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La crise politique s'enlise au Togo

Les forces de l’ordre patrouillent dans les rues de Lomé, Togo, 11 avril 2018. (VOA/Kawi Lawson).

Le taux de croissance de l'économie est estimé à 4,4% en 2017 contre 5,1% en 2016. Il devrait être légèrement inférieur à 5% en 2018, souligne le FMI.

Assis au milieu de sa boutique à Déckon, Seibou Issa fait le point avec ses deux employés. La journée n'a pas été bonne, comme tous les jours ou presque depuis que le Togo a plongé dans une grave crise politique en septembre dernier.

"Les activités sont pratiquement mortes", se lamente ce commerçant qui détient l'une des grandes boutiques d'électroménagers à Déckon, centre ville et poumon économique de Lomé, la capitale du petit pays d'Afrique de l'Ouest.

"Mes ventes ont baissé de plus de moitié, car la plupart de mes clients viennent des pays voisins. Ces derniers temps, ils ont peur de venir", lâche M. Issa, assis au milieu de réfrigérateurs et de cuisinières tout neufs.

Non loin de là, Paul Azédjan, vendeur de téléphones, renchérit: "C'est vraiment dur. Les clients sont rares et certains fournisseurs se tournent vers le Bénin et le Ghana, parce que nous ne finissons pas le stock".

Déckon compte des dizaines de boutiques, des banques et les sièges de grandes sociétés, si bien que le pouvoir a tenté, parfois en vain, de changer les parcours des dizaines de marches anti-gouvernementales pour éviter qu'elles ne perturbent l'activité économique.

En effet, depuis septembre, des dizaines de milliers de personnes descendent régulièrement dans les rues à l'appel d'une coalition de 14 partis de l'opposition, pour demander la démission du président Faure Gnassingbé, réélu en 2010 puis 2015 dans des scrutins contestés l'opposition, après avoir succédé à son père au pouvoir pendant 38 ans.

Le pouvoir mise sur la fatigue des manifestants à deux ans de la prochaine élection présidentielle: une stratégie qui fonctionne pour essouffler la contestation populaire, mais qui pénalise l'activité économique sur le long terme.

Selon une enquête publiée en avril par la Chambre de commerce et d'industrie du Togo, 72% des chefs d'entreprises ont affirmé avoir enregistré une baisse de 25% à 50% de leurs chiffres d'affaires au second semestre de 2017.

Une mission du Fonds monétaire international (FMI) qui a séjourné en avril au Togo, a également noté un "ralentissement de l'activité économique au deuxième semestre de 2017, à la suite des troubles sociopolitiques".

Le taux de croissance de l'économie est estimé à 4,4% en 2017 contre 5,1% en 2016. Il devrait être légèrement inférieur à 5% en 2018, souligne l'institution financière.

- Coupe budgétaire -

Le gouvernement a d'ailleurs adopté le 25 mai, un projet de loi réduisant de 1% le budget de l'Etat 2018, en raison de la baisse du "niveau de recettes fiscales recouvrées au cours du premier trimestre".

Les autorités ont aussi justifié cette coupe budgétaire par "l'évolution de la conjoncture socio-économique et financière du pays (...), émaillée de violences qui a affecté négativement l'activité économique".

L'opposition a décidé de rappeler ses partisans cette semaine dans les rues, alors que les négociations engagées avec le pouvoir, sous l'égide du président ghanéen sont au point mort. Le chef de file du mouvement, Jean-Pierre Fabre, a demandé à ses partisans d'être "persévérants, courageux et endurants" et de ne pas se décourager mais dans les marchés, on se désole de voir les boutiques fermer.

"Les politiques doivent mesurer l'ampleur de la situation et vite trouver une solution à cette crise", confie Dédé Maglo, la responsable d'une entreprise de distribution d'ordinateurs, qui affirme avoir perdu 40% de son chiffre d'affaires cette année.

"Pour tenir le coup, j'ai mis en chômage technique trois de mes employés et j'ai remercié tous les stagiaires", ajoute-t-elle, alors que le sous-emploi touche déjà un tiers de la population togolaise.

Afiwa Djissou, revendeuse de produits cosmétiques au grand marché de Lomé, a même dû fermer l'une de ses deux boutiques: "J'ai ramené tout le stock dans une seule boutique, pour réduire les charges", raconte la jeune femme. "Je suis vraiment inquiète, car l'ambiance n'est pas bonne".

Avec AFP

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Soudan: formation du Conseil souverain censé mener la transition

Des graffitis qui signifient en arabe "Liberté, Paix, Justice et Civils" dans le district de Burri à Khartoum, Khartoum, Soudan, le 10 juillet 2019.

La transition du Soudan vers un pouvoir civil s'est mise en route, avec deux jours de retard, avec l'annonce mardi soir de la formation du Conseil souverain qui doit la piloter pendant un peu plus de trois ans.

Le Conseil sera présidé pendant 21 mois par l'actuel chef du Conseil militaire de transition, le général Abdel Fattah al-Burhane, qui sera investi mercredi à 09H00 GMT, a indiqué un porte-parole des généraux au pouvoir.

Cet organe, qui compte une majorité de six civils et cinq militaires, doit superviser la période devant permettre au Soudan de tourner la page de trois décennies de règne du général Omar el-Béchir, l'ex-président destitué le 11 avril à l'issue de mois de manifestations dans tout le pays.

La liste des 11 membres du Conseil a été annoncée dans une allocution télévisée par Chamseddine Kabbachi, un porte-parole du Conseil militaire de transition, au pouvoir depuis l'éviction de M. Béchir.

Promise pour dimanche en vertu d'un accord historique de transition entre les généraux et la contestation, l'annonce de la composition du Conseil avait été retardée.

Ce report a été demandé par les Forces pour la liberté et le changement (FLC), issues de la principale organisation du mouvement de protestation, ont indiqué les militaires au pouvoir, en raison de désaccords au sein de la contestation.

Un civil prendra le relai du général Burhane à la tête du Conseil souverain pour les 18 mois de transition restants.

Selon les termes initiaux de l'accord de transition, le Conseil devait indiquer mardi s'il valide comme Premier ministre le candidat présenté par la contestation, l'économiste et ancien collaborateur de l'ONU Abdallah Hamdok. Sa confirmation devrait être annoncée mercredi.

Il devra ensuite former un gouvernement dont la composition doit être annoncée le 28 août et qui s'attellera à la tâche, ardue, de redresser une économie exsangue et de pacifier un pays marqué par plusieurs conflits internes, notamment au Darfour (ouest).

Un Parlement de transition sera également constitué.

- Malaise -

Malgré l'euphorie engendrée par la signature officielle de l'accord de transition samedi, un malaise est palpable dans le camp des protestataires en raison notamment de l'omniprésence de Mohamed Hamdan Daglo, le chef d'une redoutée force paramilitaire accusée d'être impliquée dans la répression de la contestation.

Ce dernier est également numéro deux du Conseil militaire de transition qui avait pris la succession de M. Béchir et a été nommé mardi au Conseil souverain.

Plus de 250 personnes sont mortes depuis le début des manifestations du 19 décembre au Soudan, dont 127 le 3 juin lors de la dispersion d'un sit-in devant le siège de l'armée, selon un comité de médecins proche de la contestation.

D'abord organisées pour protester contre la hausse des prix du pain, les manifestations se sont transformées en contestation du président Béchir puis des généraux, les manifestants réclamant un pouvoir civil au Soudan.

Des Soudanaises, très impliquées dans les manifestations au cours des derniers mois, ont aussi exprimé leur déception face à la faible présence des femmes dans le processus de transition alors qu'elles étaient en première ligne des manifestations.

Deux femmes figurent parmi les civils nommés au Conseil souverain, dont l'une est issue de la minorité chrétienne du pays.

- "Ne pas oublier" -

"La faim, le manque d'éducation, ce que (Béchir) a fait au Darfour et tant d'autres chose. C'est pour ça que nous sommes descendues dans les rues et que nous avons fait face aux gaz lacrymogènes et au harcèlement", rappelle Fatma Abdallah Hussein.

Lundi, M. Béchir est apparu devant un tribunal où il doit répondre d'accusations de corruption, un événement inimaginable pour les deux tiers des 40 millions de Soudanais qui n'avaient connu que lui au pouvoir depuis leur naissance.

"Il a tant fait contre nous en 30 ans", se désole cette étudiante en médecine qui a pris part aux manifestations dès le début de l'année, en référence à M. Béchir, dont le procès faisait la une de tous les journaux mardi.

Selon Alhaj Adam, un résident de Khartoum, le procès pour corruption de l'ancien président ne devrait toutefois pas faire oublier au pays le besoin de ratifier le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI).

L'ONG Amnesty International a également averti que son procès pour corruption ne devait pas détourner l'attention des accusations plus lourdes qui pèsent contre M. Béchir pour son rôle présumé dans le conflit au Darfour (ouest).

Il fait l'objet de mandats d'arrêt internationaux de la CPI, pour répondre de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide, dans ce conflit qui a éclaté en 2003.

Avec AFP

Liberia: des sénateurs s'alarment d'un climat rappelant les prémices de la guerre civile

Le président libérien, George Weah, le dimanche 28 janvier 2018.

Des sénateurs libériens se sont alarmés mardi de la montée des violences politiques dans ce pays pauvre d'Afrique de l'Ouest, dressant un parallèle avec celles qui avaient fini par plonger le Liberia dans une guerre civile particulièrement atroce de 1989 à 2003.

Samedi, des partisans du président libérien, l'ex-star du football George Weah, ont encerclé un bâtiment où Tellia Urey, candidate de l'opposition à une élection législative partielle, tenait une réunion, dans la banlieue de la capitale Monrovia.

Pendant plus d'une heure, ils ont jeté des projectiles sur le bâtiment, brisé des fenêtres et détruit son véhicule. L'un des assaillants a essayé de donner un coup de couteau à Mme Urey, a-t-elle expliqué lundi, dénonçant une tentative d'assassinat.

Les autorités ont qualifié lundi ces violences d'"épouvantables" et promis des sanctions sévères.

Lors d'un débat au Sénat mardi, la plupart des élus ont exprimé leur consternation, 16 ans après la fin d'une guerre civile qui a fait quelque 250.000 morts et des centaines de milliers de déplacés dans un pays qui comptait alors moins de 4 millions d'habitants, a constaté un correspondant de l'AFP.

"Ce pays va mal et il faut que cela cesse. Souvenons-nous de notre histoire. La guerre qui a débuté en 1989 faisait suite aux violences qui ont suivi les élections de 1985", a souligné le sénateur d'opposition Conmany Wesseh, proche de l'ancienne présidente Ellen Johnson Sirleaf (2006-2018).

"Les gens n'étaient pas contents et petit à petit ils ont décidé de résoudre leurs problèmes par la violence. Puis la police et l'armée ont été perçues comme les forces du régime et d'autres ont décidé de prendre en main leur propre sécurité", a raconté le sénateur, avant de s'interroger: "Va-t-on rester assis et laisser les choses se reproduire?".

"Nous avons pris part au précédent conflit en raison de la mauvaise gouvernance. Et quand vous critiquez le régime actuel, ils vous traitent de tous les noms", a dénoncé un autre sénateur, le prédicateur et ancien chef de guerre Prince Johnson, qui avait soutenu George Weah lors du second tour de la présidentielle de décembre 2017.

Ni Ellen Johnson Sirleaf, lauréate du prix Nobel de la paix en 2011, ni son successeur George Weah n'ont fait juger les auteurs de crimes commis pendant cette période. Un très grand nombre de personnalités directement impliquées occupent toujours des positions importantes dans les sphères du pouvoir politique et économique au Liberia.

L'un des principaux acteurs du conflit, l'ex-chef de guerre devenu président (1997-2003), Charles Taylor, a été condamné en 2012 pour des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre perpétrés en Sierra Leone voisine, mais n'a pas été inquiété pour les atrocités commises dans son propre pays.

Elu sur un programme de lutte contre la pauvreté, George Weah est confronté depuis plusieurs mois à une opposition croissante en raison de la dégradation alarmante de la situation économique.

Avec AFP

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