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Tradition unique à Damas, l'appel à la prière collectif de la mosquée des Omeyyades


L'ex-ville syrienne rebelle de Douma à la périphérie de Damas, Syrie, 17 avril 2018.

Dans une petite salle de la célèbre mosquée des Omeyyades à Damas, six muezzins joignent chaque jour leurs voix portantes pour un appel à la prière collectif, perpétuant en Syrie une tradition ancestrale et unique.

Leur doyen, Mohamed Ali al-Cheikh, âgé de plus de 80 ans, fait partie des 25 muezzins qui se relaient pour lancer, en choeur, l'appel à la prière depuis le lieu de culte pluricentenaire, situé dans le vieux Damas.

Une tradition exceptionnelle en Syrie, voire dans le monde arabe, où cet appel est généralement lancé par un seul muezzin.

Elle se poursuit aujourd'hui malgré la fermeture de la mosquée mi-mars, décidée par les autorités dans le cadre des mesures de précaution pour lutter contre le nouveau coronavirus.

"La mosquée des Omeyyades se démarque du monde entier par cet appel collectif", s'enorgueillit l'octogénaire coiffé d'un tarbouche rouge, vêtu d'une jellabah noire et d'une veste traditionnelle brodée.

"Nous sommes une dynastie. Je suis muezzin depuis 68 ans et mon père l'était également", raconte M. Cheikh à l'AFP.

Au quotidien, ils sont parfois retraités ou commerçants dans le souk. Mais en raison de leur voix harmonieuse, ils ont l'"honneur" d'avoir été sélectionnés pour appeler les fidèles à la prière, un des cinq piliers de l'islam.

"Lorsque j'étais jeune, des muezzins m'ont dit: +ta voix est belle, viens déclamer avec nous+" la prière, se souvient M. Cheikh.

"L'appel à la prière est une glorification de Dieu. Notre Seigneur fait don au muezzin de cette voix pour qu'il exalte sa parole", poursuit-il.

- A l'unisson -

Dans la petite pièce sobrement décorée de versets coraniques, une horloge électronique affiche les heures des cinq prières, qui rythment la journée des croyants.

C'est ici que M. Cheikh et cinq muezzins lancent en choeur l'appel, relayé par des hauts-parleurs sur les minarets.

"Dieu est grand", déclame l'un d'eux d'une voix grave, quand sonne la prière de midi, avant que le groupe ne poursuive à l'unisson.

Seule la prière de l'aube ne bénéficie pas de cet appel collectif.

Il existe plusieurs récits sur les origines de cette vieille tradition à Damas.

Selon les muezzins de la mosquée des Omeyyades, l'objectif était de diffuser l'appel au plus grand nombre de fidèles aux quatre coins de la ville. Selon l'architecte auteur d'un ouvrage sur l'histoire du lieu, Talal Akili, l'appel collectif à la prière a débuté à la fin du XVe siècle, lorsque des pèlerins en provenance de plusieurs régions du pays se retrouvaient à Damas avant de partir pour La Mecque. L'objectif selon lui était d'informer de l'heure de la prière.

- "De père en fils" -

Le souffle court, M. Cheikh gravit péniblement l'escalier étroit d'un minaret qui surplombe la vaste cour de la mosquée, pour montrer la vue imprenable sur la capitale.

Il raconte comment, avant l'arrivée des hauts-parleurs dans les années 1980, plusieurs muezzins montaient au sommet des trois minarets pour lancer simultanément l'appel, leurs voix retentissant à travers les quartiers de Damas.

Avec ses années d'expérience, Mohamed Ali al-Cheikh fait partie de ceux habilités à décerner des certificats aux muezzins en herbe.

"La voix du muezzin doit être belle et forte, le rythme et l'intonation eux peuvent être acquis", explique-t-il.

Cela fait dix ans que son neveu, le quinquagénaire Abou Anas, a rejoint officiellement les muezzins de la mosquée des Omeyyades.

Son grand-père était déjà "le cheikh des muezzins" à Damas et il a été bercé depuis l'enfance dans cet univers hors du temps.

"Nous avons hérité de cette tradition de père en fils, cela fait au moins cinq générations", dit-il à l'AFP. "Ce n'est pas un passe-temps, c'est quelque chose qui coule dans notre sang".

Accolée à l'historique souk al-Hamidiyyé, la mosquée fait partie des incontournables à visiter en Syrie, avec ses façades recouvertes de mosaïques dorées et ses colonnes corinthiennes, illustrant la diversité de l'histoire du pays.

D'ailleurs, l'édifice a été érigé au VIIIe siècle sur le site d'une basilique.

Depuis 2011 et le début de la guerre, la mosquée, restée globalement intacte, n'a jamais fermé, même durant les pics de violences.

- "Rapprocher l'homme de Dieu" -

A quelques mètres de là, Mohamed al-Saghir, 52 ans, tient une petite boutique d'orfèvrerie dans les allées du vieux souk. Entre deux visiteurs, il garde l'oeil sur une horloge murale.

A l'approche de la prière, il ferme boutique, s'excusant auprès des clients et se rend à pied à la mosquée, pour participer au traditionnel appel à l'adresse des fidèles.

"Même les clients chrétiens me demandent de prier pour eux", raconte le commerçant que l'on surnomme "Hajji", par respect pour son statut religieux.

Cela fait trente ans que le quinquagénaire a rejoint les muezzins de la mosquée des Omeyyades. Ils ont découvert que "ma voix était belle et que je maîtrisais les tonalités, sans avoir besoin d'aucune formation", se souvient-il.

L'appel à la prière est devenu la priorité pour cet orfèvre qui dit éprouver de "l'ennui" dans son travail, contrairement à cette "adoration constamment renouvelée qui rapproche l'homme de Dieu".

"Je suis fier d'être un muezzin à la mosquée des Omeyyades", ajoute-t-il. "Cela fait partie du patrimoine syrien, que tout le monde prend plaisir à entendre".

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