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A Madagascar, récits des derniers survivants de l'insurrection de 1947


Des anciens combattants venus du Madagascar et du reste de l’Afrique lors d’une rencontre avec le président français Charles de Gaule à Paris, France, 13 juillet 1962.

Ils ne sont plus très nombreux, tous nonagénaires ou presque, mais ils ont tenu à en être. Les anciens combattants malgaches ont célébré mercredi le 70e anniversaire du soulèvement, réprimé dans le sang, qui a abouti à l'indépendance de leur pays.

Le soir du 29 mars 1947, des milliers de paysans en colère contre le travail forcé et les réquisitions imposées par la France empoignent leurs sagaies et partent à l'assaut de casernes et de propriétés de colons dans plusieurs villes de la Grande-Île.

Ravavy Randrenampiana n'avait que 16 ans mais il se souvient encore très bien des raisons qui l'ont, à l'époque, poussé à prendre les armes contre la puissance coloniale française.

"On souffrait. Le fardeau de la colonisation était vraiment très lourd à porter", se souvient l'octogénaire.

"Le mal qu'ils nous faisaient, c'était de nous faire payer des taxes. Pour les zébus, les chiens, les maisons, les terres", énumère-t-il, "pour tout ce qu'on possédait on devait payer des taxes".

Ramiandrisoa, 95 ans, exhibe sa carte d'ancien combattant de l'insurrection. Il en tire tous les trois mois l'équivalent de 30 euros de pension. A peine de quoi survivre dans un des pays les plus pauvres du monde, mais il est en très fier.

Sur les exactions des colons, lui aussi est intarissable.

"On portait le chef de district, les garde-forêts (sic) et les fonctionnaires sur des chaises à porteurs. C'était servir comme des esclaves", s'indigne-t-il. "On devait porter des tronçons de bois de 20 mètres. Tous les jours. Si t'as pas fini, tu es puni le soir !"

En mars 1947, donc, le couvercle de la colère des "indigènes" explose brutalement.

A peine 17 ans à l'époque, Raymond Rakotomalala a participé à l'attaque de la caserne française de Moramanga (centre), qui a donné le coup d'envoi du soulèvement. Entre autres missions, il transportait les gris-gris des combattants dans une citrouille...

- 'Des blessures partout' -

"Arrivés près de la poudrière (de la caserne), nous voyons sept militaires, des tirailleurs sénégalais et des indigènes (malgaches). Leurs armes était en faisceau", raconte-t-il, "les insurgés ont lancé leurs sagaies sur chaque soldat. Tous ont été tués, sauf un".

"Les colons n'ont pas eu le temps de se préparer, ils étaient tous en ville avec leur concubine !", s'amuse encore aujourd'hui Raymond, qui préside l'association locale des anciens combattants nationalistes, "c'est pourquoi nous avons gagné".

Ce succès est de courte durée. Les troupes coloniales ripostent rapidement. Les mutins sont obligés de battre en retraite.

"Nous nous réfugions dans la forêt la nuit", poursuit l'octogénaire. "On ne pouvait pas cuisiner le jour. Si on allumait le feu le jour, il y avait des avions qui survolaient et alors ils rafalaient avec des roquettes. On avait des blessures partout".

"On ne mangeait que du manioc, le manioc des colons que l'on allait voler la nuit", renchérit Ravavy Randrenampiana. "C'était une rébellion à la vie, à la mort".

Arrestations arbitraires, tortures, exécutions sommaires... La répression de l'armée française est féroce et durera plusieurs mois. Les chiffres des historiens divergent largement, mais elle fera entre 10.000 et 100.000 victimes.

Les "troubles" de mars virent à l'insurrection. Les autorités françaises en accusent le Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM), qui milite pour l'indépendance. Ces chefs sont arrêtés et le parti interdit.

Les insurgés finissent par se rendre en décembre 1948. Et Madagascar n'obtiendra son indépendance qu'en 1960.

Mercredi, le président malgache Hery Rajaonarimampianina a rendu un hommage appuyé aux anciens combattants encore en vie de ce conflit. A Moramanga, ils sont encore 179.

"Nous sommes fiers de vous avoir, nous tenons à vous remercier", leur a-t-il lancé lors d'une cérémonie. "Votre combat d'antan est devenu notre lumière d'aujourd'hui".

Avec AFP

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