Soudan du Sud: Salva Kiir nomme son rival Riek Machar vice-président

Salva Kiir et Riek Machar, le 21 janvier 2015 à Arusha. (AP Photo

C'est une avancée symbolique sur la voie de l'application de l'accord de paix d'août 2015 - qui prévoyait un cessez-le-feu et un mécanisme de partage du pouvoir - pour mettre fin à deux ans de guerre civile.

Le président sud-soudanais Salva Kiir a réinstallé comme vice-président son ennemi juré Riek Machar, chef de la rébellion qui avait déjà occupé ce poste entre 2005 et 2013, une avancée symbolique dans la mise en oeuvre de l'accord de paix signé en août dernier.

"Moi, Salva Kiir Mayardit, président de la République du Soudan du Sud, édicte par la présente ce décret présidentiel qui ordonne la nomination de Riek Machar Teny comme premier vice-président de la République du Soudan du Sud", a annoncé le président dans un décret publié jeudi soir.

Cette annonce est une avancée symbolique sur la voie de l'application de l'accord de paix conclu par MM. Kiir et Machar le 26 août 2015 - qui prévoyait un cessez-le-feu et un mécanisme de partage du pouvoir - pour mettre fin à deux ans d'une guerre civile dévastatrice.

M. Machar avait déjà été le vice-président de M. Kiir entre 2005 et 2011, quand le Soudan du Sud n'était encore qu'une région semi-autonome au sein du Soudan, puis entre juillet 2011 - après l'indépendance - et juillet 2013, quand il avait été démis de ses fonctions.

Quelques mois plus tard, le 15 décembre 2013, le Soudan du Sud avait plongé dans la guerre civile quand des combats avaient éclaté au sein de l'armée nationale, minée par des dissensions politico-ethniques alimentées par la rivalité à la tête du régime entre M. Kiir et M. Machar.

"C'est une bonne nouvelle, parce que c'est un pas en avant dans l'application de l'accord de paix. Cela signifie que nous mettons en oeuvre l'accord de paix comme stipulé", a déclaré à l'AFP M. Machar, qui s'exprimait depuis l'Ethiopie.

Si la nomination de M. Machar est un signal positif lancé à la rébellion, il faudra encore attendre qu'il retourne à Juba, la capitale où il n'a plus mis les pieds depuis deux ans, pour juger de la bonne volonté des deux camps.

"Si je reçois le soutien nécessaire pour assurer ma sécurité, je pense que je serai capable de prendre mes fonctions dans quelques semaines", a promis M. Machar, sans donner de date précise.

"Une guerre multipolaire"

Malgré l'accord d'août, les violences n'ont jamais cessé et les belligérants s'accusent mutuellement de ne pas remplir leurs engagements. Les combats opposent aussi à présent de nombreux groupes armés aux agendas souvent locaux.

La nature de plus en plus "factieuse" des groupes rebelles transforme le conflit "en une guerre multipolaire avec des affrontements localisés", prévient ainsi Casie Copeland, experte au groupe de réflexion International Crisis Group (ICG).

Les discussions sur la formation d'un gouvernement d'union nationale sont également pour l'instant toujours dans l'impasse. Elles étaient censées aboutir avant la date butoir du 22 janvier.

La décision du président Kiir de tripler le nombre d'États régionaux, passés de 10 à 28, a été mal ressentie par les rebelles, qui l'ont accusé d'avoir compromis un pilier fondamental de l'accord de partage du pouvoir.

Le Soudan du Sud était devenu indépendant en juillet 2011, après des décennies de conflit avec Khartoum. La guerre civile a éclaté en décembre 2013 à Juba, lorsque M. Kiir, un Dinka, a accusé son ancien vice-président, de l'ethnie Nuer, de fomenter un coup d'État.

Plus de 2,3 millions de personnes ont été chassées de chez elles et des dizaines de milliers tuées par la guerre et les atrocités à grande échelle qui l'accompagnent - massacres ethniques, viols, torture, meurtres et recrutement d'enfants, déplacements forcés de populations - dont sont responsables les deux camps.

Le Soudan du Sud est aussi dans une situation humanitaire catastrophique. Selon l'ONU, plus de 2,8 millions de personnes ont besoin d'aide alimentaire d'urgence, soit près d'un quart de la population, et 40.000 ont passé un seuil critique.

Fin janvier, un groupe d'experts de l'ONU a recommandé au Conseil de sécurité de sanctionner MM. Kiir et Machar, en estimant qu'ils étaient responsables de la majorité des violences commises depuis le début du conflit.

AFP