", se lamente Mahmoud Mze, chômeur de 48 ans. "Et lui (M. Azali), il gagne 34.000 euros par mois, plus que (le président français Emmanuel) Macron. Ca ne va pas !"

Privée par la réforme de présidence tournante en 2021, l'île d'Anjouan, la plus pauvre de l'archipel, bouillonne.

En octobre, des civils armés hostiles au président ont fait le coup de feu avec l'armée pendant six jours à Mutsamudu, la capitale de l'île, avant de s'évaporer mystérieusement dans la nature.

En campagne à Anjouan, le colonel Soilihi Mohamed, dit "Campagnard" pour ses origines rurales, a mis en garde contre les risques d'un passage en force du président.

"Le peuple va s'exprimer par une révolution dans les urnes", prédit l'ancien officier, aussi raide que le sortant est bonhomme. Mais "si jamais le président tente de faire autrement, on risque une révolution populaire".

La menace fait sourire le ministre de l'Intérieur Mohamed Daoudou, qui promet "la transparence totale".

"Il y a trop de mensonges de l'opposition, notre pays n'est pas une dictature", déclare le secrétaire général de la Mouvance présidentielle, Ali Mliva Youssouf.

Plus de 800 observateurs de la société civile comorienne, financés par l'Union européenne (UE), sont annoncés dans les 731 bureaux de vote du pays pour garantir la régularité du scrutin. Les premiers résultats sont attendus lundi.

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