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Accusé d'"activités subversives", l'ambassadeur de l'UE sommé de quitter le pays


Le président du Bénin, Patrice Talon, à Cotonou, le 11 décembre 2017 (VOA/Ginette Fleure Adande)

Le gouvernement du président béninois Patrice Talon a ordonné à l'ambassadeur de l'Union européenne de quitter le territoire, l'accusant d'"activités subversives" et d'ingérence dans la crise politique que traverse le pays depuis plusieurs mois.

Les autorités béninoises ont donné jusqu'au 1er décembre à Oliver Nette, ressortissant allemand et chef de la délégation de l'UE à Cotonou depuis mai 2018, pour "partir du Bénin".

"Nous déplorons que cette coopération (entre le Bénin et l'UE), qui se porte très bien et qui est incontournable, ait été perturbée par les activités de ce diplomate qui se laisse aller à des activités que nous pouvons considérer comme subversives pour notre pays", a déclaré le porte-parole du gouvernement Alain Orounla lors d'un point-presse.

"Nulle part au monde, encore moins dans les pays occidentaux, vous ne verrez un diplomate africain manquer à ses obligations de courtoisie et à son devoir de réserve", a-t-il martelé.

Le gouvernement de Patrice Talon l'accuse de "s'intégrer beaucoup trop dans les affaires intérieures" et "de ne pas respecter son devoir de réserve de diplomate", a confié à l'AFP une source diplomatique béninoise, sans donner plus de détails sur ce qui est reproché exactement au diplomate.

La presse béninoise a fait état d'une rencontre récente entre M. Nette et des représentants d'un groupe émanant du parti d'opposition de l'ancien président et opposant Boni Yayi.

Contacté par l'AFP, Paul Hounkpè, le chef de file de cette mouvance, n'a pas souhaité s'exprimer.

De son côté, la délégation de l'Union Européenne à Cotonou n'a souhaité faire aucun commentaire.

A Bruxelles, on se dit extrêmement surpris de cette décision des autorités béninoises, assurant ne pas connaître les "raisons spécifiques de leur décision".

"Nous avons demandé d'urgence à nos partenaires béninois des éclaircissements, (...) mais nous ne les avons pas encore reçus à ce stade", a déclaré une porte-parole de l'UE à l'AFP.

Le Bénin, pays longtemps réputé pour être un modèle de démocratie en Afrique de l'Ouest, avait jusqu'à présent de "bonnes relations" avec l'UE, a relevé la porte-parole.

Sur le site de la Commission Européenne, il est indiqué que l'UE mène un programme de développement depuis 2014 dans le pays. Il prévoit de promouvoir la bonne gouvernance à hauteur de 184 millions d'euros et d'encourager le développement durable dans l'agriculture (80 millions) et un meilleur accès à l'énergie (80 millions). "L'UE apporte également son soutien aux organismes de la société civile (18 millions)".

Le Bénin et l'UE travaillent en coopération également en matière de sécurité, notamment dans la lutte contre les risques de propagation de la menace jihadiste depuis le Burkina Faso voisin ou contre la piraterie dans le Golfe de Guinée.

Selon plusieurs sources diplomatiques européennes en poste à Cotonou, ce geste "brutal", sans convocation préalable comme le requièrent les usages diplomatiques en vigueur, pourrait entraîner un isolement supplémentaire du pays, compliqué par le contexte actuel.

- Crise -

Économiquement, le petit pays d'Afrique de l'Ouest est asphyxié par son voisin nigérian, marché géant de 180 millions d'habitants, qui a décidé de fermer unilatéralement sa frontière et d'interdire tout commerce entre les deux pays par voie terrestre.

Le pays traverse également une grave crise politique et sociale depuis fin avril, date des dernières élections législatives, auxquelles l'opposition n'avait pas pu présenter de candidats.

L'Union Européenne avait d'ailleurs décidé de suspendre sa délégation d'observateurs du scrutin en signe de protestation.

Au lendemain du vote, des milliers de partisans de l'opposition étaient descendus dans les rues avant d'être dispersés par des tirs à balles réelles, fait extrêmement rare dans le pays.

Patrice Talon, élu en avril 2016, est accusé d'avoir engagé un tournant autoritaire au Bénin.

Le régime avait toutefois donné quelques signes d'apaisement ces dernières semaines, notamment en ouvrant un dialogue politique -auquel les principaux partis d'opposition n'avaient néanmoins pas été invités- et avait voté une procédure d'amnistie, permettant de ne pas engager de poursuites contre l'ancien chef de l'Etat, désormais en exil, Boni Yayi.

La semaine dernière, Boni Yayi a fait une visite éclair dans le pays avec une délégation de la CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest) sans avoir rencontré le chef de l'Etat, malgré ce qu'avait annoncé la présidence.

Avec AFP

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