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Algérie: l'armée oppose une fin de non-recevoir aux revendications des manifestants

Le chef d'état-major algérien, le général Ahmed Gaid Salah, préside un défilé militaire à Alger, le 1er juillet 2018.

Le chef d'état-major de l'armée algérienne a opposé mardi une fin de non-recevoir aux revendications des manifestants en Algérie, qui réclament la mise en place d'institutions de transition ad hoc pour gérer l'après Abdelaziz Bouteflika, poussé à la démission le 2 avril.

La présidentielle prévue le 4 juillet en Algérie --dans les délais prévus par la Constitution-- pour élire un successeur à M. Bouteflika, est la "solution idéale pour sortir de la crise", a affirmé mardi le général Ahmed Gaïd Salah dans un discours.

Les manifestants exigent depuis le 22 février le départ de l'ensemble des figures du "système" au pouvoir en Algérie, en tête desquelles le chef de l'Etat par intérim Abdelkader Bensalah et Premier ministre Noureddine Bedoui, deux anciens proches de M. Bouteflika.

Le parti au pouvoir, le Front de libération nationale (FLN), a pour sa part élu mardi un nouveau secrétaire général. Le député et homme d'affaires Mohamed Djamiai, 50 ans, remplace Moad Bouchareb, désigné par M. Bouteflika l'année dernière.

Alors que, comme chaque mardi depuis le début du mouvement de contestation, des milliers d'étudiants ont défilé dans le centre d'Alger et dans plusieurs villes d'Algérie, M. Bensalah a appelé à "instaurer un climat de sérénité et d'entente".

Dans un message à l'occasion de la fête du travail, il a exhorté le peuple algérien à chercher des "solutions consensuelles" pour satisfaire "ses revendications légitimes à une vie décente et son aspiration résolue à un changement radical avec le régime, pratiques et symboles", selon l'agence APS.

Mais les contestataires refusent que les structures et personnalités de l'appareil hérité de M. Bouteflika organisent la présidentielle, alors que ses vingt années de pouvoir ont été marquées selon eux par des fraudes électorales.

Ils réclament un processus de transition hors des institutions et délais prévus par la Constitution, gérée par des structures spécialement mises en place et chargées de mener le pays vers une IIe République.

Pilier du régime durant 15 ans et devenu de facto l'homme fort de l'Algérie depuis qu'il a lâché M. Bouteflika, rendant sa démission inéluctable, le général Gaïd Salah a souligné mardi exclure que l'armée permette une transition hors du cadre constitutionnel.

- "Montants faramineux" -

Il a réitéré "l'attachement profond du commandement de l'armée (...) à la Constitution" et a martelé "la détermination" de l'armée "à ne pas s'écarter de la voie constitutionnelle, quelles que soient les conditions et les circonstances".

Le général Gaïd Salah a également assuré que l'armée veillerait à ce que les enquêtes judiciaires ouvertes sur des dossiers de corruption visant des personnalités liées au régime soient préservées des "pressions ou diktats".

La justice enquêtera "sans exclure aucun dossier et en se gardant de toute mesure arbitraire ou de règlement de comptes", a-t-il précisé.

"Plusieurs dossiers lourds de corruption" concernant "des faits de spoliation des fonds publics avec des chiffres et des montants faramineux" ont été transmis à la justice par "les services de sécurité", a-t-il également indiqué, promettant que "l'opération" anticorruption ne fait que commencer et assurant que l'Algérie sera "assainie définitivement de la corruption et des corrupteurs".

Depuis le départ du pouvoir d'Abdelaziz Bouteflika le 2 avril, la justice a ouvert une série d'enquêtes pour corruption visant des personnalités. Cinq puissants et richissimes hommes d'affaires, dont quatre proches de M. Bouteflika et de son frère et conseiller Saïd, ont été placées en détention provisoire.

Le général Gaïd Salah a récemment appelé la justice à "accélérer la cadence" des enquêtes, une demande assimilée à une "injonction" par ses détracteurs.

- "Voleur!" -

Certains observateurs craignent que, tout en étant une réponse à la contestation qui dénonce les liens entre le pouvoir et les "oligarques" --des hommes d'affaires ayant fait fortune grâce à des contrats publics--, ces enquêtes servent de levier de "purge" interne.

Mardi, le parquet d'Alger a entendu durant plusieurs heures Ahmed Ouyahia, quatre fois Premier ministre depuis 1995, dont trois fois sous la présidence de M. Bouteflika, en lien, selon la télévision nationale, avec des dossiers de "dilapidation de fonds publics et d'avantages indus".

M. Ouyahia a quitté le tribunal dans l'après-midi sans faire de déclaration, conspué par une foule qui l'a traité de "voleur".

Très impopulaire, M. Ouyahia a été limogé en mars par M. Bouteflika, dans l'espoir --vain-- d'apaiser la contestation.

Il avait été précédé devant le Parquet d'Alger lundi par l'actuel ministre des Finances Mohamed Loukal, gouverneur de la Banque centrale entre 2016 et sa nomination fin mars au gouvernement.

La justice avait annoncé le 20 avril convoquer MM. Ouyahia et Loukal, sans préciser si elle souhaitait les entendre comme témoins ou suspects, ni sur quels faits portent les dossiers.

Avec AFP

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Le général Ghediri, ex-candidat à la présidentielle, sous les verrous

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L'ex-Premier ministre algérien Sellal écroué à son tour

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L'ex-Premier ministre algérien Sellal écroué à son tour

L'ancien Premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal.

L'ancien Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal, un proche du président déchu Abdelaziz Bouteflika, a été écroué jeudi après son audition dans le cadre des enquêtes anticorruption, au lendemain de l'emprisonnement d'un autre ancien chef du gouvernement.

Depuis le début le 22 février d'un mouvement de contestation inédit qui a contraint M. Bouteflika à la démission le 2 avril, la justice a lancé plusieurs enquêtes et écroué de puissants hommes d'affaires, la plupart soupçonnés d'avoir profité de leurs liens avec l'ex-président ou son entourage pour obtenir des avantages ou des marchés publics.

M. Sellal est arrivé dans la matinée à la Cour suprême, seule juridiction compétente pour instruire les infractions qu'auraient commises dans l'exercice de leurs fonctions les membres du gouvernement, les walis (préfets) et de hauts magistrats.

Il a été entendu "dans des affaires concernant la dilapidation des deniers publics, d'abus de fonction et d'octroi d'indus privilèges" par un juge d'instruction qui a ensuite ordonné son placement en détention provisoire à la prison d'El Harrach, dans la banlieue d'Alger, selon l'agence de presse officielle APS.

Premier ministre de 2012 à 2017, M. Sellal fut également à quatre reprises le directeur de campagne de M. Bouteflika lors des présidentielles de 2004, 2009, 2014 et de celle du 18 avril 2019 qui a été annulée et au cours de laquelle M. Bouteflika entendait briguait un 5e mandat.

Cette perspective a déclenché la contestation toujours en cours. De nouvelles manifestations sont prévues vendredi.

- "Règlements de comptes" -

Mercredi, Ahmed Ouyahia, quatre fois chef du gouvernement entre 1999 et 2019, dont trois sous la présidence de M. Bouteflika, a été placé en détention préventive.

Il est poursuivi pour "octroi d'avantages injustifiés dans un contrat ou un marché public", "dilapidation de fonds publics", "abus de fonctions" et "conflit d'intérêt" portant atteinte aux procédures de passation des marchés publics, selon un communiqué de la Cour suprême.

Après les relais financiers, "la justice s'attaque maintenant à l'aile politique du clan Bouteflika", a expliqué à l'AFP Rachid Grim, enseignant en Sciences politiques à l'Institut supérieur de gestion et de planification (ISGP).

Mais les observateurs s'inquiètent d'une possible instrumentalisation de la justice, longtemps muselée, face à une corruption au grand jour.

"L'intérêt de ceux qui orientent les enquêtes est de plaire au peuple (...) Ils veulent convaincre le +hirak+ (mouvement) que les choses changent. Il y a aussi des règlements de comptes au sein du pouvoir", a précisé M. Grim.

La chaîne privée El Bilad a diffusé des images montrant une foule d'Algériens attendant le fourgon cellulaire de M. Sellal devant la prison d'El Harrach, où sont incarcérés M. Ouyahia et d'influents hommes d'affaires.

La veille, une foule avait accueilli le fourgon amenant M. Ouyahia en criant "Voleurs, vous avez pillé le pays!", un slogan de la contestation. Certains avaient bombardé le véhicule de yaourts, en référence à une petite phrase de l'ex-Premier ministre qui avait un jour expliqué, à propos d'une hausse des prix des produits laitiers, que les Algériens n'étaient pas obligés de manger des yaourts.

- Nombreux dossiers -

Plusieurs hauts responsables politiques, anciens ou en fonctions, ont été entendus dans des enquêtes sur des faits de corruption et le Parquet d'Alger a annoncé en mai avoir transmis à la Cour suprême les dossiers de MM. Ouyahia et Sellal, de huit anciens ministres et de deux anciens walis.

Selon les médias publics, ils sont visés dans le cadre des enquêtes ouvertes contre Ali Haddad, ancien patron des patrons, fondateur et PDG du n°1 privé des travaux publics en Algérie.

Présenté comme l'un des principaux contributeurs financiers des dernières campagnes présidentielles de M. Bouteflika, M. Haddad est soupçonné d'avoir usé de ses liens privilégiés avec l'entourage présidentiel pour obtenir de gigantesques marchés publics.

Figuraient également sur cette liste, Abdelghani Zaalane, ex-ministre des Travaux publics, et Amara Benyounes, plusieurs fois ministre.

Selon des médias privés et officiels, M. Benyounes, président du Mouvement populaire algérien, petit parti ayant soutenu M. Bouteflika, a été écroué lui aussi à la prison d'El Harrach après avoir été entendu jeudi par le juge d'instruction de la Cour suprême.

M. Zaalane, qui avait succédé brièvement à M. Sellal comme directeur de campagne de M. Bouteflika, a été inculpé mercredi des mêmes chefs que M. Ouyahia mais a été relâché sous contrôle judiciaire.

Le Parquet a de son côté transmis le 10 juin les dossiers de 11 responsables ou ex-responsables soupçonnés dans une affaire de corruption visant Mahieddine Tahkout, 56 ans, puissant homme d'affaires incarcéré, proche également de M. Bouteflika.

Avec AFP

Rubrique Sport du 13 juin 2019 avec Yacouba Ouédraogo

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Le site d'info TSA bloqué sur le territoire algérien

Manifestations à Alger en Algérie le 1er mai 2019.

Le site indépendant d'informations consacré à l'actualité algérienne TSA est inaccessible depuis mercredi sur le territoire algérien, a indiqué jeudi à l'AFP son cofondateur et directeur Lounes Guemache, dénonçant "un acte de censure".

Le site TSA (Tout sur l'Algérie), qui se présente comme le "premier média francophone algérien sur internet", est particulièrement suivi depuis le début le 22 février du mouvement inédit de contestation contre le régime, reste accessible depuis l'étranger.

"Le blocage a commencé (mercredi) entre 17H30 et 18H00 (16H30 et 17H00 GMT). Nous ignorons les raisons du blocage. Pour nous, c'est un acte de censure", a déclaré à l'AFP M. Guemache en précisant que les versions française et arabe du site, hébergées sur le même serveur, étaient inaccessibles.

"Nous avons contacté Algérie Télécom", opérateur historique et 100% public, "qui a répondu ne pas être concerné par cette affaire alors que le blocage se situe à leur niveau. Pour l'heure, nous n'avons pas encore réussi à joindre les autorités pour obtenir des explications", a-t-il précisé.

Dans un communiqué, l'ONG de défense de la liberté de la presse Reporters sans Frontières (RSF) "s'interroge sur les raisons de ce blocage et réclame des explications aux autorités algériennes".

"Le fait que TSA soit bloqué sur le seul territoire algérien laisse à penser à une censure de nature politique vu son ton critique envers les autorités", déclare Souhaieb Khayati, directeur du bureau Afrique du Nord de RSF.

M. Guemache a dit ne pas comprendre "ce blocage contre" TSA "qui est indépendant et donne la parole à toutes les parties en Algérie".

TSA avait été bloqué en octobre et novembre 2017 sur les réseaux internet d'Algérie Télécom et de sa filiale mobile Mobilis.

Dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse de RSF, l'Algérie occupe la 136e place sur 180 pays.

A la faveur du mouvement de contestation, une partie des rédactions des médias publics, étroitement contrôlés, ont dénoncé les "pressions" subies de la part de leur hiérarchie et réclament la fin de la "censure".

Le ton s'est également libéré au sein de nombreux médias privés.

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