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RDC: la ville de Goma menacée d'asphyxie économique par le M23


Vue partielle d'un camp de déplacés de personnes fuyant l'avancée de rebelles du M23, au nord de Goma, le 2 novembre 2022.

Les rebelles du M23 ont coupé des voies d'accès essentielles à l'approvisionnement de la grande ville de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo, faisant flamber les prix et craindre qu'une future offensive paralyse son économie.

"Quand tu dis le prix aux gens, ils s'en vont", témoigne Pascaline Kahongya, 40 ans, qui vend du charbon de bois ("makala") sur un marché de la capitale provinciale du Nord-Kivu.

Comme beaucoup d'autres produits, sa marchandise vient du nord, du territoire de Rutshuru, et passe habituellement par la route nationale 2 pour arriver jusqu'à la ville de plus d'un million d'habitants. Des denrées venues d'Ouganda transitent aussi par ce chemin.

Mais fin octobre, une portion de la RN2 est passée sous le contrôle du M23, obligeant les transporteurs à faire un long trajet de contournement, en très mauvais état et traversant des zones infestées de groupes armés. Résultat, le volume des échanges diminue et les prix explosent.

Plusieurs personnes interrogées par l'AFP affirment par exemple que le prix d'une mesure de haricots a triplé, passant de 0,5 à 1,5 dollar, dans un pays où, selon la Banque mondiale, les trois quarts de la population vivent avec moins de 2 dollars par jour.

Mouvement majoritairement tutsi resté en sommeil pendant plusieurs années, le M23 ("Mouvement du 23 mars") a repris les armes fin 2021 et s'est emparé de larges pans du Rutshuru, frontalier du Rwanda et de l'Ouganda. "Actuellement les enfants n'étudient pas, on ne peut pas payer l'école", se désole Pascaline, mère de huit enfants.

Les marchandises arrivent encore à Goma depuis le Rwanda. Kinshasa accusant Kigali de soutenir activement le M23 et de combattre à ses côtés, les relations entre les deux voisins sont exécrables et l'ambassadeur rwandais a été expulsé par la RDC. Mais la frontière reste ouverte, quoique dans des créneaux horaires réduits.

Les échanges se poursuivent aussi via le lac Kivu avec le Sud-Kivu. Mais concernant les routes, la seule qui reste viable est celle menant vers le Masisi, l'autre "grenier" de Goma qui s'y approvisionne en pommes de terre, haricots ou bananes. La crainte est donc grande de voir le M23 couper cette route pour mettre la pression sur le gouvernement.

Onesphore Sematumba, analyste du centre de réflexion International Crisis Group, estime que c'est dans cet objectif que les rebelles ont avancé vers le territoire de Masisi, à l'ouest du Rutshuru. "Si on ne peut pas négocier un couloir humanitaire pour la ville, ce sera une catastrophe", dit-il.

Étrangler Goma

Le lieutenant-colonel Guillaume Ndjike, porte-parole de l'armée congolaise pour le Nord-Kivu, pense aussi que le M23 a l'intention d'étrangler Goma, ville que le mouvement rebelle avait déjà occupée il y a dix ans, avant d'être vaincu en 2013.

L'armée a fait en sorte que la ville ne soit pas "totalement asphyxiée", l'ouest reste dégagé, souligne le porte-parole. Mais, explique-t-il, c'est "inconcevable" que l'armée laisse les transporteurs emprunter la RN2 et traverser les lignes de front, pour des raisons évidentes de sécurité. Sollicité, un porte-parole du M23 n'a pas répondu aux questions de l'AFP.

Assises devant des seaux de farine de soja et de sorgho sur un marché presque désert de Goma, Adela Lubala, 53 ans, constate que les clients ont disparu. Son commerce a survécu à la pandémie de Covid-19 et à l'éruption en 2021 du volcan Nyiragongo, tout proche de Goma. Mais la crise actuelle est la pire qu'elle ait vécue, dit-elle.

"Ce que vous voyez là, ce sont nos anciens stocks", explique la commerçante en montrant sa marchandise. "Quand il n'y en aura plus, on ne pourra se réapprovisionner nulle part", s'alarme Adela.

Claudia Ngowa, 36 ans, dit de son côté avoir dû fermer sa petite fabrique de savon et mettre en congés quatre employés, parce qu'elle importait ses matières premières d'Ouganda, via la RN2. "On ne sait pas se maintenir sans vendre. C'est vraiment précaire pour tout le monde..."

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