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Twitter, Google et Facebook dans le collimateur de la justice américaine

Sheryl Sandberg et Jack Dorsey prêtent serment avant de déposer devant la commission sénatoriale, Capitol Hill, Washington, le 5 septembre 2018

Après les menaces, l'administration américaine a annoncé qu'elle allait passer à l'acte en se penchant sur des soupçons de partialité pesant sur les géants internet Twitter, Facebook ou encore Google, accusés par Donald Trump de bâillonner les voix conservatrices.

Le ministre de la Justice Jeff Sessions veut discuter avec plusieurs procureurs fédéraux avant la fin du mois "de l'inquiétude grandissante que ces sociétés puissent mettre à mal la libre concurrence et étouffent intentionnellement les échanges libres des idées sur leurs plateformes", a indiqué le ministère dans un communiqué.

Il a été diffusé à l'issue d'une audition des dirigeants de Twitter et Facebook par une commission sénatoriale pour évoquer les campagnes d'ingérences politiques étrangères sur les réseaux sociaux.

Le président américain avait récemment mis en garde les géants de la Silicon Valley contre ce qu'il estime être un manque d'impartialité. Il accuse notamment Google de truquer les résultats de son moteur de recherche au profit des médias "de gauche" et, logiquement, au détriment des conservateurs.

Le géant de la recherche en ligne avait alors démenti avec véhémence, assurant ne rechercher que la qualité et la pertinence de la recherche.

"Twitter n'utilise pas l'idéologie politique pour prendre ses décisions, qu'elles soient liées au classement du contenu de notre service ou à la façon dont nous appliquons notre règlement", a affirmé pour sa part le patron de Twitter Jack Dorsey dans une déclaration préparée et diffusée avant son audition au Sénat, où il était entendu avec la numéro deux de Facebook Sheryl Sandberg.

Jack Dorsey a ensuite été de nouveau interrogé pendant plusieurs heures, seul cette fois, par une commission de la Chambre des Représentants, en particulier sur les accusations de partialité venues du camp républicain.

"Censurez-vous les voix conservatrices?", lui a demandé le représentant démocrate (Pennsylvanie) Mike Doyle. "Non", a répondu le fondateur de Twitter.

- "Conneries" -

Comme d'autres élus démocrates, Mike Doyle a profité de cette audition pour balayer ces accusations, les qualifiant même "de ramassis de conneries".

Plusieurs ont aussi souligné "l'hypocrisie" de ces accusations alors que Donald Trump utilise lui-même abondamment Twitter pour s'exprimer.

Devant les sénateurs, Jack Dorsey et Sheryl Sandberg ont une nouvelle fois admis avoir tardé à combattre les manipulations sur les réseaux sociaux, notamment lors de la présidentielle américaine de 2016, affirmant toutefois être mieux armés pour les prochaines échéances, en particulier les législatives américaines de novembre.

Pourtant lui aussi convié, Google n'a pas participé à cette audition.

La Russie --qui dément catégoriquement-- est soupçonnée d'ingérence dans l'élection de Donald Trump, notamment en piratant les ordinateurs du parti démocrate, en menant une campagne anti-Hillary Clinton sur les réseaux sociaux ou encore en distillant des messages idéologiquement clivants sur les réseaux sociaux pour jeter de l'huile sur le feu dans la société américaine (racisme, immigration, avortement...).

M. Dorsey a admis que Twitter était "pas préparé et mal équipé face à l'immensité des problèmes" découverts en 2016, citant "les abus, le harcèlement, les armées de trolls et la propagande des bots (comptes automatiques)".

- Intégrité des élections -

"Nous ne sommes pas fiers de la façon dont des échanges libres et ouverts ont été utilisés comme armes pour détourner l'attention de la population et la diviser", a-t-il précisé.

Mme Sandberg a également reconnu que le premier réseau social au monde avait été "trop lent" pour repérer ces campagnes de désinformation et les combattre.

Twitter a fait des efforts pour protéger une "place publique saine" malgré les menaces toujours présentes, a continué M. Dorsey.

"Nous avons appris de 2016, et récemment d'élections dans d'autres pays, comment protéger l'intégrité de nos élections", a-t-il assuré.

En avril, le patron de Facebook Mark Zuckerberg avait présenté ses excuses aux parlementaires pour les failles de sécurité du réseau social, après le scandale Cambridge Analytica.

Facebook avait été largement critiqué pour n'avoir pas su identifier les manipulations politiques et a depuis développé des outils pour tenter de mieux les repérer.

Dans une déclaration écrite, le juriste en chef de Google, Kent Walker, a promis que le moteur de recherche continuerait à combattre les ingérences étrangères, notamment par "une plus grande transparence dans les publicités électorales".

La question est d'autant plus prégnante que les autorités américaines ont mis en garde contre de nouvelles tentatives de manipulation lors des législatives de novembre.

A Wall Street, Twitter et Facebook ont fini en baisse, respectivement de 6,06% et 2,33%.

Selon le centre de recherche Pew, 43% des sondés estimaient en juin que les principales sociétés technologiques soutiennent les opinions progressistes plutôt que conservatrices, et 72% pensaient que les réseaux sociaux censurent les opinions politiques qu'elles désapprouvent.

Avec AFP

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Destitution de Trump: les moments marquants des premiers témoignages télévisés

William Taylor, ancien ambassadeur en Ukraine qui est désormais chargé d’affaires à Kiev, et George Kent, secrétaire d’Etat adjoint chargé des affaires européennes et eurasiennes, ont été entendus mercredi. (AP Photo/J. Scott Applewhite)

Une révélation, des attaques républicaines, un peu de géopolitique: deux diplomates américains ont été longuement entendus mercredi lors des premières auditions publiques au Congrès depuis le début de l'enquête en destitution de Donald Trump.

Voici les moments les plus marquants des témoignages télévisés de William Taylor, le plus haut diplomate de l'ambassade des Etats-Unis à Kiev, et George Kent, haut responsable du département d'Etat spécialiste de l'Ukraine:

- La priorité de Trump en Ukraine -

William Taylor a rapporté un échange parvenu à ses oreilles récemment, qui donne l'image d'un Donald Trump obsédé par ses intérêts politiques personnels.

Le 26 juillet, un jour après avoir demandé à son homologue ukrainien d'enquêter sur son rival politique Joe Biden, le président américain s'est entretenu par téléphone avec un de ses proches, l'ambassadeur auprès de l'Union européenne, Gordon Sondland, qui se trouvait à Kiev.

Un des collaborateurs de M. Taylor, qui avait entendu les deux hommes discuter, avait ensuite demandé à M. Sondland ce que le locataire de la Maison Blanche pensait de l'Ukraine.

"L'ambassadeur Sondland a répondu que le président Trump s'intéressait davantage à l'enquête sur Biden" qu'à la situation dans ce pays, a révélé l'attaché d'affaires.

- "Témoin vedette" -

Plusieurs élus républicains ont reproché aux deux diplomates de n'avoir jamais parlé avec Donald Trump et d'extrapoler à partir de sources indirectes.

"Dans une phrase, on a six personnes impliquées dans quatre conversations", a ironisé Jim Jordan en interrogeant William Taylor: "Je ne peux pas y croire: vous êtes leur témoin vedette !"

"Je pensais avoir été clair quand j'ai dit que je n'étais pas ici pour prendre parti pour un camp ou un autre", a rétorqué l'ambassadeur sans se départir de son calme.

- Le canal "irrégulier" -

Les deux diplomates ont décrit comment un canal diplomatique "irrégulier" avait peu à peu pris le pas sur le canal "officiel" en Ukraine.

Ce canal, mis en place par l'avocat personnel de Donald Trump Rudy Giuliani, allait "à l'encontre" des intérêts américains dans ce pays", selon M. Taylor.

M. Giuliani "cherchait de quoi salir" Joe Biden, bien placé pour affronter Donald Trump lors de la présidentielle de 2020, a déclaré George Kent. "A la mi-août, il m'est apparu évident que ses efforts" "contaminaient désormais" les relations entre Kiev et Washington, a-t-il ajouté.

- Le fils Biden -

Le fils de Joe Biden, Hunter, est entré au conseil d'administration d'un groupe gazier ukrainien, Burisma, en 2014. Au même moment, son père, en tant que vice-président des Etats-Unis, s'est impliqué dans les efforts américains pour soutenir ce pays en pleine révolution.

Or, Donald Trump accuse Joe Biden d'avoir réclamé peu après le limogeage d'un procureur ukrainien pour protéger ce groupe d'une enquête de corruption.

George Kent a reconnu avoir signalé à la Maison Blanche que la nomination d'Hunter Biden risquait de créer "l'impression d'un conflit d'intérêt".

"Je n'ai toutefois jamais vu aucun effort américain pour protéger Burisma d'une enquête", a-t-il ajouté, en assurant qu'il n'existe "aucune" base pour soutenir les accusations du président.

- Les morts ukrainiens -

Tout au long de l'audition, les deux diplomates ont tenté de rappeler les enjeux du dossier pour l'Ukraine.

Les Etats-Unis ont suspendu au début de l'été une aide militaire de 400 millions de dollars destinée à ce pays, finalement débloquée à la mi-septembre. M. Trump est soupçonné de s'en être servi pour faire pression sur Kiev.

Or, cette aide était "cruciale pour la défense de l'Ukraine" engagée depuis cinq ans dans un conflit armé avec la Russie, a souligné M. Taylor.

Le diplomate a raconté s'être rendu la semaine dernière sur la ligne de front où un soldat ukrainien venait de mourir, laissant entendre que, sans cette aide, le bilan aurait pu être plus lourd.

Avec AFP

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