Le groupe État islamique détruit un minaret symbolique en Irak

Le minaret de Al-Hadba à la Grande Mosquée à Mossoul, en Irak, le 1er juin 2017.

L'emblématique minaret penché qui s'élevait depuis des siècles à Mossoul ne se détachait plus de la ligne d'horizon jeudi, après sa destruction par les jihadistes face à l'avancée des forces irakiennes vers la célèbre mosquée adjacente.

Des explosions ont secoué mercredi soir la mosquée al-Nouri, où Abou Bakr al-Baghdadi avait donné en juillet 2014 son premier prêche en tant que leader du groupe Etat islamique (EI), et son minaret penché, connu sous le nom de "Hadba" ("la bossue").

Des responsables irakiens et de la coalition internationale menée par les Etats-Unis, qui soutient les forces irakiennes, ont vu dans la destruction du site un signe de la perte imminente de la vieille ville par les jihadistes.

Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a notamment estimé qu'elle équivalait à une "déclaration officielle de défaite".

La destruction de ce minaret du 12e siècle, un des plus célèbres monuments du pays, surnommé parfois la tour de Pise irakienne, a laissé les Irakiens en état de choc.

Une reprise par les forces irakiennes de ces monuments, huit mois après le début de leur offensive en vue de reprendre le dernier grand fief des jihadistes dans le pays, aurait porté un énorme coup à l'EI.

'Trésors'

"Ils ont fait exploser l'endroit dans une tentative de cacher leurs grosses pertes (...) mais les médias et les gens voient (...) la chute de Daech", a déclaré à l'AFP à Mossoul le général de brigade Falah Fadel al-Obeidi, des forces du contre-terrorisme (CTS), en utilisant un acronyme de l'EI en arabe.

L'EI a affirmé via son agence de propagande Amaq que les sites avaient été bombardés par l'aviation américaine, mais la coalition internationale a indiqué que les jihadistes avaient "détruit l'un des plus grands trésors de Mossoul et de l'Irak alors que les forces irakiennes s'en approchaient".

Brett McGurk, l'envoyé américain auprès de la coalition internationale, a également vu "le signe le plus clair du désespoir et de la défaite" des jihadistes.

La destruction de ces deux monuments de la vieille ville de Mossoul s'ajoute à une longue liste d'autres joyaux du patrimoine irakien qui ont été dynamités par l'EI depuis 2014 sur les territoires qu'il a capturés en Irak et en Syrie.

Le minaret, dont la construction a été achevé en 1172, était un emblème de la ville et est imprimé sur les billets de 10.000 dinars irakiens. Les jihadistes avaient planté leur drapeau noir à son sommet, à 45 m de hauteur.

L'EI, qui considère comme une hérésie le fait de révérer des objets comme ce genre de monuments, avait déjà menacé de détruire la "bossue" mais son action avait été contrecarrée par des habitants qui avaient formé une chaîne humaine autour, selon des témoins.

'Symbole'

Le minaret était visible depuis de nombreux secteurs de la ville, notamment de la rive est, de l'autre côté du Tigre, le fleuve qui sépare la ville en deux.

L'avancée des forces de sécurité vers la mosquée al-Nouri s'inscrit dans le cadre d'un assaut lancé dimanche sur la vieille ville, considéré comme sa bataille la plus difficile depuis le début de ses combats contre l'EI.

Le secteur toujours contrôlé par les jihadistes est relativement petit mais les rues étroites de la vieille ville et la présence de nombreux civils rendent l'avancée des forces irakiennes extrêmement délicate, alors que les combattants de l'EI sont prêts à se battre jusqu'à la mort.

Quelque 100.000 civils sont "retenus comme boucliers humains" dans la vieille ville, selon l'ONU.

Si les forces irakiennes ont progressé en direction de la mosquée al-Nouri, des commandants irakiens préviennent que la bataille du Vieux Mossoul est loin d'être finie.

Interrogé sur la destruction du minaret et de la mosquée mercredi, un habitant de la partie ouest de Mossoul a indiqué que les vies humaines étaient bien plus importantes qu'un monument historique.

"Même si c'était le symbole (...) de Mossoul, il y a des gens qui ont été tués. Ils sont bien plus précieux que le minaret", a déclaré à l'AFP Yasser Ali, 38 ans.

Avec AFP