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Guinée

Affrontements à Conakry lors d'une manifestation anti-Condé

Manifestation pacifique contre un 3e mandat du président guinéen Alpha Condé le 7 novembre 2019 à Conakry. (Photo by CELLOU BINANI / AFP)

Des heurts sporadiques ont mis aux prises manifestants et forces de l'ordre guinéennes dans plusieurs quartiers de Conakry mardi, lors d'une journée de mobilisation contre un troisième mandat du président Alpha Condé, ont constaté des correspondants de l'AFP.

Les autorités avaient interdit cette journée de mobilisation qui devait marquer, moins de trois semaines avant la présidentielle du 18 octobre, l'entrée dans une nouvelle phase de la contestation menée depuis un an contre un troisième mandat de M. Condé.

Le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), qui mène cette contestation, a annoncé qu'un de ses dirigeants, Oumar Sylla, avait été interpellé et conduit dans un commissariat, une arrestation confirmée par le gouvernement.

Un correspondant de l'AFP a vu une douzaine de jeunes arrêtés et embarqués dans deux pick-ups des forces de sécurité.

A Bailobaya, en périphérie de la capitale, des jeunes ont érigé des barricades, renversé des poubelles, brûlé des pneus et déversé de l'huile de moteur sur l'axe principal reliant la banlieue et le centre-ville.

Des scènes similaires se sont produites dans les banlieues de Matoto et Hamdallaye, où les forces de l'ordre tentaient de lever les barricades et poursuivaient les jeunes dans les ruelles tortueuses et parfois boueuses.

Elles ont utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants qui leur lançaient des pierres.

Le FNDC a fait état d'autres rassemblements, notamment dans l'Ouest du pays.

Ce collectif a fait descendre des milliers de Guinéens dans la rue depuis octobre 2019 pour faire barrage à M. Condé. La contestation a donné lieu à des heurts et a été plusieurs fois sévèrement réprimée. Des dizaines de civils ont été tués.

Le FNDC entendait mobiliser massivement à partir de ce mardi. Les autorités ont interdit la marche prévue en affirmant vouloir, en cette période électorale, réserver l'espace public aux partis. Le FNDC a dénoncé un acte "illégal".

Ancien opposant historique, Alpha Condé, 82 ans, premier président démocratiquement élu en 2010 après des décennies de régimes autoritaires, a été réélu en 2015.

Il a fait adopter, lors d'un référendum contesté en mars, une nouvelle Constitution qui maintient la limite de deux mandats présidentiels. Mais son camp argue que ce changement de loi fondamentale remet les compteurs à zéro.

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Conakry va juger une soixantaine d'opposants au 3e mandat du président Condé

Les manifestations des Guinéens contre le 3ème mandat du président Alpha Condé, le 7 novembre 2019.

Le gouvernement guinéen a annoncé qu'une soixantaine de personnes seraient jugées en lien avec la contestation et les troubles qui ont accompagné la présidentielle et le référendum constitutionnel ayant débouché en 2020 sur un troisième mandat d'Alpha Condé à la tête de l'Etat.

Toutes ces personnes, parmi lesquelles des figures de l'opposition, passent pour être détenues depuis plusieurs mois.

La Guinée a été le théâtre entre octobre 2019 et octobre 2020 d'une intense agitation autour de la candidature de M. Condé, 83 ans aujourd'hui, à un troisième mandat controversé. La contestation, menée par l'opposition et une partie de la société civile et plusieurs fois brutalement réprimée, a fait des dizaines de morts civils et quelques morts dans les rangs des forces de sécurité.

M. Condé a soumis en mars 2020 un projet de nouvelle Constitution à un référendum couplé à des législatives et émaillé de violences. L'adoption lui a permis d'invoquer cette nouvelle Constitution pour s'affranchir de la limite de deux mandats et se présenter à la présidentielle d'octobre 2020, à nouveau entourée de violences.

Il a été proclamé vainqueur par la Cour constitutionnelle. L'opposition a dénoncé un "coup d'Etat électoral". Les Etats-Unis, la France et l'Union européenne ont émis des doutes sur la crédibilité de ces scrutins.

Des centaines de personnes ont été arrêtées au cours de la mobilisation et après la présidentielle, selon les défenseurs des droits humains.

Le porte-parole du gouvernement Tibou Kamara a indiqué vendredi soir dans un communiqué que 57 d'entre elles étaient renvoyées devant un tribunal. Huit d'entre elles seront jugées pour l'attaque d'un train minéralier dans laquelle trois gendarmes et un soldat avaient été tués dans un quartier périphérique de Conakry en proie aux heurts quelques jours après la présidentielle, a-t-il dit.

Le porte-parole évoque aussi le dossier d'Ibrahima Chérif Bah et Ousmane Gaoual Diallo, des responsables de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), le parti dirigé par le principal challenger de M. Condé à la présidentielle, Cellou Dalein Diallo. Avec d'autres opposants, ils ont été arrêtés après la présidentielle et inculpés, selon leurs avocats, pour fabrication, détention et usage d'armes de guerre et légères, et atteintes aux intérêts fondamentaux de la nation.

Quarante-neuf mis en cause seront jugés dans cette affaire, selon le porte-parole du gouvernement. Dans les deux dossiers, 40 personnes ont bénéficié d'un non-lieu et ont été relâchées, a-t-il ajouté.

Les défenseurs des droits humains dénoncent le durcissement autoritaire du régime de M. Condé. M. Condé "rassure l'opinion nationale et internationale" quant à son attachement "au respect des Droits de l'Homme et de la dignité humaine", assure le porte-parole.

L'adversaire de M. Condé à la présidentielle et le collectif qui a mené la mobilisation contre le troisième mandat, le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), ont dénoncé les efforts du pouvoir pour faire croire à l'indépendance de la justice.

Cellou Dalein Diallo a parlé sur Twitter "d'opération de communication", et a prédit que les jugements à venir seraient "dictés" par M. Condé.

"Dans cette affaire, la justice n'a jamais été et ne sera jamais indépendante. Elle agira suivant les instructions du dictateur Alpha Condé", a renchéri le FNDC sur Facebook.

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