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Report sine die des premières municipales de l'après-révolution en Tunisie


Des Tunisiens remplissent les bordereaux de vote à Tunis, Tunisie, le 16 juillet 2012.

La Tunisie a reporté sine die lundi les premières élections municipales de l'après-révolution, prévues au départ pour décembre prochain et attendues de longue date pour consolider la transition démocratique.

Arguant de l'état d'impréparation du scrutin, la majorité des partis politiques étaient pour le report des élections --les premières municipales depuis la chute du régime Ben Ali début 2011-- jusqu'à mars 2018.

Mais à l'issue de quatre heures de réunion avec des représentants du Parlement, de la présidence et du gouvernement, ils ne sont pas parvenus à fixer une nouvelle date.

"La majorité des participants était pour le report des élections municipales", a dit Anouar Ben Hassen, président par intérim de cette instance. "Nous sommes tous d'accord sur le fait que le report à une date indéterminée porte atteinte à l'opération électorale", a-t-il déploré.

Il a cependant annoncé "un autre rendez-vous ( avec les partis politiques) dans 10 jours maximum pour déterminer un calendrier avec des délais précis".

Le ministre chargé des relations avec les instances constitutionnelles et la société civile, Mehdi Ben Gharbia a pour sa part jugé que "reporter les municipales est une mauvaise chose (...) mais finir cette réunion sans fixer une nouvelle date, c'est encore pire".

Evoquée dès dimanche par le dirigeant du mouvement islamiste Ennahdha (allié au gouvernement), Rached Ghannouchi, cette décision intervient après un vaste remaniement ministériel qui a été perçu comme un renforcement de la mainmise du président Béji Caïd Essebsi sur l'exécutif.

M. Ghannouchi a estimé lundi que "reporter les municipales à une date indéterminée transmettait un message négatif au monde", le secrétaire général de l'Alliance démocratique, Mohamed Hamdi, affirmant de son côté : "Nous ne sommes pas prêts pour la date de 17 décembre mais nous sommes contre tout report".

Espérées depuis des années, les municipales devaient permettre d'ancrer le processus démocratique à l'échelon local, avec ses milliers d'élus. Il devait aussi permettre d'améliorer la vie quotidienne, dont la dégradation, depuis 2011, irrite les Tunisiens.

Dans la foulée du soulèvement de 2011, les municipalités ont en effet été dissoutes et remplacées par des équipes provisoires -des "délégations spéciales"--. La gestion des villes est devenue défaillante, le ramassage des ordures aléatoire, les infrastructures déficientes.

Ce report n'est toutefois pas réellement une surprise, l'Isie, l'instance chargée d'organiser le scrutin, ayant été agitée par des remous au cours des derniers mois.

Son président Chafik Sarsar, personnalité respectée qui avait mené à bien les élections législatives et présidentielle de 2014, a démissionné avec fracas en mai en laissant entendre qu'il ne pouvait plus travailler de manière "transparente" et impartiale".

Fin 2017, M. Sarsar avait poussé à la tenue des municipales en 2017, estimant qu'un report sur 2018 constituerait un revers pour la transition démocratique.

Les récentes craintes de voir s'effriter l'héritage de la révolution ont été renforcées par les déclarations du conseiller politique de Nidaa Tounès, Borhane Bsaies, selon lesquelles le parti du président est favorable à un appel à un référendum en vue d'un changement du régime politique.

"Il y a un agenda politique qui se prépare et qui prévoit une révision de la Constitution et un appel à un référendum pour le changement du régime politique du pays", a affirmé lundi à l'AFP Zied Lakhdhar, député et membre responsable du Front populaire (gauche).

Signe d'une défiance de la population, la campagne de sensibilisation pour les municipales a été laborieuse, l'Isie enregistrant moins de 500.000 nouveaux votants, sur trois millions de nouveaux électeurs potentiels. Au total, près de cinq millions de Tunisiens devaient élire les responsables de 350 municipalités, sur la base d'un scrutin proportionnel à un tour.

Le taux de participation devait être un des enjeux de ces élections, dans un pays où la jeunesse, à l'origine de la révolution, exprime régulièrement son ras-le-bol persistant envers le chômage et la misère, principalement dans les régions défavorisées de l'intérieur.

"Tout le travail accompli jusqu'ici par l'Isie n'aura servi à rien car quelle que soit cette nouvelle date (...) tout est à refaire, à commencer par l'opération de réinscription", estimait lundi le quotidien francophone la Presse.

kl-cmk/feb

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