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Aburoc, ligne de front humanitaire au Soudan du Sud


Un docteur de Médecins Sans Frontières (MSF) examine une jeune fille à Juba, Soudan du Sud, le 12 janvier 2014.
Un docteur de Médecins Sans Frontières (MSF) examine une jeune fille à Juba, Soudan du Sud, le 12 janvier 2014.

Le conflit au Soudan du Sud et ses déplacements massifs de populations font régulièrement émerger sur la carte des noms synonymes de grande détresse, comme Aburoc, un village du nord-est où les travailleurs humanitaires font face au dénuement le plus complet.

En l'espace de quelques jours, ce village retiré de l'Etat du Upper Nile (Haut Nil), situé tout près de la frontière avec le Soudan, a vu arriver au bas mot 30.000 hommes, femmes et enfants fuyant une offensive de l'armée gouvernementale, la SPLA.

Aburoc n'est pourtant guère une terre hospitalière: ce qui frappe en premier lieu, ce sont les mouches qui pullulent et le lit asséché de la rivière qui traverse le village.

C'est ensuite la couleur du sol, omniprésente, un gris cendré tirant vers le noir. Connu dans la région sous le nom de "black cotton", ce sol au contact presque caoutchouteux sous les pieds se transforme, à la première averse, en une boue épaisse comme de la glaise.

C'est dans ce paysage plat parsemé d'arbres que sont arrivés de nombreux habitants de la ville de Kodok, ayant fui le 24 avril l'offensive de la SPLA. Avec pour tout bagage la peur au ventre et quelques affaires réunies à la va-vite.

"Les besoins étaient énormes. Les gens vivaient sous les arbres", se rappelle Mario Zuazua, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

"Nous avons décidé qu'il était urgent de distribuer des biens non alimentaires: bâches en plastique, moustiquaires, savon et jerricans pour transporter l'eau", explique le jeune homme sur place.

Epidémie de choléra

Simultanément, l'organisation fait creuser des puits pour augmenter l'accès à l'eau, qui n'est dans un premier temps pas potable: les trois pompes manuelles qui subvenaient aux besoins des 1.000 habitants d'Aburoc ne suffisaient plus pour 20.000 à 30.000 déplacés.

Mais très vite le choléra fait son apparition. Une petite équipe de Médecins sans Frontières (MSF), déployée en urgence, fait alors face à un afflux de patients: les tentes d'isolement abritent rapidement 40 malades en permanence et chaque jour 30 nouveaux cas suspects sont amenés sur place.

MSF lance dans la foulée une campagne de vaccination anticholérique (11.000 personnes) qui, combinée aux efforts du CICR pour assainir l'eau avec des traitements chlorés, permet d'enrayer début juin l'épidémie.

Mi-mai, l'ONU a également distribué de la nourriture, permettant aux déplacés de reprendre un peu de forces.

"Pour le moment, la situation est stabilisée. Mais ça a été vraiment difficile parce que nous avons eu très peu de temps (pour faire face) et que vous devez intervenir dans des conditions compliquées: une heure de forte pluie ici et, pendant les deux jours qui suivent, vous avez de la boue partout", résume Nicolas Guiral, coordinateur de terrain pour MSF.

Une bonne partie, peut-être 20.000, des déplacés d'Aburoc ont depuis poursuivi leur route pour se réfugier au Soudan voisin, ayant perdu tout espoir à court terme de rentrer chez eux.

Urgences partout

Il reste désormais environ 10.000 déplacés à Aburoc, vivant dans une extrême précarité, dans des abris en bois recouverts de bâches blanches.

"Nous allons rester ici", affirme Faulino Tipo Deng, un des responsables des déplacés de Kodok, qui estime que les conditions ne sont guère meilleures au Soudan voisin.

Quant à Kodok, "nous ne voulons pas y retourner pour le moment. A Kodok, toutes les maisons et nos biens ont été pillés. C'est la même chose pour notre bétail et nos ânes. Tout a été pris", ajoute l'homme drapé dans un élégant tissu rose.

Depuis le début de l'année, la SPLA a mené pendant plusieurs mois une importante offensive sur la rive occidentale du Nil Blanc, dans cette bande de territoire comprise entre le Nil au sud et la frontière soudanaise au nord. Partie de Malakal, la SPLA a pris le contrôle de plusieurs localités comme Wau-Shilluk, Kodok et Kaka.

La région abrite le royaume multi-séculaire des Shilluk, qui disposent d'une milice armée, les Agwalek. L'offensive, lancée avant que la saison des pluies ne rende impossible tout transport de troupes sur les pistes en terre, pourrait traduire la volonté du gouvernement de reprendre le contrôle des deux rives du Nil Blanc afin d'y rétablir le transit fluvial de marchandises en provenance du Soudan.

Aburoc est situé un peu à l'écart du fleuve et de son enjeu stratégique, ce qui lui a sans doute permis d'être épargné.

En attendant le début imminent de la saison des pluies, les acteurs humanitaires se préparent à un pic de malaria, tentent d'endiguer durablement le choléra et espèrent que les déplacés d'Aburoc continueront à recevoir de l'aide, notamment de la nourriture.

"Je sais que c'est difficile car il y a tant d'urgences partout dans le pays, résume Nicolas Guiral. Mais ici, nous parlons encore de 10.000 personnes. C'est moins que ça n'a été mais quand même, ça reste 10.000 personnes".

Avec AFP

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