L'Allemagne s'apprête à restituer à la Namibie un monument du XVe siècle

Windhoek, capitale de la Namibie, 24 février 2017

L'Allemagne doit décider vendredi de restituer à la Namibie un monument érigé au XVe siècle pour guider les explorateurs portugais, dernier épisode en date de la volonté du pays de tirer un trait sur son passé colonial.

Cette mesure doit être officiellement annoncée à la presse en fin de matinée par le Musée de l'Histoire allemande à Berlin et le gouvernement allemand. Elle porte sur la restitution de la croix en pierre de Cape Cross.

Ce monument, qui s'élève à plus de trois mètres et pèse plus d'une tonne, a été érigé en 1486 par des navigateurs portugais dans la région qui est devenue aujourd'hui la Namibie. Elle constituait à l'époque un signe d'orientation pour les navigateurs autour de la côte sud-ouest de l'Afrique.

Dans les années 1890, après que le pays est passé sous contrôle de l'empire allemand en pleine période de colonisation, la croix de pierre fut transportée à Berlin.

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Elle est depuis 2006 présentée dans une exposition permanente du musée.

Mais la Namibie, en conflit depuis des années avec Berlin au sujet de différentes demandes de réparations liées à la colonisation germanique, a demandé la restitution du monument en juin 2017. Plusieurs tentatives de sa part au XXe siècle s'étaient révélées infructueuses.

Finalement, les autorités allemandes, sous pression pour faire un geste à l'égard de leur ancienne colonie, ont fini par obtempérer.

Si le travail de mémoire en Allemagne sur la période nazie est généralement jugé exemplaire, il n'en est pas de même concernant la période coloniale en Afrique, de la deuxième moitié du XIXe siècle et du début du XXe, longtemps délaissée.

Les choses ont commencé à changer ces dernières années. Le pays a déjà rendu des ossement datant de la colonisation africaine et s'est engagé en mars à accélérer ces restitutions.

"La restitution de biens culturels est un pilier important pour notre avenir commun avec la Namibie", a déclaré jeudi la secrétaire d'Etat allemande pour la Politique culturelle internationale, Michelle Müntefering.

- "Injustice historique" -

Pour le président de la fondation du Musée Raphael Gross, la restitution est "un geste important" pour la Namibie comme pour le Musée car elle permet de "reconnaître une injustice historique (...) au-delà des normes légales".

"C'est l'un des rares objets qui documente l'occupation du pays par les Portugais et ainsi le lent début de la domination coloniale dans la Namibie actuelle", a-t-il expliqué en mars au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung.

"Pour les Namibiens et pour leur compréhension culturelle et politique d'eux-mêmes, (ce monument) est aujourd'hui d'une grande importance parce qu'il représente l'expérience de la domination coloniale du point de vue de ceux qui y étaient soumis", a-t-il poursuivi.

L'Allemagne a régné sur la colonie autrefois appelée Afrique du Sud-Ouest entre 1884 et 1915.

L'histoire de son empire colonial a été marquée par la politique d'extermination des tribus révoltées Herero et Nama sur le territoire de la Namibie actuelle.

- Premier génocide du XXe siècle -

Les restes de certaines victimes ont ensuite été amenés en territoire allemand. Nombre d'ossements restent encore stockés dans divers établissements publics. En août 2018, l'Allemagne a ainsi restitué 19 crânes, un scalp et d'autres ossements à la Namibie.

Berlin a reconnu sa responsabilité pour les massacres des Hereros et des Namas, mais n'a pas présenté d'excuses officielles pour ce que certains historiens considèrent comme le premier génocide du XXe siècle.

Namibiens et Allemands négocient depuis de longues années à ce sujet, alors que Berlin est opposé au versement de réparations aux descendants des victimes.

Outre la Namibie actuelle, l'empire allemand recouvrait une partie de l'Afrique des Grands Lacs, les territoires du Togo et du Cameroun ainsi que des îles du Pacifique.

Avec AFP