Peur à Buea, la veille de la présidentielle au Cameroun

Des membres du Bataillon camerounais d'élite d'intervention rapide (BIR) assis sur leur véhicule militaire sous panneau de campagne (à gauche) du président camerounais Paul Biya, candidat à la réélection prévue le 7 octobre, lors d'une patrouille dans la ville de Buea, au sud-ouest du pays Cameroun, 4 octobre 2018.

A la veille de la présidentielle de dimanche au Cameroun, la peur s'est installée à Buea, capitale de la région du Sud-Ouest anglophone où les séparatistes armés ont promis "la guerre" dans cette ville quadrillée par l'armée et la police.

"Il y a quasiment autant de militaires, policiers et agents de renseignement que de civils" dans la ville en grande partie désertée de ses 100.000 habitants, selon une source proche des services de sécurité.

A Mile 16, un des bastions séparatistes situé à la périphérie de Buea, policiers et gendarmes armés tiennent un check-point, filtrant les entrées et les sorties.

Les contrôles des pièces d'identité sont systématiques. Non loin du check-point, des éléments du Bataillon d'intervention rapide (BIR), unité d'élite de l'armée, sont postés devant un commerce à l'abandon.

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En août, une vaste opération des forces de sécurité avait permis de déloger plus 800 séparatistes présumés de Mile 16, mais la zone ne semble pas totalement sécurisée, selon une ONG locale.

- Voter, "un grand risque" -

"C'est risqué de marcher à Mile 16. S'ils (policiers et gendarmes) vous trouvent là, ils vous abattent", affirme un conducteur de véhicule de transport en commun.

Le long de la route principale qui traverse ce quartier, commerces et maisons d'habitations sont clos. Il n'y a pas l'ombre d'une personne dans la rue.

D'incessantes patrouilles de militaires postés sur des véhicules rythment la vie de cet axe qui conduit en centre-ville.

Là, devant le siège régional de Election cameroon (Elecam), qui organise la présidentielle, des soldats du BIR appuyés par des policiers assurent la sécurité.

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"Le staff d'Elecam peut être pris pour cible par les séparatistes", souligne un responsable local de cet organisme, précisant que toute prise de vue, photo ou vidéo, du personnel est interdite.

"Les gens qui viendront voter prendront un grand risque", reconnait-il.

"Les sécessionnistes ont promis la guerre le jour du vote. Ils ont dit: +si tu sors voter, on te tue+", rapporte un acteur de la société civile. "Les gens ont peur. Un grand nombre va s'abstenir", prévoit-t-il.

De fait, il n'y a plus grand monde dans la ville "désertée à plus de 80%", selon lui.

Il estime que l'important dispositif sécuritaire mis en place par les autorités permettra, certes, de protéger les zones sensibles et les lieux de vote, "mais les séparatistes n'ont peur de rien". "Il est possible qu'ils tentent des actions d'éclats pour décourager le peu de personnes qui auront envie d'aller voter".

- "Ne pas avoir peur" -

"Rien ne m'empêchera de voter. On ne doit pas avoir peur parce qu'ils (les séparatistes) sont là", affirme, déterminé, Benz Enow Bate, membre du G20, un groupe de vingt partis soutenant la candidature du président sortant Paul Biya.

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M. Enow Bate votera à Mamfe, l'un des épicentres de la crise, à 180 km de Buea. Il fait partie d'une délégation de personnalités régionales comprenant au moins un ministre, des directeurs de société, qui a quitté Buea samedi pour Mamfe, sous haute protection de l'armée.

Au départ de son hôtel, M. Enow Bate, est gardé par une dizaine de gendarmes, dont un prend le volant de son 4x4, un autre occupe le siège avant. Le reste prend place à bord d'un véhicule pick-up de la gendarmerie.

Une tronçonneuse est placée à l'arrière du 4x4 pour dégager la route obstruée depuis la nuit de vendredi par des troncs d'arbres coupés par un groupe séparatiste.

Très renseignés sur les déplacements des officiels et de l'armée, les combattants anglophones coupent régulièrement les routes de la région pour tendre des embuscades ou rendre le voyage pénible.

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Le Sud-Ouest et le Nord-Ouest du Cameroun sont confrontés à un violent conflit armé qui a entraîné le déplacement de plus de 300.000 personnes, dont 246.000 dans le seul Sud-Ouest, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

"Les déplacés ont été invités à retourner voter chez eux. Nous sommes conscients que tout le monde ne peut pas rentrer en raison de l'insécurité. Beaucoup ne pourront par conséquent pas voter, mais qu'est-ce que nous pouvons y faire?", s'interroge un agent d'Elecam à Buea.

Pour le partisan de Paul Biya, Benz Enow Bate, si beaucoup d'anglophones sont mécontents, cela "n'engage qu'eux: le Cameroun doit avancer".

Avec AFP