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Travailler en Israël, "une chance" malgré la guerre pour les jeunes du Malawi


Des soldats israéliens lors d'un raid dans le camp de Balata en Cisjordanie.
Des soldats israéliens lors d'un raid dans le camp de Balata en Cisjordanie.

Ils considèrent cela comme une chance, malgré la guerre : au Malawi, pays d'Afrique australe parmi les plus pauvres de la planète, des centaines de jeunes font la queue, prêts à rejoindre Israël pour y travailler, avec l'espoir d'une vie meilleure.

"C'est risqué, mais c'est mieux que de rester chez nous à ne rien faire", lâche à l'AFP une jeune femme de 24 ans, qui ne souhaite pas donner son nom. Comme elle, ils sont plusieurs centaines ce jour-là à attendre pour déposer leur candidature au départ, dans cet hôtel de la capitale Lilongwe, transformé temporairement en centre de recrutement. Serrant contre elle une enveloppe marron contenant son dossier, elle raconte être au chômage depuis la fin de ses études il y a trois ans : "Je prie pour que nous rentrions tous chez nous sains et saufs, mais c'est un risque que je prends".

Le Malawi, où près des trois quarts de la population de plus de 20 millions vivent sous le seuil de pauvreté, mène un programme d'exportation de main-d'œuvre ciblant les jeunes, pour leur permettre notamment de gagner des devises étrangères, dont le pays a désespérément besoin. Il a tissé des liens étroits avec Israël au fil des années, alors que d'autres pays africains défendent plus radicalement les droits des Palestiniens. Il y a déjà envoyé par le passé des diplômés en agriculture.

Depuis les attaques du Hamas du 7 octobre, suivis de bombardements israéliens massifs sur Gaza en représailles, des milliers d'employés agricoles ont quitté les fermes d'Israël, dépouillant ce secteur important de l'économie nationale d'une partie de sa main d'oeuvre. "La vie est faite de hasard, on fait des paris. Parfois c'est bien de prendre des risques", philosophe Blessings Kanyimbo, un autre candidat.

Mercredi soir, un avion a décollé pour Tel-Aviv. Un autre était déjà parti la semaine dernière, transportant plus de 200 jeunes hommes et des promesses d'embauches dans des fermes israéliennes désertées. Certains anciens employés étaient des étrangers, d'autres des Palestiniens de Gaza qui ont vu leur permis de travail israélien révoqué après les attaques.

"Tout peut arriver"

Jusqu'à 5.000 Malawites pourraient être envoyés en Israël, selon les autorités. Les recrutements sont prévus jusqu'à fin janvier. "La vie est dure au Malawi, de plus en plus. On ne voit pas le bout du tunnel", se lamente Graciam Banda, qui attend aussi patiemment dans la file.

Ce commerçant de 30 ans dit gagner l'équivalent de 60 dollars par mois. Quand Israël lui promet un salaire mensuel de 1.500 dollars. "Je dois nourrir ma famille, payer mon loyer et m'occuper de tout le reste. Avec ce que je gagne ici, c'est impossible", calcule-t-il. Ce job à quelque 6.800 kms de là, "c'est une chance" pour moi.

L'opposition au Malawi a qualifié l'accord d'exportation de main d'oeuvre du gouvernement de "transaction diabolique" avec une région où la guerre a déjà fait des milliers de morts.

Les organisations de défense des droits de l'homme ont exigé que soient dévoilées les conditions exactes de l'accord avec Israël afin que les Malawites soient informés des risques encourus. Mais le gouvernement rejette les critiques en bloc.

"Nos jeunes travaillent dans de nombreux pays comme le Qatar, les Émirats arabes unis, le Koweït, Israël et bien d'autres", a expliqué à l'AFP le ministre de l'information, Moses Kunkuyu. "Tout peut arriver n'importe où, mais le même niveau de sécurité que celui accordé aux citoyens israéliens sera accordé aux citoyens malawites", a-t-il poursuivi.

Des dizaines de travailleurs étrangers figuraient parmi les 239 personnes prises en otage par le Hamas, selon Israël. L'ambassadeur d'Israël au Malawi, Michael Lotem, a pour sa part assuré dans la presse locale que c'est un accord "gagnant-gagnant" : les Malawites gagneront de l'argent et du savoir, tandis qu'Israël comblera en partie son déficit de main-d'œuvre.

En plus de l'exode des travailleurs étrangers, quelque 350.000 Israéliens ont été appelés sous les drapeaux.

Les travailleurs malawites "ne vont pas à Gaza. Ils travailleront en Israël", a souligné M. Lotem, promettant : "Nous prendrons soin d'eux autant que nous prenons soin des Israéliens".

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