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Crainte de bavure autour de 27 morts à Bangui


Des habitants du PK5 ont déposé les corps des victimes de violences devant le siège de la Minusca, Bangui, le 11 avril 2018.

Qui étaient les 27 personnes tuées le 10 avril à Bangui lors de combats entre des milices et une patrouille de l'ONU accompagnée de forces centrafricaines ? Deux semaines après, l'ONU affirme qu'au moins 16 d'entre elles ont participé aux combats, mais des proches assurent que les victimes étaient civiles, laissant planer la crainte d'une "bavure".

"Oumar Ibrahim Bachir était un commerçant", a raconté lundi à l'AFP son oncle Zubeir. "Ce jour-là, il est sorti de la maison pour chercher des médicaments pour son enfant à la pharmacie Sambo, il a reçu une balle dans le menton et une dans le dos".

Mardi 10 avril, les combats ont fait rage dans le quartier musulman du PK5 à partir de 13 heures (12 heures GMT), entre une patrouille composée de Casques bleus rwandais et de forces armées centrafricaines (Faca) et les milices du quartier.

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Des tirs ont été entendus toute l'après-midi dans ce quartier, poumon économique de la capitale.

Au moins vingt-sept personnes et un Casque bleu sont morts durant ces violences, qui ont aussi fait plus de cent blessés, sans qu'il soit possible de déterminer un déroulé précis des événements.

"Les versions s'opposent", explique à l'AFP une source onusienne. "Le fait est qu'on ne sait pas ce qui s'est passé".

Le lendemain de ces violences, les plus meurtrières depuis septembre 2015 dans la capitale, les corps d'Oumar Ibrahim et de quinze autres personnes ont été déposés devant la base de l'ONU (Minusca), au centre-ville.

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"Tous les corps transportés devant la Minusca étaient des civils", affirme à l'AFP Aouad Al Karim, imam de la mosquée Ali Babolo du quartier PK5.

"Ces corps sont ceux de gens qui ont participé à cet affrontement", a insisté lundi le porte-parole de la Minusca, Vladimir Monteiro.

Ces 16 corps avaient été d'abord emmenés à la mosquée, comme souvent lors des violences dans le quartier. Les autres personnes tuées sont décédées à la suite de blessures, dans les hôpitaux ou avaient été directement emmenées dans ces structures.

Dans le quartier, un comité recense les victimes. Une enquête interne à l'ONU a été ouverte.

Un mécanicien, un basketteur

"Mon fils Abbas Mahamat Ali réparait une moto quand il a été tué d'une balle dans la gorge et d'une autre dans le coeur, vers 16H00. Il est mécanicien à côté de la grande mosquée (où se sont déroulés une partie des combats), il n'a jamais travaillé pour un groupe d'autodéfense", affirme Ousmane Sileyman, le père d'Abbas.

Au moment des combats, ces milices autoproclamées d'"autodéfense" étaient depuis deux jours la cible d'une opération militaire de l'ONU et des Faca.

Une patrouille de Casques bleus rwandais et de Faca était aux abords du PK5 quand ils ont été visés par des tirs et ont riposté, selon un rapport de la Minusca.

"Adam était dans la maison de ma mère. Quand les coups de feu ont commencé, on l'a appelé pour qu'il vienne chez moi. Il est sorti au niveau de la Croix-Rouge et a pris une balle derrière la tête", affirme Moussa Kadjam, son frère.

Adam Kadjam était basketteur au Red Star Ndongo Club de Bangui. "C'était le garçon le plus sérieux du groupe, très respectueux", déclare, "sidéré", le secrétaire général du club, Habib de Wilfried Mazangue. D'autres membres du club assurent de sa présence "quasi quotidienne" aux entraînements.

"Il n'avait rien à voir avec les groupes d'autodéfense", assène son frère Moussa.

"Peur d'une bavure"

Malgré des autopsies réalisées par l'ONU à la morgue de l'hôpital communautaire, des analyses balistiques et autres témoignages recueillis, beaucoup de questions restent sans réponse.

Qui a tué ces 27 personnes? Y-avait-il des combattants parmi elles? Combien de combattants des milices ont été tués?

La frontière est parfois trouble entre combattants et civils dans le PK5, qui a souvent été le théâtre d'affrontements depuis le début des violences en RCA, en 2013.

"Les populations se sont mêlées à la guerre, certains détiennent aussi des armes", explique un notable du quartier sous couvert d'anonymat.

"Il faudra déterminer si ce sont des Casques bleus ou des Faca qui ont abattu ces gens, et si ceux-ci étaient des civils non armés ou des combattants", indique un observateur, qui évoque "la peur d'une bavure".

Avec AFP

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