Guerre en Ukraine: accusations de racisme envers les réfugiés aux frontières

Des hommes fuyant le conflit en Ukraine portent leurs affaires sur leur tête en direction d'un poste frontière entre l'Ukraine et la Pologne, le 28 février 2022.

Des Nigérians, des Indiens et des Libanais sont bloqués à la frontière avec la Pologne.

Déferlant dans les pays voisins par centaines de milliers, tantôt tenant un enfant dans un bras, quelques effets dans l'autre, les réfugiés d'Ukraine sont accueillis chaleureusement par les dirigeants de pays comme la Pologne, la Hongrie, la Bulgarie, la Moldavie et la Roumanie.

Mais dans le chaos qui fait suite à l'avancée des forces russes en Ukraine, plusieurs témoignages font état d’une réalité troublante : des résidents non blancs de l'Ukraine, notamment des Nigérians, des Indiens et des Libanais, sont bloqués à la frontière avec la Pologne. Contrairement aux Ukrainiens, les ressortissants des pays non-européens ont besoin d'un visa pour entrer dans les pays voisins.

Dans des vidéos non authentifiées partagées sur les réseaux sociaux sous le hashtag #AfricansinUkraine, des étudiants africains sont empêchés de monter à bord de trains quittant l'Ukraine, sommés de laisser leurs sièges aux Ukrainiens. L’apparition de l’enregistrement a poussé le gouvernement nigérian à demander aux autorités polonaises de traiter ses ressortissants avec humanité.

Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, le changement de ton de certains des dirigeants européens les plus extrémistes en matière d'immigration est frappant.

C’est le cas notamment de Viktor Orban, Premier ministre de la Hongrie, dont le ton démontre un revirement spectaculaire. En effet, en l’espace de quelques mois, il est allé de "Nous ne laisserons entrer personne" à "Nous laissons entrer tout le monde".

Dans le premier cas, en décembre, il s'adressait aux migrants et aux réfugiés originaires du Moyen-Orient et d'Afrique qui cherchaient une terre d’asile en Europe via la Hongrie. Dans le second cas, cette semaine, il s'adressait aux réfugiés originaires d'Ukraine.

Des journalistes épinglés

Et il n'y a pas que les politiciens. Certains journalistes sont également critiqués pour la façon dont ils décrivent les réfugiés ukrainiens.

"Ce sont des gens prospères, de la classe moyenne", a déclaré un présentateur du canal en anglais de la télévision Al Jazeera. "Ce ne sont manifestement pas des réfugiés qui essaient de fuir des régions du Moyen-Orient... de l'Afrique du Nord. Ils ressemblent à n'importe quelle famille européenne dont vous seriez le voisin".

La chaîne qatarie a présenté ses excuses en disant que ces commentaires étaient insensibles et irresponsables.

Idem à la chaîne américaine CBS News, qui s'est excusée après qu'un de ses correspondants a déclaré que la guerre à Kiev n'était pas "comme l'Irak ou l'Afghanistan, où le conflit fait rage depuis des décennies. C'est une ville relativement civilisée, relativement européenne".

"Racisme profondément ancré"

L'année dernière, des centaines de personnes, principalement originaires d'Irak et de Syrie, mais aussi d'Afrique, se sont retrouvées bloquées dans un no man's land entre la Pologne et le Belarus. A l’époque, l'UE accusait le président bélarussien Alexandre Loukachenko d'attirer des milliers d'étrangers à ses frontières en représailles aux sanctions. La Pologne était même allée jusqu’à bloquer l'accès aux groupes d'aide et aux journalistes. Plus de 15 personnes ont péri dans le froid.

Pendant ce temps, en Méditerranée, l'Union européenne a été fortement critiquée pour avoir financé la Libye afin qu'elle intercepte les migrants qui tentent d'atteindre ses côtes, aidant à les renvoyer dans des centres de détention abusifs - et souvent mortels.

La semaine dernière encore, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a dénoncé l'augmentation de la "violence et des violations graves des droits de l'homme" aux frontières de l'Europe, en pointant spécifiquement du doigt la Grèce.

"Il n'y a aucun moyen d'éviter les questions autour du racisme profondément ancré dans les politiques migratoires européennes quand on voit à quel point les réactions des gouvernements nationaux et des élites de l'UE sont différentes face aux personnes qui tentent de rejoindre l'Europe", a écrit sur Twitter Lena Karamanidou, chercheuse indépendante sur la migration et l'asile en Grèce.

De son côté, l'Agence des Nations unies pour les réfugiés a exhorté "les pays d'accueil à continuer à accueillir tous ceux qui fuient les conflits et l'insécurité - indépendamment de leur nationalité et de leur race".

Un sentiment partagé par le journaliste syrien Okba Mohammad, qui avait dû fuir sa ville natale en 2018 pour se réfugier en Espagne : "Un réfugié est un réfugié, qu'il soit Européen, Africain ou Asiatique", a-t-il conclu.

Avec Associated Press.