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Au Cap, le blues des victimes de la crise immobilière

La ville du Cap, en Afrique du sud, le 17 février 2010.

Charmaine Marcus a été expulsée une première fois de son domicile du Cap dans les années 70, au nom de la politique d'apartheid. Elle est menacée de l'être à nouveau aujourd'hui, cette fois sous la pression du marché immobilier.

"On dirait qu'ils ne veulent plus nous voir là", se désespère cette résidente de la banlieue de Woodstock, en pleine rénovation. "Mais c'est notre ville, nous sommes cette ville !"

Sous le coup d'un arrêté d'expulsion, Charmaine Marcus a déposé un recours devant le tribunal pour tenter d'en retarder l'exécution. Mais cette métis redoute d'être encore forcée à déménager contre son gré. Comme lorsque, enfant, son quartier avait été d'un coup classé en zone réservée aux Blancs.

Près d'un quart de siècle après la chute de son régime raciste, l'Afrique du Sud peine à sortir de la crise économique. Et comme nombre d'autres secteurs, l'immobilier en subit encore les retombées.

Sauf dans la ville côtière du Cap, située au pied de la majestueuse Table Mountain: là, le prix au mètre carré s'est envolé de près de 80% en moyenne depuis 2010, selon une étude réalisée par la banque sud-africaine FNB.

Pour l'expert Toni Enderli, cette exception a pour origine le boom démographique de la mégapole de la pointe sud-ouest du pays, nourri entre autres par sa réputation de bonne gouvernance sous le règne de l'Alliance démocratique (DA, opposition).

"La population de la province (du Cap occidental) a grossi d'un tiers ces 15 dernières années", explique M. Enderli. "Tout le monde veut vivre au Cap, profiter de son ambiance. Mais la construction des logements nécessaires à leur accueil n'a pas suivi".

'Contre nous'

La banlieue de Woodstock où Charmaine Marcus vit depuis 35 ans subit de plein fouet cette pression. Ses immeubles décatis ont cédé la place aux résidences dernier cri, aux restaurants à la mode et à leur cortège de jeunes cadres dynamiques et branchés. Sans surprise, le prix des logements y a doublé en à peine cinq ans.

Mais l'immeuble où habite Charmaine Marcus, tel un vestige du passé modeste de Woodstock, raconte, lui, une tout autre histoire.

Dans le salon de cette femme de 48 ans, la peinture du plafond pèle sans retenue et un des murs arbore une fissure qui court jusqu'au plancher.

A l'étage supérieur, l'appartement est vide, dévasté il y a deux ans par les flammes d'un incendie qui a tué un des locataires. Les résidents ont attribué le sinistre à un défaut d'entretien de la part du propriétaire. Celui-ci a riposté en requérant leur expulsion, avec l'espoir de transformer son bien en résidence de luxe.

Si leur départ est confirmé, Charmaine Marcus et ses voisins savent qu'ils n'auront pas les moyens de rester dans le quartier. Bien trop cher. Ils échoueront probablement à 30 km de là, dans le camp de relogement d'urgence de Wolwerivier. Sans hôpital, sans école et presque sans transports en commun.

Promesses

"Cette cité ne travaille pas pour nous, mais contre nous", s'insurge Shane van der Mescht, un des meneurs de la fronde lancée par les habitants du quartier de Woodstock.

Membre d'un collectif de résidents baptisé Reclaim the City (Reprendre la ville), il occupe avec d'autres un hôpital abandonné de Woodstock dont les chambres et salles d'opération ont été aménagées en dortoirs ou pièces de réunion, après avoir été jeté à la rue sans ménagement.

Les manifestants qui y défilent sont tous menacés d'expulsion. "Je les vois construire ces résidences, mais nous ne pouvons pas nous les payer (...). Où trouver 1,4 million de rands (100.000 euros environ) pour un appartement ?", enrage l'un d'eux, Ismail Sheik Rahim. "On se sent comme des étrangers dans notre propre ville."

Reclaim the City accuse les autorités de ne pas en faire assez pour offrir des logements bon marché au plus près du centre-ville.

Très récemment, la municipalité a dévoilé un projet de dix résidences à loyers modérés. Leur construction devrait passer à la vitesse supérieure dès l'année prochaine, promet-elle.

"Je comprends l'inquiétude des habitants concernés par un relogement d'urgence à Wolwerivier", assure le responsable du développement urbain de la ville, Brett Herron. Mais "la réalité, c'est que c'est le seul site disponible pour ça (...). Nous essayons maintenant d'identifier d'autres sites dans la ville pour que les gens expulsés ne soient pas obligés de déménager aussi loin".

Rien que des mots, répond, fataliste, Charmaine Marcus.

Assise devant l'entrée de son appartement, elle sait que son sort est scellé, car au bout du compte, si une solution de relogement est offerte aux habitants, le propriétaire de l'immeuble obtiendra le droit de faire ce qu'il veut de son bien.

Mais elle refuse de capituler. "Si la municipalité ne nous propose pas d'autres logements ici ou pas trop loin d'ici, nous n'irons nulle part", promet-elle, "je peux vous garantir que nous resterons ici".

Avec AFP

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Cyclone Idai au Mozambique : des femmes victimes d'abus sexuels en échange de nourriture

Une Mozambicaine est allongée dans un lit d'hôpital avec son nouveau-né dans la maternité Murrupelane de Nacala, dans la province de Nampula, au Mozambique, le 5 juillet 2018.

Des Mozambicaines, victimes du cyclone Idai en mars, sont contraintes à des rapports sexuels pour obtenir de l'aide humanitaire, a dénoncé jeudi Human Rights Watch (HRW), appelant les autorités à enquêter sur cette exploitation "cruelle".

Des responsables communautaires, dont certains liés au parti au pouvoir Frelimo, ont exigé auprès de victimes du cyclone d'être payés pour inclure leur nom sur la liste des bénéficiaires de l'aide humanitaire, a expliqué HRW dans un communiqué.

Mais "dans certains cas, des femmes sans moyens ont été contraintes d'avoir des relations sexuelles avec des responsables locaux en échange d'un sac de riz", a ajouté l'ONG.

"L'exploitation sexuelle de femmes qui se battent pour nourrir leur famille après le cyclone Idai est révoltante et cruelle et devrait immédiatement cesser", a estimé le directeur de HRW pour l'Afrique australe, Dewa Mavhinga.

Selon une travailleuse humanitaire citée par l'ONG, des listes de distribution de l'aide humanitaire excluaient des foyers présidés par des femmes.

"Dans certains villages, des femmes et des enfants n'ont pas vu de nourriture pendant des semaines. Elles feraient n'importe quoi pour obtenir de la nourriture, y compris avoir des rapports sexuels avec des hommes", a-t-elle expliqué citée par HRW.

Dans le district de Nhamatanda (centre), trois femmes interrogées par HRW ont affirmé avoir été contraintes, par des responsables locaux, de se prostituer.

Quand la distribution de nourriture a débuté le 6 avril, l'une d'entre elles a constaté que son nom ne figurait pas sur la liste des bénéficiaires.

Un responsable du Frelimo s'est alors rendu à son domicile avec un sac de riz, un sac de farine et un kilo de haricots. "Quand il est arrivé, il a placé les sacs par terre et a commencé à se toucher et m'a dit que c'était maintenant à mon tour de le remercier", a témoigné la mère de famille.

"J'ai dit à mes enfants d'aller chez une amie. Quand ils sont partis, j'ai couché avec lui", a-t-elle raconté, citée par HRW.

Le passage d'Idai dans le centre du Mozambique a fait plus de 600 morts dans le pays, et un millier au total dans la région. Il a aussi fait des centaines de milliers de sans-abri dans la zone.

Le Mozambique, pays pauvre de l'Afrique australe, devrait être frappé jeudi par un autre cyclone, Kenneth, attendu cette fois-ci dans l'extrême nord de son territoire.

Au Soudan, la destitution de Béchir libère la créativité des graffeurs

Des journalistes soudanais manifestent contre les restrictions des libertés de la presse à Khartoum, au Soudan, le 15 novembre 2017.

"Sans autorisation, il était inimaginable de peindre un mur, n'importe lequel, mais cette révolution a tout changé” : pour Lotfy Abdel Fattah comme pour d'autres graffeurs soudanais, la destitution du président Omar el-Béchir après 30 ans de pouvoir a libéré leur créativité, longtemps étouffée.

Autrefois de couleur grise, les murs du quartier général de l'armée à Khartoum sont devenus une gigantesque toile pour les graffeurs, qui se sont également emparés d'autres parois de la capitale pour exprimer leur art.

Ornant les murs du QG militaire, des peintures représentent les manifestants aux poings serrés ou faisant le "V" de la victoire. Le 11 avril, après quatre mois d'une contestation populaire inédite, l'armée a renversé le président Béchir, qui régnait sans partage depuis 1989.

A proximité du siège de l'armée, devant lequel des manifestants continuent de camper jour et nuit pour réclamer l'instauration d'un pouvoir civil, des drapeaux soudanais et des portraits des leaders de la contestation ont été peints.

"Même s'ils sont effacés un jour, les dessins laisseront une trace indélébile dans l'esprit des gens", prédit à l'AFP Lotfy Abdel Fattah, 35 ans, un artiste spécialisé dans les beaux-arts.

Au Soudan, les graffitis ont été pendant des années un art clandestin, considérés par les agents de sécurité comme un symbole de contre-pouvoir ou comme du vandalisme pur et simple, alors que s'exerçait une censure vigoureuse.

Mais tout a changé le 6 avril, lorsque des manifestants se sont rassemblés par milliers devant le siège de l'armée, malgré les tirs de gaz lacrymogènes, pour réclamer la destitution du président Béchir par les militaires.

- "Peindre tous les murs" -

Dès le lendemain de ce rassemblement, des artistes ont commencé à esquisser des dessins sur les murs de la capitale.

"Les gens ont apprécié nos dessins et nous avons estimé qu'il fallait commencer à peindre tous les murs", explique à l'AFP Amir Saleh, 26 ans, tout en traçant un graffiti sur un mur du QG de l'armée.

"Tous ces murs étaient nus. Avec d'autres artistes, nous les avons recouverts de graffitis", indique-t-il. "Nous voulions simplement raconter l'histoire de ce qu'il se passe ici".

M. Saleh a pris part aux rassemblements anti-gouvernementaux dès le mois de décembre, au tout début de la contestation, déclenchée par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain. De nombreux dessins s'inspirent du principal slogan du mouvement, "Liberté, paix, justice", remarque-t-il.

"La révolution doit continuer", estime-t-il. "La liberté et la sécurité sont en jeu".

De nombreux graffitis veulent souligner la nature pacifique du mouvement de contestation : l'un d'eux représente ainsi un poing serré qui fait face à deux grosses munitions.

"Cela montre simplement que la détermination du peuple à faire tomber Béchir était plus grande que les balles avec lesquelles ses forces de sécurité ont accueilli les manifestations", analyse Belal Abdelrahman, 26 ans, qui badigeonne un mur de teintes orangées fluorescentes en compagnie d'autres artistes.

Des graffeurs ont aussi peint une arme avec une fleur rouge dépassant du canon.

Une façon de garder en tête la violente répression du mouvement par les forces de sécurité, avant la chute de M. Béchir. Selon un bilan officiel, 65 personnes sont mortes depuis le début de la contestation en décembre.

"Les manifestations sont pacifiques et elles le resteront", assure M. Abdelrahman.

- Première bouffée de liberté -

Abdel Fattah dessine sur les murs de la capitale depuis plus de dix ans, malgré les difficultés et risques. Désormais, il souhaite avant tout montrer dans ses dessins le futur du Soudan, qu'il imagine radieux.

"Je représente généralement le Soudan comme un pays recouvert d'une verdure luxuriante et de fleurs pour montrer qu'il a beaucoup à offrir", dit-il.

Même si les graffeurs soudanais apprécient leur première bouffée de liberté, tous se plaignent d'un manque de matériel.

Les graffitis "devraient être faits avec des bombes de peinture mais il n'y en a pas et c'est très cher à importer", explique M. Abdelrahman, qui, comme les autres, utilise de la peinture classique.

La situation économique du Soudan, confronté à un grave déficit en devises étrangères, s'est empirée au fil des années.

Le mouvement de contestation pourrait fragiliser davantage l'économie, ce qui n'entame pas la détermination des manifestants, ni celle des artistes.

"Nous voulons un Soudan plus ouvert, qui accepte l'art et promeut la liberté d'expression", dit M. Saleh.

"Ce n'est que le début de la révolution", promet-il, disant espérer "que tout le Soudan se parera de couleurs lumineuses".

La Libye demande à l'ONU d'enquêter sur les attaques à Tripoli

Les forces de sécurité libyennes patrouillent près du site d'une attaque contre un poste de contrôle dans la ville de Zliten, à 170 km à l'est de la capitale Tripoli, le 23 août 2018.

La Libye a demandé au Conseil de sécurité de l'ONU d'envoyer une équipe d'inspecteurs pour enquêter sur les violences contre des civils dans la capitale Tripoli, selon une lettre publiée jeudi.

Selon le Gouvernement d'union nationale (GNA) libyen, reconnu par la communauté internationale et soutenu par l'ONU, les forces de l'Armée nationale libyenne (ANL), du maréchal Khalifa Haftar, ont tué des civils, détruit des propriétés, recruté des enfants soldats et utilisé de l'artillerie lourde.

Les combats, concentrés autour de Tripoli, ont fait au moins 278 morts et 1.332 blessées en plus de trois semaines de conflit, selon le dernier bilan de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Après une rapide progression, les forces du maréchal Haftar font face à une contre-offensive des troupes loyales au GNA, qui les ont repoussées au sud de Tripoli.

La lettre de l'ambassadeur libyen à l'ONU demandant au Conseil de sécurité d'envoyer des enquêteurs date du 18 avril.

Le Conseil, divisé autour de la question libyenne, n'a pas réussi à adopter la résolution proposée par le Royaume-Uni et demandant un cessez-le-feu.

La Russie s'est opposée à ce texte qui critique spécifiquement le maréchal Haftar alors que les Etats-Unis ont demandé plus de temps pour étudier la situation.

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