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RDC: colère et désarroi de rescapés de l'accident de train qui a fait 75 morts


"On n'a pas le choix", à cause de routes impraticables et "par manque d'autres moyens de transport, on est contraint de voyager comme ça", explique un voyageur "clandestin".

Cinq jours après l'accident de train qui a fait au moins 75 morts en République démocratique du Congo, des rescapés expriment colère et désarroi, reprochant aux autorités de les contraindre à voyager dans des conditions indignes et dangereuses.

Ces voyageurs dits "clandestins" accusent aussi militaires, machinistes et autres agents des chemins de fer d'empocher leur argent, sans le moindre ticket en retour, pour leur permettre de grimper dans des wagons de marchandises au péril de leur vie.

"On n'a pas le choix", à cause de routes impraticables et "par manque d'autres moyens de transport, on est contraint de voyager comme ça", déclare à l'AFP Tchijujia Corea, arrivé mardi à Tenke, ville minière du sud-est de la RDC et noeud ferroviaire situé à plus de 300 km du lieu du déraillement meurtrier, survenu jeudi soir au niveau de la localité de Buyofwe.

Plusieurs dizaines de passagers rescapés ont été acheminés à Tenke à bord d'une demi-douzaine de wagons du train accidenté, ceux qui n'avaient pas déraillé et versé dans le ravin. Ils étaient accompagnés de militaires, qui ont empêché à plusieurs reprises le journaliste de l'AFP de filmer et d'interroger les voyageurs.

"On paie"

Dimanche, le directeur général de la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC), Fabien Mutomb, avait déploré qu'il y ait eu des morts "dans l'accident de ce train de marchandises, qui (n'était) pas approprié pour les voyageurs", alors que selon lui quatre trains de passagers font le même trajet chaque mois.

"C'est faux", affirme M. Corea. Si c'était le cas, assure-t-il "les gens paieraient leurs billets et voyageraient normalement". Or, là, "on paie aux agents, on paie aux militaires, qui font du transport clandestin à bord des trains", accuse-t-il.

Un machiniste de la SNCC, sous couvert d'anonymat, reconnaît qu'il fait "comme tout le monde", qu'il se "retrouve dans l'obligation", à cause de "salaires de misère", de contribuer à ce système qui "fait payer les voyageurs soi-disant clandestins".

"C'est un réseau de plusieurs échelons: les militaires, la police de la SNCC, les handicapés, les commerçants, tous, ils s'approprient les wagons vides" et à la fin "ils nous donnent un petit pourcentage", explique le machiniste.

Les cheminots de la SNCC ont cumulé jusqu'à 150 mois d'arriérés de salaires, rappelle-t-il. Il reconnaît que son salaire de 580.000 francs congolais (290 dollars) est maintenant "presque régulier", mais insuffisant pour "nouer les deux bouts".

Marche arrière

Concernant les causes de l'accident, un ministre provincial avait estimé dimanche qu'il était dû à "la coupure brusque de la traction". D'après Tchijujia Corea, dès le départ un problème avait été constaté sur la locomotive qui, dit-il, n'a pas pu monter une côte.

"Sur la montagne, il y a eu coupure de l'électricité", précise une autre voyageuse, Marie Milemba, commerçante, assise par terre près des wagons rescapés. La locomotive a commencé à faire marche arrière et a pris de la vitesse, raconte-t-elle. Des wagons sont sortis des rails et "sont tombés dans les ravins". "Le nôtre a été arrêté par un poteau électrique, voilà notre chance", constate-t-elle simplement.

Un autre passager rescapé, Donat Kabuya, commerçant ambulant, évoque de son côté le mauvais état et la vétusté des rails. "C'est ça le problème", dit-il, allant jusqu'à souhaiter le retour des "Blancs" pour remettre le réseau en état.

Les rescapés mettent enfin en doute le bilan officiel. Donat Kabuya parle de mille morts, Tchijujia Core de "plus de 200", Marie Milemba ne sait pas, elle n'a pas vu. "J'étais traumatisée", dit-elle. Les chiffres communiqués ce week-end par le ministère de la Communication sont de 75 morts et 125 blessés dont 28 "avec un traumatisme grave".

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